"Gilets jaunes" : on a recensé les agressions de journalistes depuis le début du mouvement

Depuis les premières mobilisations des "gilets jaunes", dont certains sont très critiques contre les médias, plusieurs journalistes ont été agressés par des manifestants ou les forces de l'ordre.

Des journalistes se mettent à l\'abri, le 8 décembre 2018 à Paris.
Des journalistes se mettent à l'abri, le 8 décembre 2018 à Paris. (YANN CASTANIER / HANS LUCAS / AFP)

Des semaines de violences, contre les manifestants, les forces de l'ordre et les... journalistes. Le mouvement social des "gilets jaunes", qui agite la France depuis le 17 novembre, a charrié son lot d'agressions verbales et physiques.

Alors qu'un reporter a encore été agressé vendredi soir à Longeville-lès-Saint-Avold (Moselle) et que des organisations et associations de journalistes lancent une pétition pour mettre un terme aux violences contre les médias, venues des manifestants comme des policiers, franceinfo a tenté de lister tous les cas d'agressions dénoncés depuis le 17 novembre. N'hésitez pas à nous signaler ceux que nous aurions oublié dans les commentaires.

Le 17 novembre, à Paris

Les agressions ont commencé dès le premier samedi de mobilisation. Alors qu'il réalise un duplex en direct, Raphaël Maillochon, journaliste à BFMTV, se fait écraser un œuf sur la tête.

Le 18 novembre, à Montpellier

Journaliste pigiste, Cécile Durchon, 26 ans, est venue ce jour-là réaliser des portraits de manifestants pour la chaîne BFMTV. Rapidement, elle est encerclée par une foule en colère. "Ils étaient, je pense, une centaine à être autour de moi, à me crier littéralement dessus sans que je puisse en placer une, en fait. J'ai reçu deux crachats", racontait-elle à franceinfo le 21 novembre. 

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"Malheureusement, ça arrive, tous les jours. Je suis loin d'être un cas isolé", insistait alors la journaliste. "Je décide d'en parler parce qu'il y a un moment, stop, il faut que ça cesse", poursuit-elle. "Trop c'est trop en fait."

Le 24 novembre, à Toulouse

Lors du deuxième samedi de mobilisation, Jean-Wilfrid Forquès, journaliste à BFMTV, a été poursuivi dans les rues de Toulouse, après avoir été copieusement insulté. "J'ai vu arriver sur moi un tsunami de 'gilets jaunes'. Mon garde du corps – je travaille avec deux gardes du corps depuis une semaine – m'a dit 'cours cours, dépêche-toi'. Vingt à trente personnes m'ont foncé dessus, j'ai fait 100 m en sprintant, en me disant "si tu tombes, c'est terminé", racontait-il à franceinfo. Protégés par ses gardes du corps, il s'est réfugié in extremis dans un magasin.

Le 30 novembre, à Sarlat

A Sarlat, dans le Périgord, deux journalistes de l'édition locale de France 3 ont été agressées par des "gilets jaunes". "Ces cinq hommes ont tenté d'arracher la caméra des mains de la journaliste reporter d'images, ont cassé un micro et ont menacé les deux jeunes femmes de représailles", raconte France 3 Nouvelle-Aquitaine sur son site. Le même jour, France 3 Champagne-Ardennes dénonce l'agression de 7 de ses journalistes en 15 jours.

Le 8 décembre, à Paris

Les violences contre les journalistes ne viennent pas que des manifestants. Lors de la manifestation du 8 décembre, deux photographes du Parisien ont été "touchés par des tirs de flash-ball sur les Champs-Elysées, l'un à la nuque et l'autre au genou", indique le quotidien. Le journaliste touché à la nuque a perdu connaissance avant d'être évacué à l'hôpital. Le même jour, c'est un photographe du Journal du dimanche, malgré son brassard presse, qui a eu la main fracturée par le coup de matraque d'un CRS.

Un journaliste d'A2PRL a, lui, raconté sur Twitter avoir été la cible d'un tir de flash-ball, photo de sa blessure à l'appui.

