Prise d'otages à Trèbes : "La mission n'est pas en priorité de neutraliser" l'assaillant "mais de libérer les otages" explique un ancien commandant du GIGN

Après l'assaut du GIGN, vendredi, à Trèbes (Aude), l'ancien commandant du "groupe", Frédéric Gallois, était l'invité de franceinfo.

Frédéric Gallois, ici en 2007, a commandé le GIGN de 2002 à 2007.
Frédéric Gallois, ici en 2007, a commandé le GIGN de 2002 à 2007. (JACK GUEZ / AFP)

Le Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) a abattu, vendredi 23 mars, le Franco-marocain Redouane Lakdim, auteur d'une triple attaque à Carcassonne et à Trèbes, dans l'Aude. Le GIGN a donné l'assaut vers 14h45 dans le supermarché Super U de Trèbes, où l'homme avait pris des clients en otage. "La mission qui est donnée n'est pas en priorité de neutraliser l'individu, mais de libérer les otages", a expliqué l'ancien commandant du "groupe", Frédéric Gallois, invité sur franceinfo vendredi.

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franceinfo : Comment se décide ce genre d'intervention, à quel moment dit-on qu'on peut lancer un assaut ?

Frédéric Gallois : Il y a une planification qui est faite avec des options qui sont proposées à l'autorité administrative, en l'occurrence le préfet qui représente le gouvernement. Ces options sont validées selon certains critères. L'un des critères essentiels est d'intervenir si la vie des otages est directement menacée ou bien s'il y a une opportunité tactique qui permet d'intervenir dans une configuration qui est la plus favorable pour mener à bien cette mission. Ce sont ces deux critères qui une fois validés laissent la main au chef du dispositif opérationnel sur place.

Avant de donner le feu vert, quelles informations faut-il récolter ?

La première priorité, c'est de définir quelle est la dangerosité de l'individu, son armement, savoir s'il a des explosifs et où est-il positionné, où sont positionnés les otages. On n'a pas affaire à un forcené, mais à un preneur d'otages. La mission qui est donnée n'est pas en priorité de neutraliser l'individu, mais de libérer les otages. Mais, la libération des otages se fait parfois par la neutralisation [du preneur d'otages], il faut bien avoir un ordre de priorité. C'est pour cela qu'on peut prendre un peu de temps. Il ne faut pas intervenir de manière prématurée ou désordonnée. Il s'agit d'élaborer un plan qui soit le plus chirurgical possible et qui laisse le maximum de chance de vie aux otages qui sont menacés. C'est la guerre du temps (…) plus le temps passe plus la vie des otages est en danger. En même temps, il ne faut pas se précipiter. On doit être, à tout moment, en mesure de saisir une opportunité pour lancer un assaut si le preneur d'otages passe à l'acte et s'en prend aux otages. Il faut à la fois s'inscrire dans la construction d'un plan très sophistiqué, et en même temps, un peu dégradé car on ne peut aller au bout de la préparation, puisqu'on est prêt à saisir à tout moment une opportunité pour lancer l'assaut.

Que pensez-vous du profil du suspect, un individu visiblement radicalisé. Son profil change-t-il la façon de travailler des policiers ?

Oui, parce qu'on n'a pas affaire à un criminel, à un déséquilibré, on a affaire à quelqu'un qui se raccroche à une idéologie, ce qui nous donne une méthode de travail avec un point à avoir à l'esprit : c'est la notion de martyr, une logique suicidaire. À partir du moment où on a un individu qui a, dans sa tête, une stratégie de martyr, on sait que l'intervention va se terminer par un échange de coups de feu, car, qui dit martyr dit volonté de se faire tuer au moment de l'assaut. Ces individus attendent de tirer au maximum et de blesser des gendarmes, c'est une manœuvre très compliquée dans les phases d'assaut. Cependant, si l'individu veut discuter, veut négocier, on ne va pas lui fermer la porte, on ne va pas lui raccrocher au nez. On va prendre ses revendications on va gagner du temps dans cette phase-là. À partir du moment où les otages sont encore en vie, c'est qu'il veut s'inscrire dans le temps. Il faut savoir aussi reprendre le contrôle du temps. On peut utiliser cette phase d'échanges en sachant très bien qu'elle a très peu de chance d'aller jusqu'au bout. On peut l'utiliser pour affiner pour préparer la deuxième option, celle de l'intervention armée.