Equilibre politique, personnalités, points chauds... Voici les enjeux des élections sénatoriales

Comme tous les trois ans, la moitié du Sénat est renouvelée, dimanche. La droite devrait y rester majoritaire.

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France Télévisions
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L'hémicycle du Sénat, le 24 juin 2020, lors d'une séance de questions au gouvernement. (MAXPPP)

Des petites évolutions, quelques surprises, mais pas de grand chambardement. Les élections sénatoriales, qui se tiennent dimanche 27 septembre, ne devraient pas bouleverser la donne dans l'hémicycle du palais du Luxembourg, où la droite est majoritaire.

Comme tous les trois ans, la moitié du Sénat sera renouvelé. Cette année, 172 sièges sur 348 sont remis en jeu, dans 59 départements et quatre collectivités d'Outre-mer. Pour cette élection au suffrage indirect, seuls les "grands électeurs" sont appelés aux urnes. Plus de 95% d'entre eux étant désignés par les conseils municipaux, le verdict des élections sénatoriales va être grandement influencé par les résultats des élections municipales de mars et juin. Dans chaque camp, les experts électoraux ont fait leurs calculs, et il est déjà possible de se faire une idée de la composition du futur Sénat.

Un rapport droite-gauche inchangé ?

A droite comme à gauche, on s'attend à une grande stabilité. Actuellement, la droite contrôle l'hémicycle, grâce à l'alliance entre les groupes Les Républicains (144 sièges) et Union centriste (51 sièges). Selon une source interne au parti, LR table sur une fourchette de 138 à 148 sièges dans le nouvel hémicycle.

"Le résultat des municipales peut nous mettre en difficulté dans deux ou trois départements comme la Gironde [où la droite a perdu Bordeaux], mais vu la masse de petites et moyennes villes, le corps électoral n'a pas beaucoup changé pour nous", explique à franceinfo le sénateur LR Roger Karoutchi.

A gauche, le PS, qui compte aujourd'hui 71 sièges, devrait rester le deuxième plus important groupe de la chambre haute du Parlement. Sur l'ensemble du territoire, le parti pense perdre 5 à 10 sièges et en gagner entre 5 et 8, soit une prévision de 66 à 74 sièges.

Dans ces conditions, l'actuel président (LR) du Sénat, Gérard Larcher, candidat à sa réélection, a toutes les chances d'être reconduit au "plateau", l'équivalent du "perchoir" de l'Assemblée nationale. Le sénateur des Yvelines, dont le siège n'est pas remis en jeu lors de ce scrutin, a déjà occupé la présidence de 2008 à 2011 et depuis 2014.

Un groupe pour les Verts ?

C'est la principale inconnue du scrutin : un groupe écologiste va-t-il renaître au Sénat, après sa disparition en 2017 ? Pour cela, EELV doit atteindre le seuil des 10 élus, nécessaire à la constitution d'un groupe (contre 15 élus à l'Assemblée).

Les écologistes peuvent d'ores et déjà compter sur une poignée de sénateurs dispatchés dans plusieurs groupes, et dont les sièges ne sont pas remis en jeu. Parmi eux, seule Esther Benbassa est encartée EELV. Les autres ne sont pas ou plus membres du parti écolo, mais sont disposés à former un groupe avec eux. Comme Esther Benbassa, Guillaume Gontard siège actuellement avec les communistes. Ronan Dantec et Joël Labbé, deux ex-EELV, sont aujourd'hui membres du groupe Rassemblement démocratique et social européen (RDSE). Enfin, Sophie Taillé-Polian (Génération.s), issue du groupe socialiste, sera aussi de la partie.

Pour atteindre le nombre nécessaire pour constituer un groupe, les Verts espèrent glaner de nouveaux sièges dans les départements où ils ont fait bonne figure aux élections municipales. Dans le Rhône, leur victoire à Lyon pourrait leur permettre d'obtenir deux sénateurs. Un siège semble aussi à leur portée en Gironde, où Bordeaux est passée au vert, ainsi que dans le Bas-Rhin, après avoir conquis Strasbourg. Autres cibles : la Haute-Savoie, où une candidate EELV mène l'unique liste de gauche, ou encore l'Ille-et-Vilaine.

Quelle place pour les macronistes ?

Après des législatives partielles catastrophiques, dimanche dernier, et une crise de gouvernance interne, La République en marche aborde ces élections sénatoriales dans une position délicate. Lors du scrutin de 2017, le parti présidentiel n'avait pas tenu ses objectifs, n'obtenant que 23 sièges. Une contre-performance qui pouvait alors s'expliquer par le manque d'ancrage territorial du jeune parti.

Ses mauvais résultats aux élections municipales n'ont pas permis à LREM de faire significativement grossir ses rangs parmi les bataillons de grands électeurs appelés aux urnes pour les sénatoriales. Le parti devrait donc encore perdre des plumes à l'occasion de ce renouvellement. Le président et créateur du groupe, François Patriat, pourrait être ainsi battu dans son fief de Côte-d'Or. L'existence du groupe n'est toutefois pas menacée, car 13 de ses sièges ne sont pas remis en jeu.

