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Violences policières : quelles pistes pour rétablir la "confiance" entre la police et les Français ?

Dans un post Facebook, Emmanuel Macron a demandé au gouvernement de "faire rapidement" des propositions en ce sens.

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France Télévisions
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Capture d'écran d'une vidéosurveillance montrant le producteur de musique Michel Zecler frappé par des policiers dans son studio de musique à Paris, le 21 novembre 2020. (MICHEL ZECLER / GS GROUP / AFP)

L'onde de choc a donc atteint le président de la République. Après les révélations du média vidéo en ligne Loopsider, montrant un producteur noir de 41 ans, Michel Zecler, être passé à tabac par la police dans son studio de musique à Paris, Emmanuel Macron a réagi, vendredi 27 novembre, sur son compte Facebook.

"Les images que nous avons tous vues de l'agression de Michel Zecler sont inacceptables. Elles nous font honte. La France ne doit jamais se résoudre à la violence ou la brutalité, d'où qu'elles viennent. La France ne doit jamais laisser prospérer la haine ou le racisme, écrit-il. Je demande au gouvernement de me faire rapidement des propositions pour réaffirmer le lien de confiance qui doit naturellement exister entre les Français et ceux qui les protègent et pour lutter plus efficacement contre toutes les discriminations."

Dans ce contexte, quelles peuvent donc être les pistes de réforme de la police ? Franceinfo revient sur trois d'entre elles, régulièrement évoquées ces dernières années.

Une réforme de l'IGPN, la "police des polices"

La première réforme envisagée concerne l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), saisie cette semaine dans l'affaire Michel Zecler, tout comme dans celle de l'évacuation d'un camp de migrants place de la République à Paris. Cette administration, qui est chargée d'enquêter sur les dérives et violences policières, est régulièrement pointée du doigt pour son opacité et ses soupçons de partialité, comme le montrait une enquête de Mediapart, qui a analysé 65 dossiers de l'IGPN.

Le dossier est déjà sur la table du ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin. Son prédécesseur, Christophe Castaner, avait en effet proposé que l'Inspection générale de l'administration (IGA), "qui dépend directement du ministre de l'Intérieur, supervise les enquêtes les plus graves, pour la partie administrative", la partie judiciaire restant dans les mains de l'IGPN, explique Le Monde.

Mais d'autres solutions sont envisagées pour couper réellement le cordon entre la police des polices et la place Beauvau. "Le seul moyen de limiter les suspicions à l'égard de l'IGPN est d'y introduire le regard de quelques citoyens", déclare à franceinfo Jean-Michel Schlosser, devenu sociologue après une longue carrière dans la police. La France reste pourtant frileuse sur le sujet alors que cette option a été choisie par plusieurs de nos voisins européens. En Grande-Bretagne, par exemple, l'instance de contrôle n'emploie que des non-policiers. Au Danemark, le conseil de direction de l'IPCA, autorité rattachée au ministère de la Justice, associe des magistrats et deux personnes venues de la société civile. 

Une refonte de l'encadrement des policiers 

Au-delà de la seule IGPN, des images comme celles de l'agression de Michel Zecler par des policiers posent "immédiatement des questions de formation, de recrutement, de management, de doctrine des policiers dans la société française d'aujourd'hui", a estimé sur franceinfo, vendredi 27 novembre, Jacques de Maillard, directeur du Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales (Cesdip).

Ce spécialiste des politiques de sécurité explique : "Les policiers font un travail difficile et ce travail difficile fait qu'ils peuvent nourrir une forme de racisme, de scepticisme, de cynisme et de violence, (...) chercher à se faire justice immédiatement. Et cette culture professionnelle des policiers, c'est quelque chose que l'institution en elle-même doit être capable de réguler." C'est le rôle, estime-t-il, de l'institution, donc de la hiérarchie.

"Il y a une responsabilité de l'institution qui est d'arriver à détecter ces dérives d'un certain nombre de policiers minoritaires (...) pour prévenir ce passage à l'acte (...) Il y a une question de contrôle, de sanction, ce que l'on voit aujourd'hui de façon forte."

Jacques de Maillard, spécialiste des questions policières

à franceinfo

Interrogé par France 24, il enfonce le clou : "Bien que l'institution soit extrêmement hiérarchisée, les policiers exercent au quotidien beaucoup d'actions et de gestes sans contrôle de leur hiérarchie. Cette marge de manœuvre peut être très positive comme conduire à de graves dérives." Dans cette même interview, il pointe également l'attitude de Gérald Darmanin, dont le "soutien sans nuance" aux forces de l'ordre jusqu'à présent lui "revient aujourd'hui dans la figure comme un boomerang".

Une amélioration de la formation des agents

Autre question récurrente : celle de la formation des policiers. Dans le livre Flic (éd. Goutte d'or, 2020), le journaliste Valentin Gendrot, qui s'est infiltré deux ans dans la police après avoir suivi la formation d'adjoint de sécurité, se montre très critique sur le sujet. "C'est une formation low-cost. En trois mois, je suis sorti de l'école avec une habilitation pour porter une arme sur la voie publique. Je n'avais jamais touché une arme de ma vie avant. J'ai été plutôt mal formé. Heureusement, je n'ai jamais eu à me servir de cette arme puisque je n'étais vraiment pas le meilleur pour me servir d'une arme", déclarait-il à franceinfo en septembre dernier.

Mais il est difficile d'améliorer cette formation avec des besoins en hommes croissants. Alors que Nicolas Sarkozy a supprimé quelque 10 000 postes dans la police pendant son quinquennat (2007-2012), selon 20 Minutes, ses successeurs se sont engagés à recréer des emplois au sein des forces de l'ordre. En campagne pour la présidentielle, Emmanuel Macron a ainsi promis de "créer 7 500 postes de policiers, et 2 500 dans la gendarmerie", rappelle Le Monde"Pour l'heure, 6 101 équivalents temps plein ont été votés (…) depuis le début du quinquennat", ajoute le quotidien.

Or, ces effectifs ont été réclamés très rapidement sur le terrain, entre la crise des "gilets jaunes" et un niveau d'alerte qui reste élevé pour les attentats. Résultat, pointe encore Le Monde, les gardiens de la paix "ne passent plus que huit mois à l'école, contre douze précédemment". Très tournée vers la pratique, cette formation reste "refermée sur elle-même", au risque de "couper la police de son environnement", estime Sebastian Roché, spécialiste des questions policières, interrogé par le quotidien. Il s'agirait donc de l'ouvrir davantage.

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