Infographies Visualisez la précocité record de la vague de chaleur qui s'abat sur la France hexagonale

Ces phénomènes se multiplient sous l'effet du réchauffement climatique, mais jamais une vague n'avait débuté si tôt dans l'année. Mercredi, 23 départements ont été placés en vigilance orange "canicule".

Article rédigé par
Lise Kiennemann - franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Une cliente dans le rayon consacré aux ventilateurs d'un magasin à Marseille, au premier jour d'une vague de chaleur, le 15 juin 2022. (MAXPPP)

La France s'apprête à subir une vague de chaleur hors du commun à cette période de l'année. Depuis lundi 13 juin, les températures ont commencé à grimper, d'abord dans le Sud, puis plus au nord. Le mercure a déjà frôlé, voire battu, des records pour une fin de printemps : 36,2 °C à Marseille, 37,4 °C à Aubagne, 36 °C à Toulouse… Ce coup de chaud doit gagner progressivement l'ensemble du territoire hexagonal entre mercredi et samedi, selon Météo France. Pour l'institut, il pourrait même s'agir de la vague de chaleur la plus précoce jamais enregistrée dans le pays.

S'il n'existe pas de définition universelle d'une vague de chaleur, Météo France classe comme tels les épisodes au cours desquels l'indicateur thermique national – soit la moyenne des températures quotidiennes  répond à plusieurs critères : dépasser le seuil de 25,3 °C durant au moins un jour, rester supérieur à 23,4 °C pendant au moins trois jours et ne pas descendre une seule fois sous 22,4 °C. 

La vague la plus précoce jamais observée… 

Depuis 1947, 43 vagues de chaleur ont été recensées par Météo France. Seuls 8 épisodes ont débuté en juin par le passé, soit près de 20% des phénomènes enregistrés. Mais aucun ne s'était jamais produit avant le 18 juin. En commençant mercredi 15 juin, la vague de chaleur qui débute a donc trois jours d'avance sur le précédent record, établi en 2005 et égalé en 2017.

Cette vague de chaleur se démarque aussi par son intensité. Météo France table sur un indicateur thermique national de 27 °C. "Il n'aura jamais fait aussi chaud, aussi tôt dans la saison en France", a souligné au cours d'un point presse Matthieu Sorel, climatologue à Météo France.

Il ne devrait toutefois pas dépasser les 27,95 °C de juin 2019. Lors de cet épisode, le record de la température la plus élevée jamais enregistrée en France avait été établi, avec 46 °C mesurés à Vérargues dans l'Hérault. Mais la nouvelle vague qui débute s'annonce comme plus chaude que les sept autres périodes de chaleur recensées en juin, selon les prévisions de Météo France.

… mais pas la plus longue

Des records mensuels de température sont d'ailleurs attendus dans les prochains jours, en Occitanie, en Nouvelle-Aquitaine, dans les Pays de la Loire ou en Bretagne. D'après Météo France, les températures maximales devraient être supérieures à 30 °C sur l'intégralité du territoire vendredi et pourraient excéder les 40 °C localement dans le quart Sud-Est. Depuis mercredi, 23 départements ont été placés en vigilance orange "canicule", principalement dans l'Ouest et le Sud-Ouest.

Ces fortes chaleurs devraient connaître leur pic entre vendredi et samedi et connaître un "tassement" dimanche selon Météo France, accompagné de l'arrivée d'une dégradation orageuse venue de l'Ouest. L'épisode actuel s'annonce donc plutôt court : par comparaison, la vague de chaleur de juin 2005 avait duré onze jours.

De plus en plus de vagues de chaleur… 

Le réchauffement climatique n'est pas étranger à cette situation inédite. Celui-ci "entraîne des vagues de chaleur plus précoces, plus tardives, mais aussi plus intenses", a détaillé Matthieu Sorel, climatologue à Météo France, au cours d'un point presse mardi. L'analyse des vagues de chaleur depuis 1947 montre que les trois épisodes les plus précoces et les six plus tardifs dans la saison ont tous été enregistrés après l'an 2000.

La fréquence de ces événements, surtout, a augmenté. Depuis 1990, il y a eu 33 vagues de chaleur en France, soit trois fois plus qu'au cours des 43 années précédentes. La dernière décennie s'est révélée particulièrement sujette à de tels épisodes de fortes chaleurs : 17 ont été recensés depuis 2010.

 de plus en plus chaudes

Ces phénomènes ont également gagné en intensité. Depuis 1947, parmi les neuf vagues de chaleur dont l'indicateur thermique national maximal a dépassé 27 °C (sans compter l'épisode actuel), sept ont eu lieu au XXIe siècle. Lors des vagues d'août 2003 et de juillet 2019, la température nationale moyenne a même dépassé 29 °C, bien au-delà des températures atteintes au siècle précédent. Une étude du World Weather Attribution a montré que les températures enregistrées au cours de l'épisode de juillet 2019, par exemple, auraient été inférieures de 1,5 à 3 °C en l'absence de changement climatique.

Dans le cas présent, ce n'est pas le réchauffement climatique qui a causé la dépression située au large des Açores, elle-même responsable de cette remontée d'air chaud et de la "plume de chaleur" qui se forme au-dessus de la France. Mais c'est l'évolution du climat qui explique l'intensité des températures observées.

La fréquence de telles périodes de chaleur devrait encore s'intensifier. Selon les simulations climatiques du projet Drias, mené par plusieurs laboratoires français, un scénario de faibles émissions de gaz à effet de serre serait synonyme de doublement du nombre de jours de vagues de chaleur d'ici à la fin du siècle. Des émissions médianes multiplieraient quant à elles ce chiffre par 3 ou 4, quand de fortes émissions mèneraient à un facteur de 5 à 10.

Si la vague de chaleur précoce qui débute ne présage en rien de la suite de l'été, les tendances font tout de même état d'un trimestre qui s'annonce plutôt chaud. Météo France estime à 50% la probabilité que les normales saisonnières soient dépassées dans le nord du pays, et à 70% pour le Sud.

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