"Insupportable", "hallucinant"... Les réactions politiques se multiplient après l'évacuation de migrants place de la République, à Paris

Des migrants qui s'étaient installés place de la République ont été évacués sans ménagement par la police, lundi soir. Des méthodes qui ont indigné de nombreux représentants politiques.

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Radio France
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La police a évacué lundi 23 novembre des migrants qui avaient installé leur tente place de la République à Paris. (GREG OZAN / AFPTV)

L'évacuation de plusieurs centaines de migrants sans ménagement par les forces de l'ordre, lundi 23 novembre, place de la République à Paris a suscité de nombreuses réactions.  En errance depuis l'évacuation d'un important camp d'exilés la semaine dernière, ils avaient monté lundi un nouveau campement dans le centre de Paris, que les forces de l'ordre ont démantelé sans ménagement dans la soirée en faisant notamment usage de gaz lacrymogène. Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a lui-même évoqué des images "choquantes" dans un tweet et réclamé un rapport. Pourtant, nombreux sont ceux qui pointent du doigt la proposition de la loi "sécurité globale" et son très controversé article 24.

>> L'Inspection générale de la police nationale saisie après l'évacuation violente d'un camp de migrants à Paris. Suivez notre direct.

Olivier Faure (PS) : "Des images révoltantes"

"J'ai été sidéré par ce que j'ai vu. Nous sommes un pays qui est censé être le pays des droits de l'homme", a réagi Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, mardi 24 novembre sur France Inter"Ces images sont insupportables. Et il est insupportable aussi de nous dire : 'Regardez, ce sont des images qui sont révoltantes'. Mais monsieur Darmanin, est-ce que ce n'est pas vous, justement, qui avez voulu supprimer ces images avec votre projet de sécurité globale ?" "Nous sommes dans un Etat de droit, ça suppose que chacun revienne à la raison", conclut Olivier Faure.

Laurent Berger (CFDT) : "Scandaleux, hallucinant !"

"J'ai trouvé ça scandaleux, hallucinant, il y a une intervention qui est totalement disproportionnée et inacceptable", a réagi sur France 2 Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT. "Les gens occupent pacifiquement la place avec des tentes, ils ne font de mal à personne, tout simplement parce qu'ils ont un problème de logement. Il n'y a pas de solutions de relogement."

"Le ministre de l'Intérieur doit s'interroger. Heureusement qu'il y a ces images." Avec la loi sur la sécurité globale "sans doute" qu'il n'y aurait pas eu ces images, "si on interdisait de filmer", a commenté Laurent Berger. La façon dont sont traités les migrants "est inacceptable, cela demande quand même que le préfet en rende compte. Ce n'est pas la première fois venant du préfet de police de Paris. Il y a un gros problème et il doit en rendre compte", a insisté le syndicaliste.

Éric Coquerel (LFI) : "Une répression malheureusement pas inédite"

"On a assisté à une répression malheureusement pas inédite, totalement disproportionnée, a dénoncé le député La France insoumise Éric Coquerel, présent lundi soir place de la République. "Y avait-il un risque pour les policiers ? Non, ils en conviennent. Y avait-il le même risque pour une détérioration de matériel ? Non. Donc, c'est une répression qui s'est abattue, je le rappelle, sur des gens qui demandent juste qu'on respecte leurs droits humains, sur des militants pacifiques, sur des journalistes et des élus sans distinction". 

Éric Coquerel estime que Gérald Darmanin n'a pas besoin d'un énième rapport et demande un retrait de la proposition de loi sur la "sécurité globale" qui, selon lui, enlève tout "frein" à la "répression". "Il faut absolument changer de doctrine" et "pour commencer, ne pas l'aggraver avec une loi de la surveillance généralisée et ce fameux article 24", déclare le député LFI.

"On n'est plus tout à fait, quand on voit les images d’hier, dans une démocratie. On se rapproche plus de ce que j'appelle un régime autoritaire, voire policier."

Éric Coquerel, député LFI

à franceinfo

Ian Brossat (PCF) : "Une volonté de harcèlement vis-à-vis de ces réfugiés"

"Ce qui s'est passé hier, j'étais présent comme de nombreux autres élus, est proprement scandaleux", a commenté sur franceinfo Ian Brossat, adjoint de la mairie de Paris en charge notamment de l'accueil des réfugiés, lui-même pris dans une nasse policière et empêché d'en sortir, à une rue de l'hôtel de ville. Selon l'adjoint à la mairie de Paris, "il y avait une volonté de harcèlement vis-à-vis de ces réfugiés, de les empêcher de s'installer là (...) ça n'est pas acceptable. Et la seule solution pour sortir de cette spirale, c'est d'héberger. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle la Ville de Paris a fait des propositions à la préfecture de Paris en ce sens."

