Résultats des élections municipales 2020 : le PS sauve ses bastions et conforte sa stratégie d'alliance avec EELV

Malgré une frayeur à Lille, les socialistes ont conservé la quasi-totalité de leurs villes importantes et repris Montpellier. Dans certains cas marquants, cependant, ils s'étaient effacés derrière les écologistes, ce qui nuance leur réussite électorale.

La maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, annonce sa réélection devant l\'hôtel de ville, au soir du second tour des élections municipales, le 28 juin 2020.
La maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, annonce sa réélection devant l'hôtel de ville, au soir du second tour des élections municipales, le 28 juin 2020. (JOEL SAGET / AFP)

Dans l'ombre de la vague verte, un regain rose en filigrane ? Si les victoires les plus marquantes de ce second tour des élections municipales 2020 ont été remportées par Europe Ecologie-Les Verts, dimanche 28 juin, elles se sont souvent faites avec le soutien du Parti socialiste. Les alliances ont donc porté leurs fruits, parfois bien au-delà des espérances. Le PS conserve également la plupart de ses bastions et l'emporte en figurant en tête de liste à Montpellier ou Nancy. Le vieux partenaire écolo est passé près d'infliger une déconvenue historique au camp socialiste à Lille, mais Martine Aubry a fini par l'emporter, alors que les premières estimations la donnaient perdante face au candidat EELV Stéphane Baly.

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A Paris, Anne Hidalgo a très nettement battu ses adversaires Rachida Dati (LR) et Agnès Buzyn (LREM), en récoltant 48,7% des suffrages au niveau de la ville, selon les dernières estimations dimanche soir. Dans l'Ouest, Nathalie Appéré et Johanna Rolland ont également été largement réélues, respectivement à Rennes et Nantes. Grâce à leur étiquette socialiste ou malgré celle-ci ? Sur les affiches de la maire de Nantes et de celle de Paris, c'est le vert qui prédominait, et difficile de trouver une trace de leur appartenance au camp rose.

Poitiers perdue, Nancy reprise

Les socialistes ont essuyé quelques pertes, dont Poitiers (Vienne), fief du parti depuis 1977. Mais ils ont également fait des conquêtes, ou des reconquêtes. Le socialiste Yann Galut a fait basculer Bourges (Cher) à gauche pour la première fois depuis 1995. Son homologue Mathieu Hanotin a pris un bastion communiste historique : Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Et si la plupart des villes cédées à la droite en 2014 ont reconduit la majorité sortante, le PS en reprend tout de même quelques-unes, l'emportant notamment avec Mathieu Klein à Nancy (Meurthe-et-Moselle), Delphine Labails à Périgueux (Dordogne) et Karim Bouamrane à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis).

C'est également une tête de liste socialiste alliée à EELV, Michaël Delafosse, qui a fait rebasculer à gauche Montpellier (Hérault) face à Philippe Saurel (LR) et la liste hétéroclite de l'homme d'affaires Mohed Altrad, avec une nette avance (47,22% contre 34,65% et 18,12% pour ses rivaux).

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Mais les basculements les plus spectaculaires de la soirée sont le fait de listes emmenées par les écologistes, le plus souvent avec le soutien du PS, comme à Lyon, BordeauxTours, Annecy ou encore Besançon, où cette union de la gauche a délogé un ancien maire socialiste ayant rejoint LREM. A Marseille, les socialistes figurent aussi en bonne place sur les listes du Printemps marseillais, favori au vu des premières estimations. La cité phocéenne illustre bien la position complexe du PS dans le puzzle actuel de la gauche : pour mener leur alliance, la dizaine de partis réunis avait préféré l'écologiste Michèle Rubirola au leader socialiste local Benoît Payan, notamment handicapé par son étiquette (mais qui a tout de même été largement élu maire dans le 2e secteur, qui regroupe les 2e et 3e arrondissements).

Un nouveau "logiciel socialiste" porté sur les alliances

"C'est une très, très belle victoire que nous sommes en train de remporter ensemble", se félicitait Olivier Faure dès le début de la soirée sur France 2, alors que Martine Aubry semblait encore en difficulté. Si certains ont ironisé en l'imaginant rejoindre le parti de Yannick Jadot, sa stratégie plus "modeste" d'alliance est en partie validée par les résultats de ces municipales, estime Vincent Tiberj, enseignant-chercheur à Sciences Po Bordeaux : "Il faut lui reconnaître le fait d'avoir changé le logiciel socialiste en appelant largement au dialogue avec les autres composantes de la gauche."

Pour ce sociologue spécialiste des élections, les résultats du PS restent mitigés, et le parti est toujours "l'homme malade de la gauche". Mais le sentiment d'avoir vu EELV prendre l'ascendant sur lui, ou sur La France insoumise, est à nuancer : "A gauche, aujourd'hui, plus aucun parti n'est propriétaire de son électorat. Les électeurs ont exprimé une adhésion à EELV, mais c'est une adhésion sous conditions", comme l'était celle au parti de Jean-Luc Mélenchon lors de son bon résultat à la dernière présidentielle. Rien ne dit que les cartes ne seront pas à nouveau rebattues dans le futur.

Le fait que les plus belles victoires de dimanche soient celles d'écologistes soutenus par les socialistes ne condamne donc pas ces derniers à un second rôle. Elles montrent également l'importance de candidatures à plusieurs facettes. "Les verts sans le rose ou le rouge, ça risque d'avoir des limites. Un EELV qui ne parlerait que d'écologie pourra parler aux urbains des classes moyennes, mais ne réussira pas à percer au-delà", estime Vincent Tiberj. Difficile de tirer de ces élections des conclusions définitives sur l'état de la gauche ou du socialisme en France. S'"il y a clairement une base de gauche, qui représente environ un tiers des électeurs", elle ne garantit pas un renouveau au niveau national. Un sondage Ifop publié le 22 juin attribuait ainsi à Olivier Faure 3% des intentions de vote au premier tour de la prochaine présidentielle.