Pavés, grenades, arme dégainée... Que s'est-il passé lors de l'affrontement entre des policiers à moto et des "gilets jaunes" aux Champs-Elysées ?

Le parquet de Paris a annoncé dimanche l'ouverture d'une enquête pour "violences volontaires" commises contre des policiers. 

Extrait de la vidéo tournée samedi 22 décembre 2018 par la journaliste Stéphanie Roy aux Champs-Elysées, à Paris. 
Extrait de la vidéo tournée samedi 22 décembre 2018 par la journaliste Stéphanie Roy aux Champs-Elysées, à Paris.  (Stéphanie Roy / TWITTER)

La scène a fait le tour des médias, suscitant l'indignation de nombreux responsables politiques. Tournées samedi 22 décembre lors de "l'acte 6" des "gilets jaunes", les images montrent trois motards de la police, obligés de prendre la fuite alors qu'ils sont pris à partie par des manifestants."Ces images ont impressionné, elles ont choqué", a estimé Edouard Philippe à l'issue de sa rencontre avec les policiers concernés, lundi 24 décembre, en fin de matinée. 

Sur les réseaux sociaux, beaucoup soulignent que d'autres images, tournées juste avant la scène, montrent les policiers en train de lancer une grenade. Selon Le Monde et l'un des journalistes qui a filmé la scène, il s'agirait d'une grenade de désencerclement et non d'une grenade lacrymogène. Franceinfo fait le point sur ce qu'il s'est passé. 

Que voit-on sur les images ? 

La scène se déroule au croisement de l'avenue Georges-V et des Champs-Elysées samedi 22 décembre en fin de journée, lors du sixième samedi de mobilisation des "gilets jaunes". 

Les affrontements, rapidement diffusés sur Twitter, ont notamment été filmés par Stéphanie Roy, reporter freelance pour l'agence Line Press et Clément Lanot, journaliste indépendant. BFMTV a diffusé des images de la même scène, dans la foulée, comme l'indique Le Parisien

La vidéo de BFMTV qui débute quelques secondes avant celles des deux autres journalistes, montre des manifestants qui s'en prennent physiquement aux policiers à moto, les forçant à descendre de leurs deux-roues pour se défendre. Ces derniers répliquent en utilisant du gaz lacrymogène. Ils reçoivent alors plusieurs projectiles, notamment un poteau et des pavés. Un policier dégaîne alors son pistolet qu'il pointe sur les manifestants pendant quelques secondes, avant de le ranger. 

Les manifestants s'amassent alors autour des CRS. L'un d'eux repart à moto, l'autre abandonne son véhicule sur place et monte sur celui de son collègue. Ils parviennent à quitter les lieux alors que les projectiles, dont une trottinette, volent de plus belle. 

La vidéo de Stéphanie Roy montre des policiers venant ensuite récupérer le véhicule abandonné. La préfecture de police précise que la moto a été "endommagée"

Que s'est-il passé juste avant ? 

Quelques heures après avoir posté la première vidéo de l'affrontement, tournée avec son téléphone, Clément Lanot en publie une nouvelle. Elle montre une version plus longue de la scène.

Quelques secondes avant les premières violences, on voit un policier lancer ce que le journaliste pense être une "grenade de désencerclement" explique-t-il à franceinfo, précisant qu'une "grenade lacrymogène aurait sans doute fait beaucoup plus de fumée".   

Clément Lanot explique à franceinfo qu'il a publié ces images plus tard, celles-ci ayant été tournées avec sa caméra, il devait donc d'abord rentrer pour les "dérusher". D'où les quelques heures de décalage avec la première version mise en ligne rapidement sur Twitter.

Stéphanie Roy a également publié une vidéo de "la scène dans sa totalité" où l'on voit les policiers lancer trois grenades pour, semble-t-il, bloquer les manifestants qui voulaient s'engouffrer dans l'avenue George-V. 

Le policier avait-il le droit de dégainer ? 

D'après l'article L. 435-1 du Code de la sécurité intérieure, "les policiers et gendarmes peuvent faire usage de leurs armes en cas d'absolue nécessité et de manière strictement proportionnée" et ce, "dans l'exercice de leurs fonctions et revêtus de leur uniforme ou des insignes extérieurs et apparents de leur qualité"

Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, considère que les policiers ont eu "une attitude exemplaire face à des attaques inqualifiables". Sur BFMTV, Laurent Nuñez, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur, a aussi estimé que la réaction était adaptée : "Un policier sort effectivement son arme en protection de ses collègues, il n’en fait pas usage, il protège ses collègues pour faire reculer les assaillants. Ce policier devra faire un rapport, ce sont les règles."

Quelles vont être les suites judiciaires ? 

Les policiers ont déposé plainte pour "tentative d'homicide", indique RTL, qui précise qu'il s'agit de quatre agents, "les trois qui apparaissent sur la vidéo et un quatrième qui a été caillassé, mais que l'on ne voit pas sur les images".

De son côté, le parquet de Paris a ouvert une enquête dimanche 23 décembre pour "violences volontaires avec arme en réunion sur personnes dépositaires de l’autorité publique et dégradations de biens publics". Face aux policiers concernés lundi matin à la préfecture de police de Paris, Edouard Philippe a affirmé que "tout était mis en œuvre pour identifier les auteurs de ces violences et (...) faire en sorte qu’ils puissent être punis sévèrement"

Aucune interpellation n'a pour le moment été effectuée et les auteurs des violences risquent d'être difficiles à identifier puisque la plupart étaient cagoulés ou masqués.