"C'était devenu apocalyptique" : à Meudon, le maire a débarrassé une rue des embouteillages provoqués par l'application Waze

Via l'opération #MonMaire, une habitante de Meudon, dans les Hauts-de-Seine, a contacté franceinfo pour souligner le travail de l'élu à la tête de sa commune, qui a permis à la rue de la Belgique de retrouver une certaine tranquillité.

L\'application de circulation Waze est utilisée par de nombreux automobiliste comme ici dans le Territoire-de-Belfort.
L'application de circulation Waze est utilisée par de nombreux automobiliste comme ici dans le Territoire-de-Belfort. (MAXPPP)

"On est quand même revenus à une situation vivable", lance Denis Larghero, le maire UDI de Meudon (Hauts-de-Seine), mercredi 20 novembre. L'édile contemple le panneau "sens interdit sauf riverains", installé en novembre 2018 dans la rue de la Belgique pour juguler un trafic routier synonyme d'angoisse pour les habitants du quartier. "On était devenus le trajet préféré de [l'application de navigation GPS] Waze pour arroser tout le sud-ouest de Paris", témoigne Béatrice, une habitante de la rue, qui a contacté franceinfo via l'opération #MonMaire. "C'était un concert de klaxons, des gens qui ne vous laissaient pas traverser et qui manquaient de vous renverser en roulant à toute vitesse." 

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Il y a environ trois ans, Béatrice organise une petite réunion dans son jardin avec les habitants de la rue de la Belgique, située dans le quartier Val-Fleury, pour parler d'un nouveau problème. "Le ressenti de tous les habitants allait dans le même sens : il y avait beaucoup plus de circulation qu'avant." Une petite délégation est alors reçue par le maire de l'époque, Hervé Marseille. Ce dernier prend la décision radicale de fermer purement et simplement la rue. "La décision a provoqué des émeutes, les automobilistes n'acceptaient pas de ne plus passer par là", se souvient Béatrice.

"Les gens passaient par là pour gagner quelques minutes"

Peu de temps après, Hervé Marseille est réélu sénateur et doit laisser son fauteuil de maire en raison de la loi sur le non-cumul des mandats. Son ancien adjoint à la Culture, Denis Larghero, reprend alors le dossier à zéro. "Je suis allé plusieurs fois sur le terrain pour voir comment ça se passait. Les gens m'invectivaient et les services municipaux se faisaient insulter. Les gens étaient hystériques, car cela touchait à leur quotidien", raconte l'élu. "On était atterrés de voir la violence des automobilistes, des autres riverains", confirme Béatrice. Le maire est alors contraint de rouvrir la rue. "Je décide de mettre un terme à l'expérience. Je ne peux pas laisser la situation se dégrader comme ça."

Les riverains commençaient à s'insulter, à se mettre sur la gueule.Denis Larghero, maire de Meudonà franceinfo

Le problème des bouchons revient vite et les habitants se retrouvent à nouveau dans un enfer quotidien aux heures de pointe, entre pollution et bruit des moteurs. "Il y a quand même eu 40% d'augmentation du trafic en un an, selon un comptage officiel. On était à 6 000 voitures par jour, pour des infrastructures calibrées pour 1 000 bagnoles par jour... la route reste étroite", détaille Béatrice. Pour un quartier résidentiel habitué à entendre le chant des oiseaux, la situation devient difficile à vivre. Et le coupable est tout désigné. "Les applications type Waze [poids lourds du secteur avec Maps, ViaMichelin ou TomTom] ont fait de notre route un raccourci et les gens passaient par là pour gagner quelques minutes", assure Béatrice. 

Modélisation de la circulation dans la ville de Meudon entre 7h30 et 8h30, réalisée début 2018, avec au centre les rues de la Belgique, des Vignes et Abel Waché, victimes d\'un trafic très important.
Modélisation de la circulation dans la ville de Meudon entre 7h30 et 8h30, réalisée début 2018, avec au centre les rues de la Belgique, des Vignes et Abel Waché, victimes d'un trafic très important. (COMPTAGES PROJETS ETUDES VOIRIES / VILLE DE MEUDON)

La situation géographique de Meudon lui vaut d'être une zone de transit entre Paris et le reste de la banlieue sud-ouest de la capitale. "On est déjà pris en temps normal dans un étau entre la N118 et la D2, et en ce moment on est au milieu des travaux du Grand Paris Express et du tramway de Clamart", précise Denis Larghero. Dans ce contexte, les applications de guidage qui analysent le trafic en temps réel (comme Waze, Maps, TomTom...) cherchent des solutions pour que les conducteurs évitent les embouteillages. "Mais Waze ne tient pas du tout compte de la qualité des routes", regrette le maire de Meudon, qui s'exaspère de voir des camions s'engager sur les routes exiguës et sinueuses de sa ville. "On a essayé de prendre contact avec l'entreprise, mais elle reste dans un échange d'informations, de données, pas dans la recherche de solutions."

