Pouvoir d'achat, budget... Faute de majorité absolue, l'exécutif confronté à sa première épreuve à l'Assemblée dès juillet

Alors que le gouvernement ne dispose pas de la majorité absolue au Palais-Bourbon, les députés doivent examiner, à partir du 18 juillet, le très attendu texte de soutien au pouvoir d'achat, et le projet de loi de finances rectificative.

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France Télévisions
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Le président français, Emmanuel Macron, et la Première ministre, Elisabeth Borne, le 23 mai 2022, à l'Elysée. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Un gouvernement d'union nationale, un accord de coalition, des accords au cas par cas ? Depuis le second tour des élections législatives, dimanche 19 juin, les hypothèses se multiplient sur la manière dont Emmanuel Macron pourrait exercer le pouvoir, après la perte de sa majorité absolue à l'Assemblée.

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Les réflexions théoriques vont vite devoir s'incarner dans une solution pratique : dès le 6 juillet, le gouvernement doit présenter en Conseil des ministres sa loi sur le pouvoir d'achat et son budget rectificatif, censés soutenir dans l'urgence les Français face à l'inflation. L'examen de ces deux textes au Parlement doit débuter le 18 juillet.

Ces mesures, chiffrées à environ 9 milliards d'euros par l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), viendront s'ajouter aux près de 30 milliards d'euros déjà déboursés pour protéger le portefeuille des Français depuis le début de la crise du Covid-19. Parmi elles : la revalorisation de 4% des pensions de retraites et des minimas sociaux, le dégel du point d'indice des fonctionnaires, la création d'un nouveau chèque inflation à la place du chèque alimentaire initialement promis, la poursuite du bouclier tarifaire sur l'énergie, la prolongation de la remise de 18 centimes par litre de carburant, mais aussi la suppression de la redevance télé.

Emmanuel Macron veut "bâtir des compromis"

Faute de majorité absolue, l'examen parlementaire des deux textes constitue un premier test pour l'exécutif, qui devra démontrer qu'il réussit à fédérer pour tenir ses promesses de campagne. Afin d'éviter l'immobilisme, le président de la République a d'ailleurs appelé, mercredi 22 juin, les oppositions à "bâtir des compromis", après avoir rencontré les chefs des partis pendant deux jours. La Première ministre, Elisabeth Borne, s'est à son tour prêtée au jeu de la négociation, en recevant les présidents des groupes parlementaires en fin de semaine dernière. Elle doit en outre présider le petit-déjeuner de la majorité prévu ce mardi. "On est dans une logique d'aller chercher du compromis, chercher du consensus sur des textes qui sont extrêmement importants pour la vie des Français", assure Aurore Bergé, députée et présidente du groupe Renaissance (le nouveau nom de LREM) à l'Assemblée. 

Mais les oppositions ne comptent pas monnayer leur soutien à bas prix. Face au cul-de-sac dans lequel se trouve la majorité, Les Républicains, l'alliance de la gauche (Nupes) et le Rassemblement national veulent colorer la future loi de leurs propositions de campagne sur le pouvoir d'achat. Et assurent qu'ils voteront les mesures proposées au cas par cas, sans garantir leur soutien à l'ensemble du texte.

"Nous, ce qu'on souhaitait, c'était le blocage des prix, qui peut être pris par décret. Donc on va continuer de peser auprès du gouvernement pour qu'il prenne cette mesure", assure ainsi la députée LFI de Seine-Saint-Denis Clémentine Autain à France Télévisions. "Si demain, il y a sur la table du Parlement la possibilité d'augmenter le smic tout de suite de 10 à 15% (...) eh bien, il y aura la majorité des députés de gauche qui voteront cette mesure", a aussi lancé le député communiste du Nord Fabien Roussel sur RTL. "La question n'est pas telle ou telle mesure cosmétique mais un problème global, prévient néanmoins le député LFI Eric Coquerel. Est-ce qu'on continue une politique qui a pour objectif de baisser le déficit et de doper les revenus du capital ? Est-ce qu'on donne ponctuellement des miettes aux plus défavorisés alors qu'on fait des cadeaux pérennes aux plus riches ?"

Du côté du Rassemblement national, le député RN de Moselle Laurent Jacobelli assure être prêt à "travailler pour le bien commun". Mais il espère, lui aussi, une reprise des propositions phares du parti d'extrême droite durant la campagne présidentielle : la baisse de la TVA de 20% à 5,5% sur les produits énergétiques et sa suppression sur 100 produits de première nécessité. En revanche, comme la Nupes et LR, hors de question de cautionner la politique du gouvernement des "petits chèques", glisse le député RN de l'Oise Philippe Ballard.

"Rattrapé par la patrouille" budgétaire

Pour aider le portefeuille des Français, Les Républicains proposent eux de baisser les taxes sur les carburants, réduire la CSG sur les salaires et la supprimer pour les retraites, mais aussi de défiscaliser intégralement les heures supplémentaires. Si nombre d'entre eux se disent ouverts à voter le texte à condition que le gouvernement pioche dans leurs propositions, ils mettent néanmoins en garde l'exécutif sur le coût des mesures à venir, alors que le ministre des Comptes publics, Gabriel Attal, a promis de conserver la trajectoire budgétaire à laquelle le gouvernement s'était engagé : ramener le déficit public à 3% du PIB en 2027 et 5% cette année, après 6,5% l'an passé.

"On ne peut plus différer le débat sur les finances publiques, s'alarme Charles de Courson, député du groupe Liberté et Territoires et vice-président de la Commission des Finances dans la précédente législature. Quand on fait trop longtemps la politique de l'autruche, on est rattrapé par la patrouille."

Mettre la main à la poche pour emporter l'appui de la gauche et de l'extrême droite... sans alourdir le déficit structurel pour séduire la droite. La partition du gouvernement ne sera pas facile à jouer, même si au regard de l'attente des Français sur le pouvoir d'achat, les oppositions n'ont pas intérêt à apparaître comme les fossoyeurs de ces mesures. Sur quels points céder ? S'agissant de la revalorisation des retraites, "ça peut être plus [que 4%], ça fera partie des choses qui sont discutées", a assuré la porte-parole du gouvernement, Olivia Grégoire. "Il est beaucoup trop tôt pour répondre", souffle-t-on néanmoins à Bercy. Les partis d'opposition ont été invités par Emmanuel Macron à "dire en toute transparence jusqu'où ils sont prêts à aller". Pour permettre à la majorité de savoir, enfin, sur quel pied danser. 

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