Attaque au couteau à Romans-sur-Isère : le maire du village où habitait l’assaillant "sous le choc"

"Rien ne laissait présager un tel acte immonde", a réagi samedi sur franceinfo Aurélien Ferlay, le maire de Moras-en-Valloire (Drôme), après l'attaque au couteau qui a fait deux morts et plusieurs blessés.

Un policier portant un masque à Romans-sur-Isère (Drôme), sur les lieux de l\'attaque, le 4 avril 2020.
Un policier portant un masque à Romans-sur-Isère (Drôme), sur les lieux de l'attaque, le 4 avril 2020. (JEFF PACHOUD / AFP)

"On est vraiment stupéfaits et horrifiés parce que c'est l'incompréhension complète" : après l’attaque au couteau samedi 4 avril à Romans-sur-Isère (Drôme) qui a fait deux morts et plusieurs blessés, Aurélien Ferlay est "sous le choc". Le conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes, président des maires ruraux de la Drôme, est maire socialiste de Moras-en-Valloire, un village voisin de Romans dans lequel a résidé pendant plus d’un an l’assaillant, un Soudanais de 33 ans. Le Parquet national antiterroriste s’est saisi de l’enquête.

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franceinfo : Comment connaissiez-vous l’assaillant ?

Aurélien Ferlay : Il travaillait pour une entreprise de mon territoire, une maroquinerie. Son employeur cherchait un logement possible pour l'héberger à proximité de son lieu de travail. J'ai donc été amené à le rencontrer dans le cadre de l'élaboration d'un contrat de bail avec un colocataire pour un logement sur ma commune. Il y a habité durant 16 mois, entre septembre 2018 et janvier 2020. Cet homme de 33 ans, qui a le statut de réfugié, était accompagné dans le cadre d'un dispositif de formation. Il était suivi par l'Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes de Romans-sur-Isère et a suivi une formation maroquinerie avec à la clé un contrat de professionnalisation. Durant son passage à Moras-en-Valloire, rien ne laissait présager un tel acte immonde. J'ai vraiment le souvenir de quelqu'un qui, avec mes services et moi-même, était poli, allait travailler en vélo. On est sous le choc, on n'a pas de mots. On est vraiment stupéfaits et horrifiés parce que c'est l'incompréhension complète.

Savez-vous s’il était sous surveillance particulière, notamment celle des services de renseignement ?

Je ne sais pas, l’enquête le dira précisément, mais il n'avait absolument aucun antécédent quand je l’ai rencontré. J’ai pu, dans le cadre de l’élaboration de son contrat de bail, consulter son titre de séjour, les documents de sa formation antérieure… Il était suivi par les services de l'État et par le Secours catholique, c’est tout.

On n’avait vraiment rien à lui reprocher sur notre commune.Aurélien Ferlayà franceinfo

On est aujourd'hui totalement horrifiés et sans voix face à cette situation très pesante. En plus, je connais la famille d'une des victimes décédées. Je sais que tous les Romanais sont meurtris. J’espère que tout le monde se remettra de cette terrible journée.

Avez-vous pu parler avec son employeur et ses voisins ?

Oui, et eux aussi sont complètement consternés. Ils n'imaginaient pas du tout cette situation. Je suis en plus le maire d'une commune qui, par le passé, avait accueilli une famille de réfugiés syriens il y a peu de temps, ça s'était extrêmement bien passé. Dans l'histoire de mon village, on a toujours eu une tradition d'accueil des familles yougoslaves. Des enfants du Liban sont également venus à Morras. Tout s’est toujours très bien passé. Je souhaite quand même que l'horreur n'efface pas complètement l'histoire de la solidarité de notre village et n'autorise pas, par facilité, l'amalgame. Parce que je crois qu'il n'y a pas non plus, et heureusement, de monstres cachés derrière chaque réfugié d'hier ou de demain. Il ne faudra pas l'oublier.