La famille d'Alexia Daval demande à la juge d'instruction d'explorer la piste de l'empoisonnement

L'avocat de la famille se fonde notamment sur les traces de médicaments retrouvées dans le corps d'Alexia Daval. L'avocat de Jonathann Daval y est favorable, mais le procureur s'y oppose.

La famille d\'Alexia Daval et son mari Jonathann Daval, le 5 novembre 2017, à Gray en Haute-Saône.
La famille d'Alexia Daval et son mari Jonathann Daval, le 5 novembre 2017, à Gray en Haute-Saône. (SEBASTIEN BOZON / AFP)

L'avocat de la famille d'Alexia Daval a écrit une lettre pour demander à la juge d'instruction d'explorer la piste de l'empoisonnement, a appris franceinfo jeudi 12 décembre, confirmant une information du Parisien. Les proches de la jeune femme morte en octobre 2017 estiment que la lumière n'a pas été faite sur les traces de médicaments retrouvés dans le corps.

La lettre que franceinfo a pu consulter, signée par Me Gilles-Jean Portejoie, avocat de la sœur et du beau-frère d'Alexia, pointe une "incohérence majeure relative aux soi-disant 'crises d'épilepsie' d'Alexia", que seul son mari Jonathann Daval a décrites. La lettre souligne notamment "la quantité significative de tramadol" dans le corps, "médicament dont la présence est un mystère". Pour l'avocat de la famille, la thèse de l'automédication ne colle pas.

Au terme d'une longue démonstration, Me Gilles-Jean Portejoie demande aux enquêteurs de "pousser davantage les investigations sur l'origine et l'acquisition des médicaments". Il estime également une "nouvelle expertise nécessaire (…) afin de tenter d'expliquer les absences d'Alexia dans le cas vraisemblable d'une prise, à son insu, des différents médicaments".

Une prise "répétée"

Des analyses, dont franceinfo s'est fait écho en novembre 2018, avaient révélé que trois molécules, du zolpidem, du tétrazépam et du tramadol, étaient présentes dans le corps d'Alexia Daval. Ces trois substances avaient été absorbées par la victime dans les mois précédant sa mort.

Le zolpidem, utilisé comme somnifère et le tétrazépam, un décontractant musculaire, avaient déjà été prescrits à Alexia Daval. En revanche, le taux de tramadol (antalgique) retrouvé dans les analyses fait penser à une prise "répétée", estime une source proche du dossier. Selon les proches de la victime, Alexia ne s'est jamais fait prescrire du tramadol.

Le procureur s'y oppose

Interrogé sur cette demande d'investigations complémentaires, Me Randall Schwerdorffer (qui défend Jonathann Daval) s'étonne d'abord de cette demande tardive : "toutes les parties y avaient réfléchi [pendant l'information judiciaire] et personne n'avait demandé aucun acte d'investigation, ça avait été totalement écarté des débats."

Mais l'avocat de Jonathann Daval estime qu'"à partir du moment où les parties civiles font état de ces éléments, il va falloir aller au bout (…) Il va falloir explorer cette demande d'acte pour ne pas parasiter les débats de la cour d'assises avec une hypothèse qui, pour l'instant, me paraît extrêmement péremptoire", précise l'avocat. Il rappelle que son client a toujours dit ne pas savoir quels médicaments prenait Alexia.

De son côté, le procureur de Vesoul, Emmanuel Dupic, requiert le rejet de la demande d'actes complémentaires formulées par la famille d'Alexia Daval. Le procureur estime que les causes du décès d'Alexia sont connues et souligne qu'il y a déjà deux expertises au dossier sur les médicaments ingérés par la victime. C'est la juge d'instruction qui va trancher sur cette demande d'investigations complémentaires.

Déjà plus de 50 expertises

L'information judiciaire sur le meurtre d'Alexia Daval est close depuis un mois. Le 19 novembre 2019, le procureur de la République de Besançon déclarait que "plus de 50 expertises ont été diligentées (…) le magistrat instructeur estime que tout ce qui a été utile à la manifestation de la vérité a été demandé". Mais les parties disposent d'un délai pour demander de nouveaux actes auprès de la juge d'instruction.

Le cadavre en partie brûlé d’Alexia Daval avait été retrouvé à Gray-la-Ville (Haute-Saône), dans la nuit du 27 au 28 octobre 2017. En juin 2019, son compagnon Jonathann Daval a livré des aveux détaillés lors d'une reconstitution judiciaire de sept heures sous tension en Haute-Saône, reconnaissant lui avoir porté des coups mortels d'une extrême violence et avoir procédé lui-même "à la crémation partielle du corps" de sa femme Alexia.