Ethiopie : des soldats érythréens combattent au Tigré admet le Premier ministre éthiopien

Abiy Ahmed reconnaît un accord tacite entre les deux pays pour mater la rébellion au Tigré, tout en dénonçant les exactions contre les civils.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Depuis le début du mois de mars 2021, l'armée éthiopienne contrôle Mekele, la capitale de la région du Tigré. (MINASSE WONDIMU HAILU / ANADOLU AGENCY)

Abiy Ahmed, le Premier ministre d'Ethiopie, a fini par admettre l'évidence. Des troupes érythréennes sont bien entrées au Tigré pour combattre les forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) et soutenir ainsi le régime d'Addis Abeba contre ce mouvement qui menaçait de faire sécession. Cette présence était rapportée depuis des mois par des habitants, des ONG et des diplomates, mais démentie par les deux pays. Cette fois Abiy Ahmed reconnaît aussi qu'il était parfaitement au courant de l'opération militaire conduite par l'Erythrée. "La campagne militaire était contre nos ennemis clairement ciblés, pas contre le peuple. Nous en avons discuté quatre ou cinq fois avec le gouvernement érythréen", a déclaré mardi 23 mars le Premier ministre devant le Parlement éthiopien, rapporte l'AFP.

Sécurisation de la frontière selon l'Erythrée

Il déclare qu'Asmara entendait répliquer aux attaques du TPLF contre l'Erythrée, notamment des tirs de roquettes, et ainsi sécuriser sa frontière avec le Tigré. Une violation du territoire éthiopien qui n'a pas posé problème à Addis Abeba, visiblement satisfaite de trouver un allié dans la mise au pas du Tigré.

Mais si Abiy Ahmed reconnaît enfin les faits, c'est que cette alliance devient lourde à supporter. De nombreuses exactions ont été commises par les troupes érythréennes, notamment dans la ville d'Aksoum les 28 et 29 novembre 2020. Amnesty International dénonce "des exécutions extrajudiciaires, des bombardements aveugles et des pillages généralisés". Une action menée conjointement par les armées des deux pays.

Crimes de guerre

Une fois la ville tombée, les soldats éthiopiens ont, semble-t-il, laissé la place à leurs alliés du moment. "Les soldats érythréens se sont mis à saccager la ville et à tuer systématiquement des centaines de civils, de sang-froid, des actes qui pourraient constituer des crimes contre l’humanité", a déclaré Deprose Muchena, directeur régional d'Amnesty International. Les habitants estiment que plusieurs centaines de personnes ont été enterrées au lendemain du massacre.

De très lourdes accusations que le prix Nobel de la paix 2019 se devait de condamner, même si son rôle dans l'affaire est plus qu'ambigu. "Après que l'armée érythréenne a traversé la frontière et opéré en Ethiopie, tout dommage qu'elle a causé à notre peuple est inacceptable", a solennellement déclaré Abiy Ahmed. Mais il n'est pas allé plus avant dans la condamnation, assurant même que les troupes d'Asmara se retireraient de leurs positions à l'arrivée des soldats éthiopiens.

Visiblement, il en faut plus pour rompre les relations entre les deux pays.

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