Hommages à Steve Maia Caniço : "Si ces rassemblements doivent dériver vers de la violence, la famille se dissocie totalement"

Deux rassemblements pour rendre hommage à Steve Maia Caniço sont prévus à Nantes samedi. Face aux risques de débordements, "la famille souhaite qu'il n'y ait pas de rassemblements qui puissent dégénérer", a insisté l'avocate de la famille.

Cécile de Oliveira, avocate de la famille de Steve Maia Caniço, le 31 juillet, à Nantes. 
Cécile de Oliveira, avocate de la famille de Steve Maia Caniço, le 31 juillet, à Nantes.  (LOIC VENANCE / AFP)

"Si [les] rassemblements [en hommage à Steve] doivent dériver vers de la violence, la famille se dissocie totalement de ces initiatives", a prévenu sur franceinfo, samedi 3 août, Cécile de Oliveira, avocate de la famille de Steve Maia Caniço. Deux rassemblements sont prévus à Nantes samedi, à 11 heures et 13 heures, pour rendre hommage à l'animateur périscolaire de 24 ans. Son corps a été retrouvé lundi 29 juillet dans la Loire, un mois après sa disparition lors de la Fête de la musique, soirée au cours de laquelle une intervention policière controversée avait eu lieu sur l'île de Nantes. Craignant des violences avec la présence de groupes ultra, le préfet de Loire-Atlantique a fait le choix d'interdire tout rassemblement dans une grande partie du centre-ville. Pour l'avocate, il ne faut "pas transformer cette émotion en agressivité".

franceinfo : Pourquoi la famille de Steve ne soutient-elle pas ces rassemblements ?

Cécile de Oliveira : La famille soutient toute initiative amicale et artistique. Cela veut dire que la famille n'entend pas empêcher les gens qui aiment Steve de manifester, mais d'une manière totalement pacifique. Or, si ces rassemblements doivent dériver vers de la violence, la famille de Steve Maia Caniço se dissocie totalement de ces initiatives. Il ne faut pas oublier que c'est une famille qui est d'abord en état de sidération après tout ce qui vient de se passer, dans une douleur extrême et dans la préparation d'une sépulture. (...) Cette émotion, je la comprends très bien. (...) La question est de ne pas transformer cette émotion en agressivité. La famille souhaite qu'il n'y ait pas de rassemblement qui puisse dégénérer à Nantes. C'est important pour eux.

Craignez-vous une forme de "confiscation" de la peine de la famille avec ces rassemblements ?

Malheureusement, leur peine leur appartient et on ne peut pas leur prendre. Ce qui se passe est plutôt une confiscation de l'image de Steve et c'est ce qui les inquiète. Steve était apparemment quelqu'un de particulièrement pacifique, gentil et tranquille. Des débordements violents non seulement ne lui ressemblent pas, mais il les détestait. L'idée que la violence monte et qu'il puisse y avoir une répression policière vient comme un rappel sinistre de ce qui s'est passé le soir de la Fête de la musique... Steve vient figurer comme un symbole des violences policières probablement parce qu'il n'aurait jamais dû être victime d'une situation d'intervention policière violente. Il ne participait pas à des manifestations et était apparemment essentiellement passionné de musique.

Les deux juges d'instruction nantais qui sont en charge de l'information judiciaire pour "homicide involontaire" ont demandé à être dessaisis. Un dépaysement est-il indispensable pour plus d'apaisement ?

Oui, je le crois. Ce qui me vient, c'est plutôt la question de la garantie de l'indépendance des magistrats. Ils sont des professionnels brillants et ils ont, à juste titre, des préoccupations déontologiques, parmi lesquelles celle de garantir leur indépendance. Pour cela il faut un dépaysement. Le temps de l'enquête va être ralenti pendant probablement six à huit semaines. Cela ne m'inquiète pas tellement : d'une part, parce que l'enquête avait démarré d'une façon extrêmement sérieuse à Nantes avec le premier magistrat instructeur ; d'autre part, parce qu'il faut garantir une justice distanciée et donc qui a la possibilité d'enquêter autant qu'elle le souhaite et comme elle le souhaite.