 Le maire UDI de Meudon (Hauts-de-Seine) Denis Larghero, mercredi 20 novembre 2019.
 Le maire UDI de Meudon (Hauts-de-Seine) Denis Larghero, mercredi 20 novembre 2019. (CLEMENT PARROT / FRANCEINFO)

"Quand on a mis en place les mesures coercitives, on a quand même réussi à faire en sorte que Waze les prenne en compte, poursuit le maire de Meudon. Les habitants sont même allés jusqu'à discuter avec les contributeurs Waze pour les convaincre." En signalant les aménagements, les utilisateurs peuvent ainsi influencer l'application. Cette dernière, déjà mise en cause par plusieurs municipalités, assure de son côté sur franceinfo qu'elle respecte les règles et qu'elle se refuse à supprimer des routes de sa cartographie. "On a juste la capacité d'optimisation du trafic dans un univers donné, mais ce n'est pas nous qui faisons les règles de l'univers. (...) Le régulateur, ce sont les pouvoirs publics." 

Des interventions "pour que l'on ne se batte pas"

Pour trouver une solution dans le quartier Val-Fleury, le premier magistrat de Meudon a donc dû prendre les choses en main, comme il le raconte : "J'ai enclenché un groupe de travail avec divers collectifs d'habitants. On a aussi fait appel à un bureau d'études pour modéliser un plan de circulation, ce qui allait nous permettre de jouer les différents scénarios afin d'envisager des solutions", détaille Denis Larghero. Une fois les solutions ciblées, il faut mettre les habitants des différents quartiers autour d'une table pour trouver un terrain d'entente. Parfois, le ton monte. "Je me souviens d'une réunion où le maire a dû intervenir pour demander à ce que l'on ne se batte pas", témoigne Béatrice.

"Il a fallu effectivement sortir des personnes de certaines réunions, confirme le maire. L'essentiel de mon travail a été de réunir les conditions d'un dialogue serein." L'édile et les riverains rencontrent même des habitants de la ville voisine de Clamart, pour leur faire part de leurs problèmes et solliciter leur accord pour un changement du plan de circulation. "Les habitants sont venus avec des études de pollution pour faire comprendre leur problème. C'était devenu apocalyptique, il fallait trouver une solution." Un accord est trouvé et les aménagements peuvent commencer. Grâce au financement de la structure du Grand Paris Seine Ouest, la municipalité fait installer des feux tricolores, des chicanes, un carrefour à sens giratoire et enfin une signalétique "interdit sauf riverains".

Certains habitants des rues voisines protestent malgré tout contre cette interdiction. "Cela a détourné le trafic sur le quartier de Val Fleury, la circulation a été multipliée par quatre ou cinq sur la rue Henri-Barbusse, c'est devenu impossible pour les gens qui vivent là", souffle Sébastien, qui vit dans le quartier. Il dénonce aussi un manque de concertation de la part de la municipalité. "Ils font des études dans leur coin, ils viennent les présenter en réunion publique et ils font croire qu'il s'agit de concertation", dit-il. "Il n'y a pas eu une bonne anticipation, une bonne concertation avec les associations de terrain", estime également Claude Charlot, secrétaire de la section PS de Meudon. 

Il faut un objectif d'amélioration globale, pas seulement la fermeture d'une rue qui reporte le problème sur d'autres quartiers.Claude Charlot, secrétaire de la section PS de Meudonà franceinfo

"Forcément, ce n'est pas encore parfait et cela peut avoir un impact sur d'autres quartiers, répond Denis Larghero. Mais aujourd'hui, on a une situation qui est apaisée. On a construit une solution globale, pas juste en fermant une rue. Et on a réussi à faire baisser de 30% la circulation dans le quartier." Un bilan positif que partage Béatrice. "Le maire a fait son boulot. Il ne s'est pas laissé impressionner par les tracts et la violence des autres rues, remercie-t-elle. Il a été très présent, très à l'écoute. Ce qui m'a impressionnée, c'est de savoir qu'il démarre très tôt sa journée et qu'il poursuit parfois jusqu'à tard pour discuter avec nous."

Le maire admet qu'il reste du travail. Le haut de la rue de la Belgique, qui n'est pas concerné par le sens interdit, reste très fréquenté. "On ne peut pas fermer toutes les routes non plus", souffle l'élu alors qu'il tourne le dos à cette fameuse rue. Dans son dos, plusieurs voitures s'y engagent, malgré le sens interdit. "Il faut refaire un tour de police municipale", lance-t-il à son directeur de cabinet. Il promet aussi un nouveau plan de circulation dès janvier pour encore améliorer la situation, mais se montre un brin fataliste. "Il faut rencontrer les habitants, mesurer le problème, mettre en place du génie civil... cela prend de nombreux mois pour s'adapter. Face à Waze qui se met à jour en permanence, on ne fait pas le poids."