Ethiopie : le conflit du Tigré déborde sur l’Erythrée et le Soudan

Les autorités de la province éthiopienne dissidente du Tigré ont lancé des roquettes sur Asmara, la capitale de l'Erythrée, qu'elles accusent de prêter main-forte à l'armée éthiopienne.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Réfugiés éthiopiens à leur arrivée au camp d'Oum Raquba, dans la province soudanaise de Gedaref, le 16 novembre 2020. Ils ont fui les combats et les bombardements dans la province éthiopienne du Tigré.
 (Ebrahim HAMID / AFP)

Le bombardement de l'aéroport d’Asmara, la capitale érythréenne, par le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), le 14 novembre 2020, marque une escalade dans le conflit qui secoue depuis 12 jours la province du nord de l’Ethiopie. Selon Debretsion Gebremichael, président de l'exécutif régional du Tigré, ses forces sont engagées depuis plusieurs jours dans un conflit contre l'Erythrée, en plus des combats contre les troupes gouvernementales éthiopiennes. Les autorités tigréennes accusent Asmara de prêter main-forte à l'armée éthiopienne. Au moins 25 000 Tigréens fuyant les combats se sont réfugiés au Soudan.

Les forces éthiopiennes utilisent aussi l'aéroport d'Asmara ce qui en fait une cible légitime

Debretsion Gebremichael, président de la région du Tigré

à REUTERS

Le TPLF a accusé l'Erythrée de laisser l'armée éthiopienne utiliser son territoire pour y faire passer ses troupes ou décoller ses avions. Il affirme également que l'armée érythréenne est directement impliquée dans des combats au sol au Tigré, "avec des milliers de soldats et des chars".

L'Erythrée, dirigée d'une main de fer par Issayas Afewerki depuis son indépendance en 1993, nie de son côté être impliquée dans le conflit.

Alliance entre Addis Abeba et Asmara

L'Erythrée et l'Ethiopie ont signé un accord de paix en 2018, mais le dirigeant érythréen Issayas Afewerki reste hostile aux dirigeants de la province du Tigré en raison du rôle actif qu'ils avaient eu dans la guerre dévastatrice menée entre les deux pays de 1998 à 2000.

Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a obtenu en 2019 le prix Nobel de la paix comme artisan de la réconciliation avec l'Erythrée avec laquelle l'Ethiopie était en guerre. Il a progressivement écarté le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) du pouvoir, alors que ce parti représentait la minorité tigréenne (6% de la population) et a, durant presque 30 ans, contrôlé l'appareil politique et sécuritaire éthiopien.

Plusieurs responsables du parti sont poursuivis dans des affaires de corruption et M. Abiy affirme vouloir installer des "autorités légitimes" au Tigré, "désarmer ses forces, rétablir l'Etat de droit et traduire en justice ses dirigeants".      

Des milliers de réfugiés au Soudan 

L'opération militaire terrestre au Tigré et les frappes aériennes entraînent déjà une crise humanitaire : au moins 25 000 Ethiopiens ont fui au Soudan voisin et, sur place, de très nombreux Tigréens n'ont accès à aucune assistance. Face à l'afflux de réfugiés, les autorités soudanaises ont décidé de rouvrir le camp d'Oum Raquba, situé à 80 km de la frontière avec l'Ethiopie. Fermé il y a vingt ans, ce camp avait servi de refuge à de nombreux Ethiopiens fuyant alors la famine.

Le conflit déborde également sur d'autres provinces. Le TPLF a revendiqué le tir de "missiles" contre deux aéroports de la région éthiopienne voisine de l'Amhara, également utilisés par l'aviation militaire éthiopienne. Même si le TPLF assure que "le conflit ne concerne pas les civils amhara", de vieux différends territoriaux opposent les Amhara, deuxième groupe ethnique du pays, et les Tigréens. Des milliers de miliciens amhara ont déjà rejoint le Tigré pour appuyer l'armée fédérale éthiopienne contre le TPLF, selon les autorités régionales amhara.

Ce conflit risque de déstabiliser la mosaïque de peuples qu'est l'Ethiopie, et la fragile unité du pays.

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