Ce jour-là, le directeur de l'agence Hans Lucas a indiqué à Libération qu'une "quinzaine" de ses journalistes ont "été pris pour cible par les forces de police, soit ils ont été visés par des tirs de flash-ball ou de grenade ou se sont vu confisquer leur matériel de protection. Et ils étaient clairement identifiés avec des stickers 'presse'." 

Le 17 décembre, à Vincennes

Journaliste reporter d'images à France 3 Ile-de-France, Marion a été frappée à la tempe avec une queue de billard alors qu'elle couvrait une manifestation des "gilets jaunes". Elle a été hospitalisée et a reçu trois jours d'ITT.

Le 22 décembre, au Boulou, à Saint-Chamond et à Paris

Deux journalistes de France 2 Montpellier ont été "violemment" agressés alors qu'elle couvrait un rassemblement au Boulou (Pyrénées-Orientales), près de la frontière espagnole. "Avec ma collègue, on a été prises à partie, pourchassées, frappées par une foule de manifestants qui nous a complètement encerclées, a déclaré l'une des journalistes de France 2, Anne Domy. 'Vendues', 'vous ne faites que trafiquer la réalité', criaient avec rage des 'gilets jaunes', hommes et femmes confondus." Les deux journalistes disent avoir été "sauvées" par un "gilet jaune" qui s'est interposé et leur a permis de s'enfuir "sous une pluie d'insultes"

Le même jour, au péage de Saint-Chamond (Loire), une équipe de BFMTV s'est fait endommager sa caméra lors d'un duplex. Au même endroit, une heure plus tard, une journaliste du quotidien régional Le Progrès a, à son tour, été agressée par deux personnes vêtues de "gilets jaunes".

A Paris, une journaliste de France 3 Ile-de-France est elle blessée par un tir de flash-ball aux jambes. "Un tir d'autant plus honteux qu'elle était visible et dans un moment où ces manifestations se déroulaient dans le calme", dénonce France 3.

Le 12 janvier, à Rouen, Toulon, Toulouse et Pau

Les violences se sont accélérées le 12 janvier. A Rouen, l'agent de sécurité qui protégeait une équipe de LCI a été roué de coups, comme le montrent des images diffusées par Paris Normandie. "L'agent a pris beaucoup de coups, mais il s'est bien recroquevillé, comme il est entraîné à le faire dans ces cas-là. Il s'en sort avec des ecchymoses sur le visage et un nez fracturé", raconte l'un des journalistes de l'équipe à Libération. Dans la même ville, une équipe de France 3 est victime ce jour-là d'intimidations.

A Paris, un journaliste de LCI est jeté à terre par des manifestants, tandis qu'un agent de sécurité qui accompagnait un vidéaste de l'AFP reçoit des coups de matraques des forces de l'ordre. Plus au sud, à Pau, un journaliste de la chaîne C L'info Pau reçoit un violent coup de pied en plein direct.

A Toulon, deux journalistes vidéos de l'AFP ont été poursuivis dans les rues de la ville par une dizaine de personnes et ont reçu "des claques dans le dos, dans la caméra" et un "coup de pied (…) dans la hanche". Enfin à Toulouse, une journaliste de La Dépêche du Midi a été prise à partie alors qu'elle se trouvait dans son véhicule. "Je venais de récupérer la voiture stationnée dans le parking, raconte cette femme de 31 ans dans le quotidienEn sortant, j'ai été bloquée par plusieurs individus qui m'ont menacée. 'On va te violer, te niquer, tu es la catin de la préfecture'…" 

Le 18 janvier, à Saint-Avold

Vendredi 18 janvier, ce journaliste du Républicain Lorrain était en reportage au rond-point de la zone commerciale de Longeville-lès-Saint-Avold (Moselle) pour interviewer des manifestants. Un homme l'a alors interpellé, puis frappé à coup de poing et de pied, rapporte le quotidien local. Blessé, le journaliste a été pris en charge à l'hôpital de Saint-Avold.