Mort du jihadiste Fabien Clain : "Malheureusement il emporte dans la mort ses secrets"

Samia Maktouf, qui représente des victimes de l'attentat du Bataclan, a réagi après l'annonce de la mort du jihadiste Fabien Clain, tué mercredi 20 février.

L\'avocate Samia Maktouf, le 11 juin 2014..
L'avocate Samia Maktouf, le 11 juin 2014.. (THOMAS SAMSON / AFP)

"La mort du vétéran du terrorisme français [Fabien Clain] est certes un soulagement si elle est avérée mais pour autant, elle prive les victimes de la vérité et de la justice" car "malheureusement il emporte dans la mort ses secrets" a réagi jeudi 21 février sur franceinfo Samia Maktouf, qui défend des victimes des attaques terroristes du 13-Novembre. Elle dénonce un "dysfonctionnement" des services de renseignement français qu’elle accuse d’avoir porté un "regard plutôt clément" sur le jihadiste français.

Fabien Clain, dont la voix figure sur le message audio de revendication des attentats du 13-Novembre par le groupe État islamique, a été tué lors d'une frappe de la coalition en Syrie, mercredi 20 février. Son frère Jean-Michel Clain est quant à lui gravement blessé.

franceinfo : Quelle est la réaction des victimes à la mort de Fabien Clain ?

Samia Maktouf : La mort du vétéran du terrorisme français est certes un soulagement si elle est avérée mais pour autant, elle prive les victimes de la vérité et de la justice et par conséquence d’un procès puisqu’il n’aura jamais été jugé pour les actes terroristes qu’il a revendiqués. Il était la voix des attentats du 13-Novembre, il était le mentor de Mohamed Merah. Donc malheureusement, il emporte dans la mort ses secrets et en cela, c’est une déception. Heureusement il y a une pointe d’espoir qui concerne le frère. J’espère qu’il pourra, une fois rétabli, être rapatrié sur le territoire français et répondre de ses actes criminels, voire d’actes de guerre, de crime contre l’humanité, face à des juges afin de permettre aux victimes de comprendre les circonstances réelles de la mort de leurs proches.

Fabien Clain n’était ni un soldat, ni un donneur d’ordre. Quel était son rôle ?

Vous dites que ce n’était pas un soldat, mais ce n’est pas parce qu’il n’était pas dans l’arène qu’il n’avait pas un rôle extrêmement néfaste. C’est celui qui faisait bouger, c’est celui qui était au centre de la toile terroriste. C’est l'un des plus dangereux. C’est celui qui a levé des soldats, qui les a animés, qui les a endoctrinés. Il était l'un des premiers à recruter pour l’organisation Daech. C’est quelqu’un qui était convaincant, qui avait le don de créer une armée. C’était un soldat, un activiste.

Fabien Clain était interdit de séjour dans certaines régions de France et pas dans d’autres. Pourquoi ?

Je vais résumer la situation du regard qui a été porté par nos services de renseignement. C’était un regard plutôt clément. D’abord, il a fallu attendre 2018 pour émettre un mandat d’arrêt international. Sa proximité avec Abdelkader Merah et Mohamed Merah était connue, dans l’ensemble des autres attentats sa proximité l’était aussi. À plusieurs reprises, j’ai demandé aux juges qu’il soit traqué et ramené en France, voire l’empêcher de quitter le territoire français. Fabien Clain a quitté le territoire français avec femme et enfants, frère, sœur et mère sans être inquiété, donc j’émets certaines réserves quant au comportement de nos services qui a révélé un dysfonctionnement flagrant.