Procès des attentats du 13-Novembre : les derniers mots des accusés, "la dernière trace" avant les délibérations de la Cour

Le procès des attentats du 13-Novembre 2015, qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis, touche à sa fin. Après deux semaines consacrées aux plaidoiries de la défense, la parole sera donnée ce lundi matin une toute dernière fois aux accusés.

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édité par Phéline Leloir-Duault - Mathilde Lemaire
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Un dessin de presse représentant une partie des accusés dans le box du procès du 13-Novembre 2015, le 10 juin 2022. (BENOIT PEYRUCQ / AFP)

Près de dix mois après son ouverture, le 8 septembre 2021, le procès des attentats du 13-Novembre 2015, qui avait fait 130 morts à Paris et Saint-Denis, touche à sa fin devant la Cour d’assises spéciale de Paris. L'audience criminelle la plus longue depuis la Seconde Guerre mondiale doit s'achever, comme le veut le code de procédure pénale, par les derniers mots des accusés. Après deux semaines consacrées aux 29 plaidoiries de la défense, la parole sera donnée une toute dernière fois aux accusés, lundi matin à partir de 9h30.

"Ils nous doivent de trouver les mots"

Un à un, les 14 accusés présents, onze dans le boxe et trois qui comparaissent libres, vont être invités à se lever pour dire ce qu'ils veulent. Une ultime parole qui devrait être l’occasion pour certains de présenter une dernière fois des excuses ou des condoléances aux victimes. Selon Maître Xavier Nogueras, avocat de Mohamed Amri – jugé pour avoir ramené Salah Abdeslam de Paris vers Bruxelles la nuit des attaques – c'est un moment formel, mais qui ne doit pas être négligé. "C'est un moment fondamental, qui est très angoissant pour les accusés. C'est aussi très dangereux, ça peut déraper à tout moment : vous pouvez dire le contraire de ce que vous pensez."

Vous laissez la dernière trace, un résumé en une phrase de ce qu'ils ont dans le coeur, dans le ventre. C'est là-dessus que la Cour part délibérer.

Maître Xavier Nogueras

à franceinfo

"Donc un dernier mot, ça se prépare, ajoute-t-il. On ne va pas lui pré-rédiger sa phrase, je pense que ça doit venir de lui. C'est un moment très important, il ne faut pas se louper." Ce procès hors norme, qui aura permis aux rescapés et endeuillés de faire entendre leur voix, a vu les accusés adopter des attitudes différentes. Mais qu'en sera-t-il lors de ce moment clé ? Ceux restés mutiques pendant quasi tous les débats desserreront-ils quand même les dents ? Les bavards vont-ils se raisonner et resteront-ils succincts ?

Les parties civiles s'y préparent, comme Georges Salines, qui a perdu sa fille Lola, 28 ans, au Bataclan. "En tant que victimes, ils nous doivent de trouver les mots qui peuvent nous toucher et nous faire du bien, explique-t-il. Et puis pour eux-mêmes, c'est important qu'ils trouvent en eux la capacité de dire des choses avec leur coeur, qui puissent permettre de toucher la Cour. Même si elle est composée de magistrats professionnels, blanchis sous le harnais et très endurcis, ils ont un coeur eux aussi." Après ces derniers mots des accusés, le président annoncera la fin des débats. La cour se retirera alors pour délibérer. 

Deux jours et demi de délibération dans un lieu tenu secret

Un délibéré qui devrait prendre environ deux jours et demi. Les cinq magistrats professionnels qui composent la Cour, ainsi que leurs quatre suppléants, seront cantonnés, sans possibilité de sortir, dans une caserne militaire. C'est là aussi imposé par le code de procédure pénale. Pour des raisons de sécurité, le lieu est tenu secret, on sait juste qu'ils seront en Île-de-France. Des plateaux-repas leur seront servis et ils dormiront sur place.

Leurs délibérations consistent à répondre à des dizaines et des dizaines de questions précises sur le cas de chacun des accusés, et à voter sur des petits bulletins immédiatement détruits ensuite. Enfin, ils devront déterminer les peines auxquelles ils condamnent les accusés.

Le Parquet national antiterroriste a requis des peines allant de 5 ans de prison à la réclusion criminelle à perpétuité incompressible. Cette peine ne concerne que Salah Abdeslam, seul membre des commandos du 13-Novembre encore en vie. Dans leur plaidoirie, ses avocats ont regretté une "peine de mort sociale" à l'encontre de son client, "démesurée et cruelle" selon eux. La cour n’est pas tenue par ce réquisitoire du parquet.

Ce verdict, précédé de la lecture des motivations de la Cour, est attendu mercredi en fin de journée. 

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