Opération Wuambushu : un élu de Mayotte suscite l'indignation après avoir affirmé qu'il fallait "peut-être tuer" des jeunes délinquants

Salime Mdéré, premier vice-président du conseil départemental de Mayotte, a finalement présenté ses excuses mardi dans un message publié sur Facebook.
Article rédigé par franceinfo
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Le premier vice-président du conseil départemental de Mayotte, Salime Mdéré, sur le plateau de La 1ère, le 24 avril 2023. (MAYOTTE LA 1ERE)

Une déclaration choquante en pleine opération Wuambushu. Salime Mdéré, premier vice-président du conseil départemental de Mayotte, a qualifié de "terroristes" les jeunes qui commettent des violences contre les forces de l'ordre, lundi 24 avril sur la chaîne Outre-mer La 1ère. Il a, dans la foulée, évoqué l'hypothèse de "tuer" l'un de ces jeunes durant cette crise. Ces propos, assimilés à un appel au meurtre, tombent sous le coup de la loi. L'incitation publique à la haine, à la violence ou à la discrimination est un délit passible d'une peine d'un an de prison et de 45 000 euros d'amende. 

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Ces propos ont immédiatement été dénoncés par la présentatrice. "Je ne peux pas vous laisser dire ça. On ne peut pas dire ça", a rétorqué Géniale Attoumani sur le plateau. Mardi, Salime Mdéré a finalement présenté ses excuses, dans un message publié sur Facebook. "Mes propos - qui sont à la hauteur de ma passion pour cette île - ont dépassé ma pensée et je m'excuse bien volontiers s'ils ont pu heurter", a-t-il écrit.

"Je refuse qu'on emploie ces termes-là : 'jeunes' ou 'gamins'. Ces délinquants, ces voyous, ces terroristes", avait d'abord affirmé lundi Salime Mdéré après la diffusion d'un reportage sur des bandes de jeunes ayant agressé des forces de l'ordre lors de l'opération Wuambushu. L'élu a ensuite poursuivi : "A un moment donné, il faut peut-être en tuer. Je pèse mes mots. S'il n'y en a pas un qui est tué, il y en a toujours d'autres qui vont oser tenter de tuer des policiers. S'ils tuent des policiers, la légitime défense, elle est où là-dedans ?" A la fin de l'entretien, l'élu a de nouveau insisté : "A un moment donné, s'il faut en arriver là, il faut en arriver là."

Salime Mdéré a été élu avec le Mouvement pour le renouveau du Grand Sud, classé sous l'étiquette divers centre, lors des élections départementales de 2021. Le mouvement Renaissance a rappelé, dans un communiqué, qu'il n'avait jamais été adhérent, ni investi par le parti présidentiel. Le parti "condamne avec la plus grande fermeté les propos intolérables", ajoute-t-il dans un communiqué transmis à franceinfo.

De son côté, la direction du pôle outre-mer de France Télévisions a dépublié mardi le replay du journal télévisé de lundi de son site internet. "Nous avons pris la décision de le dépublier, en raison de cet appel au meurtre. Ces propos sont condamnables. On est responsables des propos qu'on diffuse. Nous ne pouvions pas les laisser passer et la journaliste à l’antenne a d’ailleurs parfaitement réagi en reprenant l'élu".

Condamnation du ministre des Outre-mer

La séquence, largement relayée sur les réseaux sociaux mardi, a provoqué de nombreuses réactions dans la classe politique. "Ces mots, d'un élu de la République, doivent être condamnés sans délai", a réagi le maire écologiste de Grenoble, Eric Piolle. "Voilà où conduit la politique de notre gouvernement. J'appelle à mettre un terme immédiat à cette opération", a renchéri le premier secrétaire du PCF, Fabien Roussel. "Je ne vois pas comment il peut être maintenu dans ses fonctions. Cela abîme la République", a pour sa part réclamé la secrétaire nationale d'EELV, Marine Tondelier.

Le gouvernement a également réagi. "Je condamne absolument les propos de Salime Mdéré, a écrit sur Twitter le ministre délégué chargé des Outre-mer, Jean-François Carenco. Rétablir l'ordre et les principes fondamentaux doit se faire avec détermination, mais dans la sérénité : ces propos ne sont pas dignes de la République." "Je suis consterné", a ajouté le préfet de Mayotte, Thierry Suquet, sur France Culture. "Quelle que soit la situation de tension que nous connaissons en ce moment sur l'île, de tels propos sont inadmissibles et je les condamne fermement."

Des suites judiciaires vont être données. "Les propos du vice-président du département de Mayotte sont un appel aux meurtres d'enfants. Cela tombe sous le coup de la loi, a réagi l'avocat au bareau de Paris, Arié Alimi, auprès de franceinfo. J'appelle solennellement le ministère public, les procureurs de la République, à faire cesser ce type de propos par l'ouverture d'une enquête." Le député LFI, Thomas Portes, annonce de son côté, sur Twitter, avoir saisi le procureur de la République "au titre de l'article 40 pour incitations publiques à la haine, à la violence ou à la discrimination." La Ligue des droits de l'homme affirme dans un communiqué qu'elle va déposer plainte contre Salime Mdere.

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