La crise diplomatique entre la France et l'Algérie résumée en cinq actes

Le ton est monté entre les deux pays tout au long de la semaine, après la décision de la France de réduire le nombre de visas attribués aux pays du Maghreb.

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Le président de la République algérienne Abdelmadjid Tebboune, le 25 septembre 2021, à Alger (Algérie). (BILLAL BENSALEM / NURPHOTO / AFP)

Rappel de l'ambassadeur d'Algérie en France, interdiction de survoler l'espace aérien algérien par des appareils français... Les deux pays sont entrés dans une nouvelle séquence de crise diplomatique, ces derniers jours, après l'annonce par la France d'une restriction des conditions d'attribution des visas à l'Algérie, mais aussi au Maroc et à la Tunisie. Retour en cinq actes sur la passe d'armes qui oppose Paris à Alger.

1La France réduit ses visas de moitié

Tout commence, mardi 28 septembre, lorsque la France décide de durcir les conditions d'obtention des visas à l'égard de l'Algérie, du Maroc et de la Tunisie. Le nombre de visas délivrés aux ressortissants des deux premiers pays baissera de 50% l'an prochain. Il sera réduit de 33% pour ceux de Tunisie.

En cause : le "refus" de ces trois pays de délivrer les laissez-passer consulaires nécessaires au retour des immigrés refoulés de France. Entre janvier et juillet 2021, 7 731 ressortissants algériens ont ainsi fait l'objet d'une procédure d'expulsion, faute des documents nécessaires, mais seulement 22 ont pu quitter le territoire, selon Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement.

L'attitude de ces pays "freine l'efficacité des reconduites effectives" à la frontière une fois les obligations de quitter le territoire français délivrées, a-t-il déploré sur Europe 1. "Il y a eu un dialogue. Ensuite, il y a eu des menaces. Aujourd'hui, on met cette menace à exécution", a justifié Gabriel Attal.

2L'ambassadeur français est convoqué

L'ambassadeur de France à Alger, François Gouyette, est convoqué le lendemain au ministère des Affaires étrangères algérien. Le diplomate français est alors notifié de la "protestation formelle du gouvernement algérien à la suite d'une décision unilatérale du gouvernement français affectant la qualité et la fluidité de la circulation des ressortissants algériens à destination de la France", selon un communiqué cité par l'agence officielle Algérie Presse Service.

"L'Algérie déplore cet acte malencontreux qui frappe de précarité et d'incertitude un domaine sensible de coopération."

Le ministère des Affaires étrangères algérien

cité par Algérie Presse Service

3Macron critique la politique algérienne

Dans ce contexte déjà tendu, le ton monte encore d'un cran après des propos du président français retranscrits samedi 2 octobre dans les colonnes du Monde. Le quotidien raconte la rencontre deux jours plus tôt entre le président français et une vingtaine de jeunes descendants de protagonistes de la guerre d'Algérie.

"On va plutôt ennuyer les gens qui sont dans le milieu dirigeant, qui avaient l'habitude de demander des visas facilement."

Emmanuel Macron

cité par "Le Monde"

Mais d'autres propos ne passent pas. Le chef de l'Etat déclare aussi qu'après son indépendance en 1962, l'Algérie s'est construite sur "une rente mémorielle" entretenue par "le système politico-militaire". Emmanuel Macron critique aussi "une histoire officielle totalement réécrite" par Alger et "un discours qui repose sur une haine de la France".

Ce n'est pas le seul motif d'irritation pour Alger, selon des médias locaux comme La Liberté ou El Watan. Emmanuel Macron, en effet, décrit le président algérien Abdelmadjid Tebboune comme "pris dans un système très dur" puis ironise sur la façon dont l'Algérie présente, selon lui, les Français comme "les seuls colonisateurs", oubliant la domination ottomane entre le XVIe et XVIIIe siècles.

4L'Algérie rappelle son ambassadeur

Dans la foulée, la présidence algérienne annonce le "rappel immédiat pour consultation" de son ambassadeur à Paris, Mohamed Antar Daoud. Dans un communiqué, elle exprime son "rejet de toute ingérence dans ses affaires intérieures" et Alger justifie sa décision par "une situation particulièrement inadmissible" due aux "propos irresponsables" d'Emmanuel Macron. C'est la deuxième fois qu'Alger convoque son ambassadeur à Paris depuis mai 2020 lorsque celui de l'époque, Salah Lebdioui, avait fait l'objet d'un rappel "immédiat" après la diffusion sur France 5 et LCP de documentaires sur le mouvement de contestation prodémocratie Hirak.

5Alger ferme son espace aérien à la France

L'Algérie ne se contente pas de rappeler son ambassadeur. Le lendemain, elle décide d'interdire aux avions militaires français de survoler son espace aérien pour rejoindre ou quitter la bande sahélo-saharienne, où sont déployées les troupes de l'opération Barkhane. Une décision qui "perturbe très légèrement" l'armée française, selon le colonel Pascal Ianni, porte-parole de l'état-major. "Les avions doivent adapter leur plan de vol."

L'Algérie avait déjà décidé, le 22 septembre, de fermer son espace aérien à tous les avions civils et militaires marocains ainsi qu'aux appareils immatriculés au Maroc. Ces deux pays entretiennent des relations diplomatiques difficiles depuis de nombreuses années.

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