Procès des attentats du 13-Novembre : "L'impatience et l'appréhension" des avocats de la défense, à quelques heures des plaidoiries

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Les plaidoiries de défense débutent lundi 13 juin au procès des attentats du 13 novembre 2015 devant la Cour d’assises spéciale de Paris. Pour les avocats des 14 accusés, qui vont se succéder pendant deux semaines, la partie n'est pas facile.

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Des avocats devant la salle d'audience de la cour d'assises spéciale, à Paris le 8 septembre 2021, premier jour du procès des attentats du 13-Novembre (FRANCK DUBRAY / MAXPPP)

Après les réquisitions, la semaine dernière, place aux plaidoiries de la défense dans le procès des attentats du 13-Novembre. Ce sont des avocats assez jeunes – la trentaine pour beaucoup –brillants : plusieurs ont remporté le concours d’éloquence le plus prestigieux, celui de la conférence du stage. On compte de nombreuses jeunes femmes, notamment, qui ont choisi de consacrer neuf mois de leur carrière à ce marathon judiciaire. La plupart des avocats de défense sont français, mais il y a aussi quelques Belges, puisqu'on sait que la planification des attaques s’est déroulée outre-Quiévrain.

Parmi eux, maître Jonathan de Taye, conseil d’ Ali El Haddad. Il va plaider pour la première fois en France. "C'est un mélange d'impatience et d'appréhension, reconnaît-il, parce que ce n'est pas n'importe quelle plaidoirie devant n'importe quelle Cour pour n'importe quel dossier. Vous avez le poids du monde sur vos épaules, de défendre un innocent dans un dossier comme celui-ci. Il est dans le box en raison d'une théorie totalement fumeuse des enquêteurs belges, selon laquelle il aurait contribué à fournir des armes. Cette théorie a été battue en brèche au procès, et je ne serai satisfait qu'avec un acquittement parce qu'il est innocent."

Jonathan de Taye devra ensuite entamer pour son client un deuxième marathon : le procès en Belgique des attentats du 22 mars 2016, à partir de septembre. Là, il y aura un jury populaire, des jurés tirés au sort. Mais cette semaine à Paris, c’est devant des juges professionnels uniquement qu’il va plaider. Moins de place pour le lyrisme, davantage d’arguments de droit.  

"Extrême concentration"

Sur la forme que prendront ces plaidoiries, cela dépend des avocats, bien sûr. Chacun a ses habitudes. Souvent ils ont commencé par reprendre toutes leurs notes, et certains articles de presse parfois. Puis ils ont défini une sorte de "table des matières" pour que leur démonstration suive un fil. Mais beaucoup se laissent libres de leurs mots à l’intérieur de ce cadre – rédigeant quelques formules choc tout de même. Maître Negar Haeri défend Mohamed Amri, ce jeune de Molenbeek qui a ramené Salah Abdeslam de Paris vers Bruxelles la nuit du 13 au 14 novembre 2015. "Je pense qu'il y aura beaucoup d'émotion. Il faut vraiment rentrer dans le sujet, être extrêmement concentré, ne pas sortir de soi-même, se rappeler qu'il n'y a pas de chose plus importante que le propos qu'on a à défendre. Cette extrême concentration me permettra d'oublier que c'est un procès hors normes. C'est très puissant, c'est un moment qui ponctue une audience très longue." 

"L'idée, c'est de ne pas avoir de regrets le lendemain, de ne pas se réveiller en refaisant la plaidoirie et en se disant qu'on aurait dû dire certaines choses qu'on n'aurait pas dites. Ce sont des heures de travail, de réflexion... Cela fait très longtemps que tout cela mature."

Negar Haeri, avocate de Mohamed Amri

à franceinfo

Les avocats de défense sont seulement une trentaine, contre plus de 350 robes noires sur les bancs d’en face, pour les parties civiles. Ils se sont illustrés,  notamment, en mars dernier, quittant tous le prétoire théâtralement pour protester contre le président de la cour, qui avait laissé des manifestations d’agacement, des applaudissements ironiques dans la salle au cours d’un interrogatoire de Salah Abdeslam. 

Entre l'avocat et son client, des dizaines de rencontres

Exercer les droits de la défense, présenter son client sous son meilleur jour pour obtenir l’acquittement ou la peine la moins lourde possible, c’est une charge qu’ils portent depuis des mois. À l’image de maître Marie Violleau, avocate de Mohamed Abrini : "La plaidoirie, c'est la partie émergée de l'iceberg. Mais ce n'est évidemment pas l'entièreté du travail d'un avocat avec son client." Elle explique les raisons pour lesquelles les propos d'Abrini ont évolué : "Quand on tourne en rond dans sa cellule et qu'on est projeté dans une salle d'audience aussi grande et avec ce nombre de dépositions de parties civiles, on prend les enjeux en pleine face et on se rend compte de ce qu'il s'est passé. Ça lui a suffi à avancer dans la version qu'il avait tenue initialement. Et c'est le fruit des dizaines de rencontres au parloir, où on évoque les faits et ce qui se passe dans sa tête." 

"On est là pour expliquer ce qui s'est passé, rétablir un certain nombre d'éléments matériels oubliés ou mal interprétés."

Marie Violleau, avocate de Mohamed Abrini

à franceinfo

"On ne plaidera pas l'innocence, ajoute Me Violleau. Il a reconnu un certain nombre de faits, mais on ne peut pas lui faire tout porter sur les épaules. Les vrais responsables sont morts. Doit-on condamner à la réclusion criminelle à perpétuité quelqu'un qui n'a pas tué ? Que faire alors de quelqu'un qui a tué ?"

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Maître Violleau plaidera en avant-dernier, avant les avocats de Salah Abdeslam, seul membre des commandos encore en vie, qui plaideront vendredi 24 juin. Le 27, chacun des accusés pourra prononcer ses derniers mots à la Cour. Le verdict est attendu le 29 juin. 

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