Envoyé spécial, France 2

VIDEO. Pour le journaliste David Dufresne, les BRAV-M sont "une espèce de résurgence des voltigeurs"

Les "voltigeurs" seraient-ils de retour ? Pour le journaliste David Dufresne, les policiers à moto qui interviennent dans les manifestations depuis mars 2019 ne sont pas sans rappeler un certain peloton, dissout après la mort de Malik Oussekine en 1986. Selon ce spécialiste des violences policières interrogé par "Envoyé spécial", "les gestes sont les mêmes".

Lors des manifestations des "gilets jaunes" ou contre la réforme des retraites, difficile de ne pas remarquer ces policiers à moto équipés d'un casque intégral, circulant à deux sur des grosses cylindrées... Les BRAV-M, Brigades de répression de l’action violente motorisées, ont été mises en place pour gagner en réactivité face aux groupes de casseurs. Ce dispositif a été officialisé en mars 2019 par le nouveau préfet de police de Paris, Didier Lallement.

Leur mode d'intervention n'est pas sans rappeler celui d'autres policiers à moto, les anciens "voltigeurs"... Ces pelotons créés à la suite des manifestations de Mai 68 sont restés le symbole de la mort de Malik Oussekine, en marge des manifestations étudiantes de décembre 1986, sous les coups des policiers. Sous le choc, 450 000 personnes avaient défilé pour dénoncer le ministre de l'Intérieur de l'époque, aux cris de "Pasqua assassin !". Devant le séisme politique, le peloton a été dissout.

"C'est fait pour sidérer, pour l'effet de surprise"

Le journaliste David Dufresne était alors jeune étudiant, fraîchement débarqué à Paris. Il n'a jamais oublié ce qui s'est passé. "Les voltigeurs, c'était un pilote qui donnait des coups de pied, un passager qui donnait des coups de matraque. Ils étaient sur des Honda rouges... (...) Les BRAV, ça rappelle ça. C'est une espèce de résurgence, de retour. C'est fait pour frapper les esprits. C'est fait pour sidérer, pour faire quelque chose d'extrêmement important en matière de maintien de l'ordre : c'est l'effet de surprise."

Depuis un an et demi, David Dufresne recense tous les signalements de dérives policières sur internet, y compris celles des BRAV-M. Comme cette vidéo où l'on entend cette consigne, qui semble donnée par la moto de tête du peloton : "On grenade en roulant !" Or utiliser une arme à bord de la moto serait en contradiction avec les déclarations officielles du préfet de police. Les BRAV-M n'ont rien à voir avec les voltigeurs, assure ce dernier, et ne sont pas destinées à assurer des opérations de maintien de l'ordre. 

"Des policiers qui considèrent les manifestants d'abord comme des délinquants"

Pour David Dufresne, il est permis d'en douter. "La différence réelle entre 1986 et aujourd'hui, c'est la vidéo, poursuit le journaliste, mais les gestes sont les mêmes. Les motards qui montent sur les trottoirs, qui descendent de leur moto, qui vont bastonner [des manifestants], parfois les laisser après qu'ils ont subi des coups de matraque... les gestes sont similaires. Ce sont des policiers qui considèrent les manifestants d'abord comme des délinquants. (...) C'est une vision de la foule qui est une vision hostile. C'est de ça qu'on parle. Les BRAV, c'est ça."

Extrait de "BRAV-M, le retour des voltigeurs" ?, une enquête à voir dans "Envoyé spécial" le 6 février 2020.

Pour le journaliste David Dufresne, les BRAV-M sont \"une espèce de résurgence des voltigeurs\"
Pour le journaliste David Dufresne, les BRAV-M sont "une espèce de résurgence des voltigeurs" (ENVOYÉ SPÉCIAL / FRANCE 2)