Météo : on vous explique comment un "dôme de chaleur" met l'ouest du Canada et des Etats-Unis en surchauffe

Alors que les températures ont flirté avec les 47°C dans de nombreuses villes de ces régions, les prévisions météorologiques alertent sur la probabilité de voir tomber à nouveau de nombreux records de chaleur. 

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 7 min.
A Portland (Oregon), dans le nord-ouest des Etats-Unis, des jeunes se rafraîchissent dans une fontaine alors que la région connaît une vague de chaleur sans précédent, dimanche 27 juin.  (NATHAN HOWARD / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Du jamais-vu. Plus de 40 nouveaux records de température ont été enregistrés dans la province de Colombie-Britannique, dans l'ouest du Canada, samedi 26 et dimanche 27 juin. Lytton y est devenue la ville détentrice du record de chaleur absolu dans le pays depuis la tenue des registres météo : 46,6°C. Plus chaud qu'à Dubaï. Un peu plus au sud, dans le nord-ouest des Etats-Unis, les records tombent en pagaille, poussant les autorités à donner l'alerte : elles craignent de voir les hôpitaux se remplir de victimes de coups de chaud et redoutent le départ de feux de forêts dévastateurs. 

A l'origine de cette fournaise ? Un "dôme de chaleur" au-dessus du nord-ouest américain. Franceinfo vous explique comment ces régions se sont retrouvées dans une cocotte-minute. 

Des records de chaleur pulvérisés 

Ce phénomène météorologique extrême frappe l'Oregon et l'Etat de Washington, dans le nord-ouest des Etats-Unis, et la Colombie-Britannique, située dans le sud-ouest du Canada. En touchant la zone du nord-ouest pacifique, ce dôme a permis de battre le record de chaleur non seulement pour le Canada, mais aussi pour l'ensemble des territoires situés au-delà de 50 degrés de latitude nord. La ville canadienne de Lytton et ses 46,6°C se trouve à 50,2 degrés de latitude. 

"Puisqu'il n'y a pas de précédent dans les relevés climatiques locaux pour les événements que nous connaissons, c'est un peu déconcertant de travailler sans point de comparaison, concède un prévisionniste local dans un compte rendu publié dimanche (lien en anglais). Les records vont tomber de façon impressionnante." PourJeff Berardelli, météorologue et spécialiste du climat pour la chaîne CBS (lien en anglais), "c'est le type d'événement qui n'est censé survenir qu'une fois tous les mille ans". 

Les spécialistes, habitués à tirer la sonnette d'alarme, semblent manquer de mots pour qualifier la situation. "Je crois que j'ai vraiment des difficultés à faire comprendre la sévérité de cette vague de chaleur", a ainsi admis le climatologue américain Zack Labe, sur Twitter, constatant qu'il n'existait pas de nuance de pourpre capable, sur les cartes qu'il utilise, de rendre compte de telles températures. "Je n'en crois pas mes yeux", a tweeté de son côté le météorologue britannique Scott Duncan, évoquant la "vague de chaleur la plus effarante de l'histoire." 

La semaine précédente avait déjà été marquée par la création d'un dôme de chaleur sur l'ouest américain. Cette fois, c'est le sud-ouest des Etats-Unis qui avait vécu dans une fournaise, le thermomètre atteignant 46,6°C à Las Vegas (Nevada). Le 17 juin, la ville de Palm Springs, construite aux portes du désert dans le sud de la Californie, avait égalé son record de chaleur de 50,5°C − la ville affichait encore 49,4°C dix jours plus tard. 

Citée vendredi par National Geographic (article en anglais), la responsable des programmes climatiques des services météorologiques pour l'ouest des Etats-Unis, Andrea Bair, estimait que le dôme de chaleur en formation sur le Nord participait du "même schéma de haute pression que nous avons eu ici : il ne fait que se déplacer vers le nord, le sud, l'ouest ou l'est, se renforçant ou s'affaiblissant". Et d'annoncer déjà que "les modèles prévoient que de nouveaux épisodes de chaleur vont survenir alors que l'on s'approche du 4 juillet".

