Drôme : ce que l'on sait de l'attentat au couteau qui a fait au moins deux morts à Romans-sur-Isère

Le parquet national antiterroriste a annoncé, dimanche matin, le placement en garde à vue d'une troisième personne dans le cadre de l'enquête.

Des membres de la police technique et scientifique entrent dans un commerce visé par une attaque terroriste, le 4 avril 2020, à Romans-sur-Isère (Drôme).
Des membres de la police technique et scientifique entrent dans un commerce visé par une attaque terroriste, le 4 avril 2020, à Romans-sur-Isère (Drôme). (MAXPPP)

"Toute la lumière sera faite sur cet acte odieux qui vient endeuiller notre pays déjà durement éprouvé ces dernières semaines." Le chef de l'Etat, Emmanuel Macron, a réagi, samedi 4 avril, à l'attaque meurtrière survenue le matin même dans le centre-ville de Romans-sur-Isère (Drôme), en pleine période de confinement

Le parquet national antiterroriste (PNAT) a annoncé, samedi, qu'il se saisissait de l'enquête, ouverte notamment pour "assassinats en relation avec une entreprise terroriste" et "association de malfaiteurs terroriste criminelle". Dimanche matin, il a annoncé le placement en garde à vue d'une troisième personne. Voici ce que l'on sait de cet attentat à ce stade.

Une attaque d'une dizaine de minutes

Selon le récit de France Bleu Drôme Ardèche, l'assaillant est entré, en milieu de matinée, dans un bureau de tabac, où il a poignardé trois personnes : le couple de gérants, ainsi qu'un client. Il a ensuite abandonné son couteau. 

Reprenant son chemin dans le centre-ville, l'homme est entré dans une boucherie. "Il est passé par-dessus le comptoir, a pris un couteau et a poignardé une autre personne dans le magasin, un client", affirme à France 3 Auvergne-Rhône Alpes le propriétaire de la boucherie, absent lors de l'attaque. "Ma femme m'a appelé en pleurant", précise-t-il.

Une fois ressorti, le tueur a blessé un passant devant un supermarché, puis s'en est pris à un homme qui ouvrait ses volets, toujours selon le récit de France Bleu Drôme Ardèche.

Survenue 15 minutes environ après le début des faits, l'arrestation s'est faite sans résistance, à proximité d'une boulangerie où des passants s'étaient réfugiés. Au moment où il a été interpellé, l'homme était agenouillé sur le sol et psalmodiait une prière en arabe, selon une source policière jointe par franceinfo. Toujours selon cette source, les policiers ont saisi un couteau. Des témoins affirment avoir entendu le suspect crier "Allah akbar".

Au moins deux morts et cinq blessés

L'auteur des faits a attaqué au moins sept personnes, dont deux sont mortes : Thierry, un client de 55 ans qui se trouvait dans la boucherie, et Julien, un habitant de 44 ans qui ouvrait ses volets, égorgé devant sa femme et son fils. Ce quadragénaire tenait, avec son père et son frère, un célèbre café-théâtre de la ville, La Charrette. "Tout Romans le connaissait", assure l'illusionniste Dani Lary au Parisien, décrivant "un vrai gentil" et "un pacifiste" qui "réglait toujours tous les problèmes".

Parmi les cinq blessés, au moins trois personnes ont été opérées samedi après-midi, selon France Bleu. Elles souffraient de plaies vasculaires, thoraciques, digestives et hépatiques, selon France 3. Deux d'entre elles se trouvaient entre la vie et la mort mais leur état s'est amélioré et leur pronostic vital n'était plus engagé samedi soir, a précisé, dimanche, sur franceinfo, la maire de Romans, Marie-Hélène Thoraval. "Une cellule psychologique a été mise en place au centre hospitalier de Romans pour les familles des victimes uniquement", avait annoncé l'élue, samedi. Les pompiers ont aussi pris en charge plusieurs personnes en état de choc, dont la gérante de la boucherie.

Un suspect soudanais de 33 ans

Selon les premiers éléments de l'enquête, le suspect est un Soudanais de 33 ans, qui a obtenu le statut de réfugié et un titre de séjour de dix ans à l'été 2017. Il était inconnu des services de police et n'avait pas d'antécédents judiciaires, selon une source policière. Il s'était installé à Romans au début de l'année. "Des associations louent des appartements et placent des réfugiés dans ces appartements et nous ne sommes jamais au courant de qui est installé dans ces appartements", a fait savoir la maire.

De septembre 2018 à janvier 2020, le suspect vivait dans le village de Moras-en-Valloire, à une trentaine de kilomètres de Romans. "Il travaillait pour une entreprise de mon territoire, une maroquinerie, raconte l'édile de la commune, Aurélien Ferlay, à franceinfo. Il était suivi par l'Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes de Romans-sur-Isère et a suivi une formation maroquinerie avec à la clé un contrat de professionnalisation. Durant son passage à Moras-en-Valloire, rien ne laissait présager un tel acte immonde. J'ai vraiment le souvenir de quelqu'un qui, avec mes services et moi-même, était poli, allait travailler en vélo."

La piste terroriste privilégiée

Le parquet national antiterroriste (PNAT) a annoncé, samedi, qu'il ouvrait une enquête, notamment pour "assassinats en relation avec une entreprise terroriste" et "association de malfaiteurs terroriste criminelle". Samedi après-midi, son domicile a été perquisitionné et "une de ses connaissances" soudanaises a été interpellée. Dimanche matin, le PNAT a annoncé une troisième garde à vue, d'"un jeune Soudanais qui résidait dans le même foyer, là où résidait le mis en cause".

Les premiers éléments de l'enquête sur l'auteur présumé de l'attaque "ont mis en évidence un parcours meurtrier déterminé de nature à troubler gravement l'ordre public par l'intimidation ou la terreur", selon le PNAT. Lors de la perquisition ont été retrouvés "des documents manuscrits à connotation religieuse, dans lesquels l'auteur des lignes se plaint notamment de vivre dans un pays de mécréants", des textes "a priori" écrits par le suspect.