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Blocages du 17 novembre : sept questions que vous vous êtes forcément posées face à la hausse des prix du carburant

Le mouvement des "gilets jaunes" a l'intention de protester partout en France samedi pour protester notamment contre la hausse des taxes sur le carburant.

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Des manifestants dans les rues de Narbonne (Aude), le 9 novembre 2018, protestent contre l'augmentation des prix des carburants.  (IDRISS BIGOU-GILLES / HANS LUCAS / AFP)

Se déplacer en voiture coûte de plus en plus cher. De nombreux Français ont témoigné ces dernières semaines de l'impact de la hausse des prix à la pompe sur leur pouvoir d'achat. En colère, certains ont décidé de suivre le mouvement des "gilets jaunes" pour manifester, samedi 17 novembre. Dans ce contexte de contestation sociale, franceinfo répond aux questions que vous vous êtes forcément posées sur la hausse des prix du carburant.

1Pourquoi les prix se sont-ils envolés ?

Les prix à la pompe en France ont baissé ces derniers jours dans le sillage des cours mondiaux du baril de pétrole, selon des chiffres officiels du ministère de la Transition écologique et solidaire. Mais ils restent élevés avec, en moyenne, 1,4840 euro le litre de gazole, 1,4765 euro le litre de super SP 95 et 1,5473 euro le litre de sans plomb 98. Pour comprendre à quoi correspond le prix de l'essence, il faut savoir ce que le consommateur paye. Dans un plein de 70 euros, il y a une vingtaine d'euros de pétrole brut, plus de 3 euros de raffinage, environ 5 euros de frais de transport et de distribution et plus de 40 euros de taxes.

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Le gouvernement a indiqué à plusieurs reprises qu'il ne comptait pas revenir sur la hausse récente des taxes décidée dans le cadre de la transition écologique. La hausse de la fiscalité doit même se poursuivre dans les prochaines années. L'exécutif a notamment prévu de relever progressivement les taxes intérieures de consommation jusqu'en 2022. Le 1er janvier 2019, le montant de ces taxes devrait donc encore augmenter de 6,5 centimes pour le gazole et de 2,9 centimes pour l'essence.

Il faut donc compter sur les cours du pétrole pour espérer une baisse. Vendredi dernier, le prix du baril de Brent est passé sous la barre des 70 dollars pour la première fois depuis avril. Mais il reste fluctuant et dépendant de la situation internationale, notamment dans le Golfe. "Si les tensions s'accentuent, et que l'on imagine par exemple l'Iran envoyer des missiles dans le détroit d'Ormuz, le prix du baril pourrait monter à 150 dollars, et on aurait un prix à la pompe de 2 euros le litre", explique sur franceinfo Philippe Chalmin, professeur d'histoire économique à l'université Paris-Dauphine.

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2Cette hausse est surtout due aux cours du pétrole, non ?

Devant la contestation sociale organisée par les "gilets jaunes", le gouvernement ne cesse de répéter qu'il n'est pas le seul responsable de la hausse des prix. "Le carburant, c'est pas bibi", a d'abord déclaré Emmanuel Macron. "La hausse du prix à la pompe qu'on constate aujourd'hui est liée à 70% à celle des cours du pétrole", a précisé le chef de l'Etat, dans un entretien accordé à la presse quotidienne régionnale. En réalité, selon les calculs de franceinfo, il s'agit plutôt de 60%, puisque la hausse des taxes décidée par le gouvernement représente 42% de la hausse actuelle des prix. 

Les prix élevés s'expliquent également par le fait que le dollar a rarement été aussi haut par rapport à l'euro, ajoute Philippe Chalmin sur franceinfo : "Nous payons du pétrole relativement cher, dans un dollar qui vis-à-vis de l'euro est cher, donc indépendamment des taxes, le prix (…) est historiquement élevé."

3Que fait le gouvernement pour limiter cette flambée des prix à la pompe ?

Le Premier ministre, Edouard Philippe, a fait mercredi plusieurs annonces pour tenter de calmer la colère des automobilistes. Il a confirmé l'augmentation de 150 à 200 euros du chèque énergie et la défiscalisation des aides régionales, à l'image du chèque-carburant mis en place dans les Hauts-de-France.

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Le chef du gouvernement a également évoqué un élargissement du système d'indemnité kilométrique pour toucher plus de monde. Ce dispositif permet de bénéficier d'un avantage fiscal. Il a enfin promis de mettre en place une "super prime" à la conversion pour inciter les automobilistes à se débarrasser de leurs vieux véhicules polluants. A compter du 1er janvier 2019, la prime à la conversion passera donc de 2 000 à 4 000 euros pour les 20% de ménages les plus modestes.

4Ça vaut le coup de passer à l'électrique ?

Pas de bruit, pas d'odeur, pas de gaz d'échappement... Une voiture électrique semble glisser sur le bitume sans laisser d'empreinte écologique. Pourtant, ces véhicules posent plusieurs problèmes environnementaux.

