Centrafrique : la France se fâche et coupe son aide militaire et financière à Bangui

Paris dénonce l'influence grandissante de la Russie, accusée d'orchestrer une "campagne antifrançaise".

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France Télévisions Rédaction Afrique
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La France semble se désengager de la Centrafrique en suspendant son aide budgétaire et militaire au pays. (NACER TALEL / ANADOLU AGENCY)

Rien ne va plus entre Bangui et Paris. La France vient de suspendre son aide budgétaire et sa coopération militaire avec la Centrafrique, jugée selon Paris complice d'une campagne antifrançaise téléguidée par la Russie. L'annonce du ministère des armées ne s'embarrasse pas de circonvolutions diplomatiques et les mots en disent long sur le ressenti français. "A plusieurs reprises, les autorités centrafricaines ont pris des engagements qu'elles n'ont pas tenus, tant sur le plan politique envers l'opposition que sur le comportement vis-à-vis de la France, qui est la cible d'une campagne de désinformation massive en RCA", a déclaré le ministère des Armées, cité par l’AFP. "Les Russes n'y sont pas pour rien, mais les Centrafricains sont, au mieux, complices de cette campagne", ajoute le ministère.

Lutte d'influence

Ainsi, la lutte d'influence que se livrent la Russie et la France est clairement posée sur la table, validant le changement d'alliance opéré par la Centrafrique. En fait, la Russie s'est installée en Centrafrique en 2018. En janvier 2019 déjà, la France dénonçait la présence de la force Wagner. "Ce n'est pas vraiment l'armée (mais) des supplétifs qui agissent sous l'autorité d'un Monsieur qui s'appelle M. Prigojine", a lancé Jean-Yves Le Drian en nommant "la force Wagner".


Des soldats français en patrouille au nord de Bangui, la capitale de la Centrafrique, lors de l'opération Sangaris le 25 septembre 2015. (EDOUARD DROPSY / AFP)

La Russie a clairement tiré profit du retrait de la France à la fin de la mission Sangaris en 2016. Retrait finalisé à l'issue de l'investiture de l'actuel président Faustin-Archange Touadéra, laissant la Minusca seule à gérer la sécurité du pays. Moscou a rapidement pris la place. Instructeurs militaires, armement, processus de paix pour réconcilier les milices, Moscou s'est peu à peu imposée.

L'engagement russe est à la hauteur des bénéfices attendus, notamment en exploitant les mines de diamants de la Centrafrique. Premier producteur mondial de diamants, la Russie a un important savoir-faire minier qu’elle compte bien mettre à profit.

Le point de rupture

En décembre 2020, à la veille d'élections générales, des milices avaient lancé une offensive pour faire tomber le président Faustin-Archange Touadéra. Ce dernier n'a conservé sa place que grâce au soutien de troupes rwandaises et d'un contingent de militaires russes qui ont repoussé les milices parvenues aux portes de Bangui. Certains témoins et des ONG ont affirmé que les soldats russes étaient, au moins en partie, des mercenaires du groupe paramilitaire Wagner. La France, à l'exception de quelques survols aériens, semblait se désintéresser de la situation. Cela n'a pas arrangé les relations diplomatiques, et encore moins le ressenti antifrançais de la population.

Discrédit de la France

Ainsi, le site internet Le Potentiel Centrafricain ne tarit pas d'éloge sur le choix diplomatique du président Touadera. "L'ouverture vers la Russie paraît à n'en pas douter comme une coopération gagnant-gagnant. Il y a eu beaucoup de retombées dans ce partenariat entre la Russie et la République centrafricaine, ce qui serait à l'origine de la frustration de la patrie mère."

"Les manifestations virulentes contre la France se sont multipliées, dans la rue, les journaux et les réseaux sociaux", précise le site Corbeau News. Une campagne que la France considère comme savamment orchestrée.

Et maintenant ?

La suspension de la coopération militaire paraît anecdotique. La France ne joue plus le rôle central qu'elle a longtemps tenu à Bangui, notamment en raison de l'arrivée de la Russie. Du reste, la poignée de coopérants français au ministère de la Défense centrafricain est déjà rentrée à Paris.

Plus fâcheux en revanche pour le président Touadera le gel de l'aide financière va lourdement grever le budget de la Centrafrique. Un manque à gagner annuel de 10 millions d'euros qui sert à payer le salaire des fonctionnaires. Or, du fait de la rébellion qui contrôle les deux-tiers du pays, les recettes fiscales ont déjà chuté d'environ 20% au cours du premier trimestre, assure Corbeau News.

"Dans le même temps, les dépenses militaires ont explosé. Aujourd’hui, le régime n’est pas sûr de pouvoir régler les dépenses courantes, notamment les salaires des agents." Si les grands argentiers, FMI, Banque mondiale, suivent la France, la Centrafrique aura bien du mal à boucler son budget qui dépend pour moitié de l'aide internationale, prédit le site.

Reste à savoir si le dépit français vis-à-vis du président Touadera signifie que Paris a choisi le camp des rebelles.

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