Une vie quotidienne en surchauffe

"Les écoles de mes enfants sont fermées demain en raison de la chaleur extrême. Ce n'était jamais arrivé de toute ma vie. L'urgence climatique est à nos portes", a tweeté le chercheur canadien Seth Klein, spécialiste des politiques de lutte contre le réchauffement climatique, basé à Vancouver (Canada). Non loin de là, à Pemberton, toujours en Colombie-Britannique, les autorités ont ordonné l'évacuation de quartiers (lien PDF en anglais), de peur que la fonte rapide des glaces en montagne ne provoque le débordement soudain de la rivière. 

Dans la région, les magasins sont en rupture de stock de climatiseurs et de ventilateurs, tandis que les villes ont ouvert des centres de rafraîchissement et que des campagnes de vaccination contre le Covid-19 ont été annulées. La consommation électrique en Colombie-Britannique a atteint des sommets, tandis que les habitants tentent de se rafraîchir. Contrairement aux foyers californiens, peu de familles y disposent de l'air conditionné. Dans les environs de Portland (Oregon), le réseau électrique a craqué, laissant des milliers de personnes sans électricité, dimanche. A Seattle, dans l'Etat de Washington, la chaleur a fait fondre le bitume, forçant les autorités à fermer plusieurs routes.

Mais avec des pointes à 45°C à l'ombre, c'est encore le corps humain qui souffre le plus, dans cette région où les températures de saison tournent traditionnellement autour des 24°C au mois de juin, rapporte The Verge (article en anglais). Ainsi, les dernières épreuves des sélections olympiques américaines d'athlétisme, qui se déroulent à Eugene, dans l'Oregon, ont été suspendues dimanche en raison de la chaleur extrême : difficile de tenir une telle compétition par 41°C. 

Un phénomène bien connu qui peut s'observer partout dans le monde

A l'origine de ces températures extrêmes se trouve un phénomène bien connu : la remontée vers le nord "d'une masse d'air très chaude arrivée du Mexique, à laquelle s'ajoutent des conditions anticycloniques qui favorisent ce qu'on appelle de la subsidence", explique à franceinfo Frédéric Nathan, prévisionniste à Météo France. "La subsidence, c'est le fait qu'un vent soufflant à la verticale vienne compresser la masse d'air." Or, en s'écrasant sur le sol, la masse d'air chaud augmente encore sa température. "C'est un peu le phénomène qu'on a dans une pompe à vélo, poursuit Frédéric Nathan. Quand on appuie fort dessus, ça chauffe l'air : c'est la compression."

"Dôme de chaleur" est donc l'expression consacrée "pour dire qu'il fait très chaud et que les conditions anticycloniques appuient l'air chaud sur le sol, favorisant encore plus de chaleur", résume le prévisionniste.

Si un dôme de chaleur s'est installé sur l'ouest de l'Amérique du Nord, les conditions qui lui ont donné naissance peuvent intervenir partout dans le monde, relève Frédéric Nathan. Sur Twitter, le climatologue Christophe Cassou pointe quant à lui que "les circulations en omega" – l'articulation de dépressions et d'un anticyclone, ici prenant la forme de la lettre grecque – "se produisent aussi sur l'ouest de l'Europe". "Est-ce que la France et plus largement l'Europe sont prêtes à subir un tel coup sur le point de vue sanitaire (chaleur létale), agricole et autres risques majeurs (feux, etc.) ?" demande-t-il ? 

Un phénomène amplifié par le réchauffement climatique

La création d'un dôme de chaleur est un phénomène qui peut survenir partout et ce, depuis toujours, note Frédéric Nathan, de Météo France. C'est même ce phénomène qui avait permis le précédent record enregistré au Canada, en 1937 : 45°C enregistrés dans deux stations météorologiques du Saskatchewan, dans le centre-ouest du pays. En revanche, "les masses d'air chaudes sont aujourd'hui globalement plus chaudes que ce qu'elles étaient il y a cinquante ans. Donc quand il y a une situation un peu extrême, comme celle à laquelle on assiste en ce moment au Canada, on bat systématiquement des records", poursuit-il, pointant incontestablement "l'impact du réchauffement climatique". 

"Ce qui est nouveau avec le réchauffement climatique, c'est le fait qu'à l'échelle de la planète, des records de chaleur tombent presque tous les jours, alors que nous assistons de plus en plus rarement à des records de froid, même si cela arrive encore de temps en temps", conclut le spécialiste. 

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Climat

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.