Après le scrutin, le groupe LREM pourrait en outre accueillir de nouveaux membres venus d'autres groupes comme le RDSE, le petit groupe Les Indépendants - République et territoires, surtout si ce dernier n'a plus assez d'élus pour se maintenir. "Mais aujourd'hui, je ne suis pas sûr que la marque LREM attire", admet-on, dans l'entourage d'un candidat de la majorité présidentielle.

Le RN éjecté du Sénat ?

En 2014, le parti de Marine Le Pen avait réussi pour la première fois à faire élire deux de ses représentants au palais du Luxembourg : le maire du 7e secteur de Marseille, Stéphane Ravier, et le maire de Fréjus, David Rachline. Ce dernier ayant démissionné en 2017 pour cause de cumul des mandats et sa remplaçante ayant quitté le parti, le RN ne dispose plus que d'un siège, lui-même fortement menacé après la contre-performance de Stéphane Ravier aux municipales.

Le Rassemblement national pourrait donc être bouté hors du Sénat lors de ce renouvellement, même s'il ne désespère pas de récupérer le siège jadis conquis par David Rachline dans le Var, ou d'une bonne surprise dans les Alpes-Maritimes.

Des personnalités qui jouent gros

Bruno Retailleau. L'actuel président du groupe LR au Sénat n'a aucun souci à se faire pour sa réélection en Vendée, mais son score sera observé. Objectif : faire aussi bien, voire mieux, que les 68,48% qui lui avaient permis en 2014 de rafler les trois sièges en jeu dans le département. La réédition d'une telle performance le placerait sur orbite dans l'optique de la désignation du candidat LR pour la présidentielle de 2022.

Les ministres Sébastien Lecornu et Jean-Baptiste Lemoyne. Le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, part à l'assaut du Sénat à la tête d'une liste estampillée "divers centre", mais soutenue par plusieurs figures LR de son département de l'Eure. S'il est élu, il restera au gouvernement et ne siégera donc pas au Sénat. Sébastien Lecornu cependant voit plus loin : "L'idée, c'est de faire travailler la poutre et de cranter des alliances pour 2022", explique-t-on dans son entourage. Il espère ainsi convaincre une partie de la droite sénatoriale de soutenir le chef de l'Etat à la prochaine présidentielle et poursuivre le processus de recomposition politique entamé en 2017.

Le secrétaire d'Etat au Tourisme, Jean-Baptiste Lemoyne, est candidat dans l'Yonne sous l'étiquette LREM. Elu en 2014 au Sénat, l'ancien LR va tenter de conserver son siège, après avoir été contraint par Emmanuel Macron de renoncer à sa candidature à la mairie de Biarritz (Pyrénées-Atlantiques).

François Patriat. Le président du groupe LREM au Sénat est en danger en Côte-d'Or, où ses anciens camarades socialistes sont bien décidés à lui barrer la route. "Il essaie de sauver sa peau en chassant des voix à droite. Mais la droite lui fera-t-elle ce cadeau ?" s'interroge un élu PS. Une défaite de François Patriat sonnerait comme un nouvel affront pour le parti présidentiel.

Des situations locales à observer de près

Bouches-du-Rhône. Les jeux sont très ouverts dans ce département, où huit sièges sont à pourvoir. La gauche, qui présente une liste d'union espère transformer l'essai après sa victoire à Marseille aux élections municipales. La droite, qui a enregistré des succès électoraux importants dans le reste du département, est susceptible de faire mieux que les trois sièges remportés en 2014. L'ancien baron socialiste Jean-Noël Guérini tentera, lui, de sauver son siège.

Rhône. La victoire écrasante des écologistes à Lyon et dans la métropole donne des ailes à la gauche, qui peut glaner trois, voire quatre des sept sièges en jeu. Mais ce scrutin est aussi une affaire de leadership à droite, où deux listes s'affrontent. D'un côté, le sénateur LR sortant François-Noël Buffet, qui s'était allié avec Gérard Collomb lors de l'élection métropolitaine ; de l'autre, Etienne Blanc, proche de Laurent Wauquiez, embarqué malgré lui dans cette alliance qui l'avait contraint à s'effacer derrière le poulain de Gérard Collomb aux municipales. Pour compléter le tableau, pas moins de trois listes centristes sont en lice dans ce berceau du macronisme.

Haute-Corse. Pour la première fois, le département de Haute-Corse pourrait être représenté au Sénat par un élu nationaliste. Deux d'entre eux s'affronteront lors de ce scrutin, où un seul siège est à pourvoir. Le favori s'appelle Paul Parigi, maire de Santa Lucia di Mercurio et membre de Femu a Corsica, le parti du président du conseil exécutif de l'île, Gilles Simeoni. Deux candidats de droite et un candidat de gauche sont aussi sur les rangs.

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