"On parle de gens qui auraient dû être mis à l'abri la semaine dernière et que l'Etat a été infoutu d'héberger. Et donc, on leur fait payer d'une certaine manière les insuffisances de l'Etat."

Ian Brossat, adjoint de la mairie de Paris

à franceinfo

L'élu assure que la mairie de Paris dit avoir proposé deux sites, "l'un dans le 15e et l'autre dans le 17 arrondissement, qui peuvent accueillir des centaines de personnes". Ian Brossat a interpellé Emmanuel Wargon, ministre déléguée chargée du Logement : "Mobilisez les places que nous vous proposons."

Marlène Schiappa et Emmanuelle Wargon : "Les migrants doivent être traités avec humanité et fraternité" 

"Les migrants sont des personnes qui doivent être traitées avec humanité et fraternité", souhaitent rappeler les ministres de la Citoyenneté Marlene Schiappa et du Logement Emmanuelle Wargon, mardi dans un communiqué. Les deux ministres souhaitent que "des solutions de prise en charge soient trouvées sans délai pour les personnes en situation de détresse. D’ores et déjà 240 places sont identifiées par le préfet de la région Ile-de-France, en centre d’accueil et d’examen des situations administratives et dans les structures de l’hébergement d’urgence." Les ministres rappellent également "que 3 000 personnes ont été prises en charge et mises à l’abri lors de l’opération d’évacuation à Saint-Denis le 17 novembre".

Philippe Martinez (CGT) : "Une dérive sécuritaire"

Pour le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez aussi "c'est une façon de faire scandaleuse" qui "pose la question de l'accueil des migrants" qui "sont déplacés, chassés" : "Quand on les traite comme ça, c'est digne d'un pays qui n'est pas la France". Le leader de la CGT s'est lui aussi félicité sur RMC "qu'il puisse y avoir des images""Heureusement qu'on peut montrer de telles images pour pouvoir dénoncer le traitement qui est fait aux migrants dans ces conditions. Ça, ce n'est pas la France, ce n'est pas la France de la fraternité, ce n'est pas la France de la solidarité. C'est des images qu'on voit dans d'autres pays, des pays où la police commet de tels agissements", a-t-il ajouté, en condamnant "une dérive sécuritaire et de répression".

Yannick Jadot  (EELV) : "Une dérive liberticide", "un délit d'informer"

"Les images sont extrêmement choquantes, on a vu des violences vis-à-vis de réfugiés en situation extrêmement difficile et des violences vis-à-vis de journalistes qui commencent à s'accumuler dans le temps", a critiqué l'eurodéputé EELV Yannick Jadot mardi sur Europe 1, y voyant l'illustration d'une "dérive liberticide qui est dangereuse".

Selon lui, avec l'article 24 de la loi "Sécurité globale" en cours d'examen au Parlement, "le ministre (de l'Intérieur Gérald) Darmanin a, de fait, avec le président de la République, créé un délit d'informer pour les journalistes sur les manifestations" en "cré(ant) l'idée que les journalistes n'ont plus leur place dans les manifestations, que les journalistes deviennent des adversaires de la démocratie".

Anne Hidalgo (maire de Paris) : "Un usage de la force disproportionné et brutal"

"Ce que nous avons vu hier sur la place de la République et ensuite sur le parvis de l'Hôtel de ville est profondément choquant", a déclaré la maire de Paris Anne Hidalgo lors d'une conférence de presse de l'Association des maires de France (AMF). Elle a précisé avoir écrit à Gérald Darmanin "pour lui demander des explications". Elle a notamment dénoncé dans sa lettre "un usage de la force disproportionné et brutal".

La maire y a également rappelé un "protocole" qui prévaut lors de l'évacuation de camps, rappelant que les migrants provenaient d'un camp évacué la semaine dernière en Seine-St-Denis"On ne démantèle que s'il y a une solution d'hébergement", a-t-elle souligné déplorant qu'il "n'y ait pas eu de réponse à la hauteur de la part de l'État dont c'est la compétence et la responsabilité".

"Je dis attention : ce qui s'est passé hier, si je le mets en perspective du vote de l'article 24 de la loi sur la sécurité globale, cela veut dire qu'il y a un problème démocratique à l'arrivée", a-t-elle prévenu, appelant de ses voeux que le Conseil constitutionnel s'en saisira.

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