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Canicule : "Il est possible qu'il fasse 50°C un jour en France", alerte le climatologue Robert Vautard

Alors que la France connaît une vague de chaleur d'une précocité inédite, Robert Vautard, directeur de recherche à l'Institut Pierre-Simon Laplace, à répondu à vos questions.

Article rédigé par Fabien Jannic-Cherbonnel
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
Une rue de la ville de Toulouse (Haute-Garonne) pendant une vague de chaleur, le 15 juin 2022. (ALAIN PITTON / NURPHOTO / AFP)

"Le rythme des records qui tombent s'accélère depuis quelques années et il faut s'attendre à ce que ça se poursuive." La France hexagonale connaît une vague de chaleur d'une précocité inédite, alors que douze départements sont placés en vigilance rouge canicule et vingt-cinq en alerte orange, vendredi 17 juin. Les températures doivent atteindre 40 °C par endroits dans la journée. Selon les scientifiques, ce type de phénomènes extrêmes risque de se multiplier dans les prochaines années, à cause du réchauffement climatique, causé par l'action de l'homme, responsable des émissions de gaz à effet de serre.

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Pour mieux comprendre les conséquences de cette vague de chaleur, le climatologue Robert Vautard, directeur de recherche à l'Institut Pierre-Simon Laplace, a répondu aux questions des lecteurs et lectrices de franceinfo lors d'un tchat, jeudi. Voici ses réponses.

@T : comment les climatologues font-ils le lien entre un événement extrême et le réchauffement du climat ?

Robert Vautard : D'une part, en regardant les tendances de ces événements sur des observations météorologiques et, d'autre part, en utilisant des modèles de climat pour simuler des conditions actuelles et les comparer à des conditions sans activité humaine. Si, dans les simulations du climat, les événements sont plus fréquents que dans les simulations naturelles, alors on conclut que les activités humaines ont eu un effet que l'on peut mesurer.

@Nico75 : à partir de quand parle-t-on de "canicule" ? Quels sont les critères précis ?

Les niveaux de températures dépendent des régions, il n'y a pas de définition unique, mais des principes généraux. Les critères sont tels qu'ils correspondent à des seuils critiques pour la santé, c'est-à-dire souvent plus de trois jours dont la température est supérieure à 35 degrés. La température nocturne est aussi à prendre en compte.

@earl : on se rend compte que, depuis 4 ou 5 ans, on bat les records de température d'années en années. Combien de temps restera-t-on sur ce rythme, selon vous ?

On ne bat pas des records tous les ans à tous les endroits de la Terre.

"Mais le rythme des records qui tombent s'accélère depuis quelques années, et il faut s'attendre à ce que ça se poursuive. Au moins tant que les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas stoppées."

Robert Vautard, climatologue

à franceinfo

@Chloé : selon vous, y a-t-il des régions en France plus susceptibles d'être touchées par ces fortes chaleurs dans les années à venir ? Si oui, quelles sont-elles ?

Non, toutes les régions seront touchées. Elles sont déjà toutes touchées par un accroissement de l'intensité des vagues de chaleur. Bien sûr, les régions du sud de la France sont plus exposées à des niveaux de températures plus élevés que le Nord. On peut penser notamment au Sud-Ouest et au Languedoc.

@Marama : on parle beaucoup de l'Hexagone, mais qu'en est-il outre-mer ? Ces territoires voient-ils plus de canicules eux aussi ?

Le dernier rapport du Giec montre que presque toutes les régions du monde sont déjà soumises à une augmentation des canicules et que cela va se poursuivre tant que les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas stoppées.

@Bob_24 : Ayant grandi dans le Périgord, 40 °C, c'est tous les ans. Et là, cela semble être un événement. Les gens ont-ils perdu la mémoire ?

Oui, les épisodes de canicule peuvent se produire en l'absence du changement climatique. C'est leur intensité et leur fréquence qui sont modifiées par ce phénomène.

@B : peut-il faire un jour 50 °C en France ?

Ma réponse est très simple : oui. Il est difficile de dire quand, mais c'est possible. Il a déjà fait 46 degrés en 2019, donc cette possibilité ne peut plus être exclue. D'ailleurs, il a fait quasiment 50 degrés en Colombie-Britannique en 2021, à la même latitude que Paris.

@théo : devons-nous nous inquiéter pour les années à venir ? L'Etat doit-il réagir de toute urgence ?

Oui, il faut s'inquiéter pour les années à venir, car les phénomènes de températures extrêmes, combinés à des problèmes de sécheresse, vont induire des problèmes de gestion de l'eau mais aussi de santé.

"Il est urgent de réaliser que des conditions encore plus extrêmes sont possibles. Il faut s'y préparer, dans les villes notamment."

Robert Vautard, climatologue

à franceinfo

@Matthieu : le programme de végétalisation de quelques centres-villes prévu par le gouvernement est-il une mesure réaliste et efficace ?

Il m'est difficile d'y répondre, car je ne le connais pas dans le détail. Mais apporter de la végétation en ville est un principe qui va permettre de résoudre plusieurs problèmes à la fois : faire baisser les températures et stocker du carbone. Par contre, la végétation en ville demande un apport en eau, qui peut être complexe, particulièrement en cas de sécheresse.

@Zélie : la hausse des températures va-t-elle s'accompagner d'un changement du régime des précipitations ? A t-on un modèle prévisionnel pour la France ces prochaines années ?

Oui, la climatologie des précipitations est modifiée par le changement climatique. D'une manière générale en Europe, le changement climatique induit plus de pluies au Nord et moins au Sud. La France est un peu au milieu. On sait également que les pluies devraient augmenter en hiver et diminuer en été.

@Manon : je suis une jeune de 20 ans encore chez ses parents. Mais voilà, viendra tôt ou tard la possibilité d'aller construire sa vie en dehors du domicile familial. Dès lors, une question tout à fait sérieuse : ma génération doit-elle songer à s'installer plus au nord de notre pays, pour moins souffrir des épisodes de chaleur extrême ?

Les déménagements sont des choix personnels. Il y a d'autres facteurs qui entrent en compte, dont le climat. En revanche, le climat sera effectivement plus clément au Nord et à l'Ouest, grâce à l'océan Atlantique, qui tempère la chaleur.

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