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En premier lieu, leur fabrication est énergivore. La batterie des véhicules électriques nécessite des métaux rares, explique à franceinfo le journaliste Guillaume Pitron : "L'extraction et le raffinage de ces métaux nécessitent l'emploi d'énormément d'eau et de produits chimiques. La pollution est ainsi déplacée dans les pays pauvres." Résultat, la fabrication d'un véhicule électrique consomme près du double d'énergie que celle d'un véhicule thermique, selon l'Ademe.

Par ailleurs, l'électricité produite pour faire fonctionner les véhicules n'est pas toujours propre. "Quand vous roulez en Norvège, qui produit son électricité grâce aux barrages électriques, c'est parfait. Mais quand vous êtes en Chine ou en Pologne, c'est effrayant, car l'électricité est produite avec des énergies primaires très polluantes comme le charbon", détaille Claude Crampes, professeur émérite à la Toulouse School of Economics. Enfin, comme n'importe quelle voiture, un véhicule électrique pollue en émettant des particules fines par l'abrasion des pneus, des plaquettes de frein et du bitume.

5Donc le diesel, c'est pas si mal, non ?

Le diesel, longtemps considéré comme moins polluant que l’essence, a bénéficié pendant de nombreuses années d’une fiscalité avantageuse. Progressivement, les véhicules diesels ont remplacé les véhicules essence sur les routes. Résultat, le parc automobile français est actuellement constitué à 64% de moteurs diesels. Or, "sur l’ensemble du cycle de vie, les voitures diesels émettent 3,65 tonnes de CO2 de plus que leurs équivalentes essence", a conclu, en 2017, un rapport (en anglais) réalisé par l’ONG européenne Transport & Environment. 

"Le diesel est intrinsèquement plus polluant que l'essence", confirme pour Challenges Guillaume Devauchelle, directeur de l’innovation et de la recherche scientifique chez Valeo"Un moteur essence consomme un peu plus qu'un moteur diesel, donc émet un peu plus de gaz à effet de serre, mais cela est valable pour des véhicules de même poids, explique à franceinfo Jérémie Almosni, chef du service Transport et mobilité à l'Ademe. Or, les véhicules diesels dans notre parc routier sont souvent plus lourds, et finissent donc par consommer autant voire davantage que les véhicules essence." Il précise en outre que les véhicules diesels émettent davantage de dioxyde d'azote et de particules. 

6Si je veux changer de voiture, ai-je droit à des aides ?

Le gouvernement a mis en place des dispositifs pour inciter les automobilistes à adopter un véhicule moins polluant. Le bonus écologique, qui peut atteindre 27% du coût d'acquisition TTC du véhicule dans la limite de 6 000 euros, récompense ceux qui optent pour un véhicule émettant 20 grammes de CO₂/km au maximum.

>> Lire aussi : Quelles aides puis-je toucher (ou pas) pour échanger mon diesel contre un véhicule "propre" ?

Il existe aussi la prime à la conversion. Il s'agit d'une aide de l'Etat accessible lorsque vous vous débarrassez d'un ancien véhicule diesel ou essence. La prime peut aller jusqu'à 2 500 euros pour l'achat d'une voiture ou d'une camionnette électrique neuve et 1 000 euros (2 000 si vous êtes non imposable) pour une électrique d'occasion ou un véhicule thermique qui remplit les conditions. Mais le gouvernement a annoncé vouloir mettre en place une "super prime" pouvant aller jusqu'à 4 000 euros pour les 20% de ménages les plus modestes.

7Mais ce ne sont pas les voitures qui polluent le plus, si ?

En France, le secteur du transport est le plus gros contributeur (28,9%) des émissions de gaz à effet de serre (principalement du CO2), devant le secteur agricole, selon l'édition 2017 du rapport Chiffres clés du transport. Dans le secteur des transports, le trafic routier est responsable de 94% des émissions de gaz à effet de serre. Et les voitures particulières sont à l'origine de 55,8% des émissions de CO2 des transports.

Cependant, en ce qui concerne les émissions de particules, dangereuses pour la santé, le transport n'est pas le pire élève. Les secteurs résidentiel et industriel sont respectivement responsables de 36% et de 29% des émissions de particules PM10 (de diamètre inférieur à 10 µm), contre 14% pour les transports.

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Mais pour comparer avec les autres moyens de transport, il faut pondérer par le nombre de passagers et le nombre de kilomètres parcourus. Ainsi, une voiture moyenne émet 55 g de CO2/passager/km (avec l'hypothèse qu'elle est occupée par quatre personnes) quand un avion émet 285 g de CO2/passager/km (avec l'hypothèse d'un avion occupé par 88 passagers), selon l’Agence européenne de l’environnement. Dès lors, comment expliquer que le transport aérien ne soit pas autant taxé que le carburant des voitures ? Il existe des accords internationaux qui empêchent toute taxation, et toutes les tentatives pour faire évoluer la question ont jusque-là échoué.

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