De la disparition à la découverte du corps de l'étudiante dans une forêt alsacienne, retour sur l'affaire Sophie Le Tan

Sophie Le Tan n'avait plus donné signe de vie depuis le 7 septembre 2018, alors qu'elle allait visiter un appartement à Schiltigheim, près de Strasbourg (Bas-Rhin).

Les parents de Sophie Le Tan tiennent une banderole pour réclamer la vérité sur la mort de leur fille, à Mundolsheim (Bas-Rhin), le 7 septembre 2019, un an après sa disparition.
Les parents de Sophie Le Tan tiennent une banderole pour réclamer la vérité sur la mort de leur fille, à Mundolsheim (Bas-Rhin), le 7 septembre 2019, un an après sa disparition. (FREDERICK FLORIN / AFP)

L'ADN a parlé : le corps démembré retrouvé mercredi dans une forêt d'Alsace est bien celui de Sophie Le Tan. "Le profil génétique féminin mis en évidence est identique" à celui de l'étudiante disparue depuis plus d'un an, a annoncé la procureure de la République à Strasbourg (Bas-Rhin), samedi 26 octobre. Yolande Renzi tiendra une conférence de presse lundi après-midi pour donner les détails sur l'avancée de l'enquête. En attendant, franceinfo revient sur cette affaire.

Une disparition le 7 septembre 2018

C'était le jour de son 20e anniversaire. Le 7 septembre 2018, Sophie Le Tan, étudiante à Strasbourg en licence d'économie-gestion, part visiter un appartement à Schiltigheim, commune voisine. Elle a vu l'annonce de location sur Le Bon coin. La jeune femme brune de 1,55 m, dont la famille est originaire du Vietnam, s'y rend seule. Puis plus de nouvelles. Elle ne rejoint pas ses parents pour fêter son anniversaire comme prévu.

Ses proches sont inquiets : ils ne lui connaissent pas d'ennemi, ni aucun souci particulier. C'est une jeune femme "sans problème", confient-ils à France 3 Grand-Est. Un appel à témoins est lancé. Quatre jours après cette disparition "très inquiétante", le parquet de Strasbourg ouvre une enquête pour enlèvement et séquestration.

Une mise en examen dix jours plus tard

Les enquêteurs s'intéressent rapidement à l'auteur de l'annonce immobilière : Jean-Marc Reiser, âgé aujourd'hui de 59 ans. C'est le principal suspect dans cette affaire. Il est mis en examen pour assassinat, enlèvement et séquestration, le 17 septembre 2018. Cet homme, qui avait repris des études en archéologie byzantine, à la faculté des sciences historiques de Strasbourg, au moment de son interpellation, a un lourd passé judiciaire.

Mis en cause pour la disparition d'une jeune femme dans les années 1980, il avait été acquitté au bénéfice du doute au début des années 2000. Peu de temps après, Jean-Marc Reiser est définitivement condamné à 15 ans de prison pour le viol d'une auto-stoppeuse allemande en 1995 dans les Landes, et pour des viols sur sa maîtresse, en 1996. Ses voisins et l'un de ses anciens avocats le décrivent à France 3 Grand-Est comme "un homme froid, imposant et autoritaire, une personnalité impressionnante qui marque les esprits et reste en mémoire". "Il me faisait peur dans l'ascenseur, à chaque fois il me 'scannait'", se rappelle une voisine.

Des traces de sang au domicile du suspect

Des éléments décisifs ont conduit à la mise en examen de Jean-Marc Reiser. Lors d'une perquisition, en septembre, les enquêteurs ont découvert des "traces de sang, malgré manifestement un nettoyage en profondeur et très récent des lieux", révèle la procureure de la République de Strasbourg, lors d'une conférence de presse, le 20 octobre 2018. L'ADN de Sophie Le Tan est présent sur un couvercle de lave-linge et un morceau de linoléum de l'appartement du principal suspect. Des bâches trouvées dans sa voiture sont saisies. Plusieurs mois plus tard, des traces du sang de l'étudiante sont également prélevées sur le manche d'une scie retrouvée dans la cave, sur les poignets d'une veste kaki et sur une paire de chaussures appartenant à Jean-Marc Reiser.

En dépit de ces éléments, récemment validés par la justice, le quinquagénaire nie toute implication dans cette disparition. Il affirme avoir rencontré Sophie Le Tan par hasard, à la faculté de Strasbourg. Selon lui, la jeune femme était blessée à la main. Il indique lui avoir proposé son aide. Elle aurait accepté de se rendre à son domicile, puis serait repartie. Cette version n'a pas bougé d'un pouce depuis le début de l'affaire et Jean-Marc Reiser clame son innocence. Il a déposé une demande de remise en liberté, mais celle-ci a été rejetée le 28 février 2019.

Des recherches pendant plusieurs mois

L'enquête progresse, mais Sophie Le Tan est toujours introuvable. Ses proches continuent les recherches inlassablement et se mobilisent pour espérer, un jour, connaître la vérité. Le 29 septembre 2018, ils organisent des battues citoyennes à Ingwiller (Bas-Rhin) et à Meisenthal (Moselle), où Jean-Marc Reiser a grandi. Son père était garde-forestier. Le soir, quelque 750 personnes marchent en soutien à la famille jusqu'au pied de l'immeuble où habitait le principal suspect, comme le rapporte France 3Six mois après la disparition de Sophie Le Tan, une autre "marche solidaire" est organisée à Cernay (Haut-Rhin), où vit sa famille.

La mobilisation se poursuit, y compris lorsque les enquêteurs annoncent suspendre leurs recherches sur le terrain, le 15 mai. "C'est une immense consternation", réagit sur Facebook la famille de Sophie Le Tan. "Un coup dur, un choc", selon Laurent, son cousin, interrogé par France Bleu Alsace. Les proches de l'étudiante, tout comme les membres du collectif créé après sa disparition, veulent poursuivre les recherches. Les enquêteurs, eux, estiment avoir ratissé tous les secteurs où est passé Jean-Marc Reiser. Ils ne reprendront les battues qu'en cas d'éléments nouveaux.

Un corps démembré découvert dans une forêt

L'enquête est relancée, mercredi. Un gendarme qui se promenait en forêt découvre des ossements, dans le secteur de Rosheim et Grendelbruch (Bas-Rhin), à une quarantaine de kilomètres de Schiltigheim, comme le montre une carte des Dernières nouvelles d'AlsaceLes premières constatations suggèrent qu'ils pourraient appartenir à l'étudiante. Mais le parquet de Saverne, compétent dans un premier temps pour la découverte du corps, appelle à "la plus grande prudence", en attendant les résultats des analyses ADN. C'est finalement la procureure de Strasbourg, Yolande Renzi, qui confirme, trois jours plus tard, qu'il s'agit bien de Sophie Le Tan.

"Personne ne peut se réjouir qu'on ait trouvé le corps de Sophie, mais cette découverte confirme ce qu'on pressentait", réagit l'avocat de la famille Le Tan, Gérard Welzer, auprès de l'AFP. "Les conditions dans lesquelles on a retrouvé Sophie montrent les actes monstrueux" infligés à l'étudiante, ajoute-t-il. "La défense fait son travail, mais les charges sont accablantes. M. Reiser ment comme il respire, c'est bien lui – toutes les preuves sont dans le dossier – qui a tué Sophie Le Tan", insiste-t-il, auprès de franceinfo. Il réclame un procès public "pour qu'enfin celui qui pour nous est un monstre soit jugé le plus vite possible". D'ici là, un nouvel interrogatoire de Jean-Marc Reiser pourrait être organisé, dans les prochaines semaines.