Mort de Cédric Chouviat : les avocats de sa famille demandent l'interdiction du plaquage ventral par les forces de l'ordre, dans une lettre à Christophe Castaner

Selon les signataires de cette lettre, cette technique alimente "la crise de confiance entre la police et la population".

Une marche blanche en l\'honneur de Cédric Chouviat, le 15 janvier 2020 à Perpignan (Pyrénées-Orientales).
Une marche blanche en l'honneur de Cédric Chouviat, le 15 janvier 2020 à Perpignan (Pyrénées-Orientales). (NICOLAS PARENT / MAXPPP)

Les avocats de la famille de Cédric Chouviat, livreur à scooter mort lors d'une interpellation en janvier 2020, demandent l'interdiction de la technique du plaquage ventral par les forces de l'ordre dans une lettre adressée au ministre de l'Intérieur Christophe Castaner datée de lundi 8 juin, dont franceinfo a eu connaissance.

"Nous regrettons qu'il n'ait pas été mis immédiatement un terme à la technique du plaquage ventral et vous redemandons, par la présente, d'interdire cette technique mortifère", écrivent les avocats Arié Alimi, William Bourdon et Vincent Brengarth, après avoir rappelé que cette technique est mise en cause dans trois affaires : dans la mort de Cédric Chouviat qui "a été asphyxié" et dont le "larynx a été fracturé" en janvier 2020, dans le décès d'Adama Traoré "selon un nouvel examen réalisé à la demande de la famille du défunt" et révélée le 2 juin, et dans la mort de Mohamed Gabsi selon "un rapport d'autopsie pointant les pratiques policières" révélé par Mediapart le 5 juin.

Les avocats écrivent que le "fait que de telles techniques ne soient pas suspendues alimentent la crise de confiance entre la police et la population", alors que la France est traversée par de nombreuses manifestations pour dénoncer le racisme et les violences policières depuis deux semaines. Ils citent d'ailleurs le rapport du Défenseur des droits publié lundi, qui parle de "crise de confiance des citoyens à l'égard des forces de sécurité et une augmentation des violences à l'occasion de l'exercice de leurs missions".

Les signataires rappellent Christophe Castaner à ses engagements

Les signataires de la lettre rappellent aussi le ministre de l'Intérieur à ses engagements, car en janvier dernier, il avait annoncé "une étude d'évaluation de l'ensemble des techniques d'immobilisation aux fins que, le cas échéant, soient tirées toutes les conséquences dans leur dangerosité, quels que soient les efforts qui pourraient être faits en termes de formation ou de pédagogie". "Or, nous n'avons eu aucun écho sur ces travaux", écrivent les signataires. Christophe Castaner avait aussi assuré que la société civile et les avocats y seraient associés.

Enfin, les avocats de la famille de Cédric Chouviat se demandent pourquoi les policiers impliqués dans son interpellation n'ont pas été suspendus : "L'absence de suspension à ce jour des policiers laisse à penser que, sous couvert de respecter leur présomption d'innocence - ce qui peut être légitime - l'autorité reconnaît en creux que 'les risques du métier' pourraient être d'entraîner le décès d'un homme par asphyxie".

Selon eux, "un tel raisonnement est extrêmement dangereux, non seulement parce qu'il potentialise sa réitération mais que, plus encore, il accrédite l'idée selon laquelle le pouvoir exécutif protège la police en toutes circonstances".