VIDEO. "Jamais je n'avais ressenti une telle haine" : une journaliste témoigne de son agression par des "gilets jaunes"

Céline Durchon est journaliste pigiste pour plusieurs chaînes d'information à Montpellier (Hérault). Elle raconte à franceinfo l'agression qu'elle a vécue dimanche, lors d'un reportage sur les "gilets jaunes". 

"Je n’avais qu’une seule envie à ce moment-là, c’était d’être six pieds sous terre." Céline Durchon, 26 ans, se souvient encore vivement de son reportage sur le mouvement des "gilets jaunes", dimanche 18 novembre, à Montpellier (Hérault). Partie réaliser des portraits croisés de manifestants pour BFMTV, la journaliste pigiste, qui travaille pour plusieurs chaînes d'information nationales, s'est retrouvée encerclée par "une centaine" de "gilets jaunes" en colère.

Auprès de franceinfo, elle témoigne de ces "cinq à dix minutes" d'agressions verbales particulièrement violentes, vécues par bon nombre de reporters couvrant les manifestations des "gilets jaunes". Tout commence dès l'arrivée de la journaliste sur place, caméra en main. "Je fais à peine 50 mètres qu’il y a un homme qui m’aborde, enfin qui m’aborde, qui me hurle dessus plutôt", relate la reporter. Le "gilet jaune" "m’agresse directement verbalement en me disant : 'BFM menteurs, BFM vendus, BFM macronistes, vous n’avez rien à faire là !'", se souvient-elle précisément. 

"J'ai reçu deux crachats"

Après quelques minutes, une deuxième personne alpague à son tour la jeune femme, seule à ce moment-là. "Vous ne dites que des mensonges, vous ne dites jamais la vérité", entend-elle. 

De là, il y a plusieurs personnes qui se sont mises autour de moi. Ils étaient, je pense, une centaine à être autour de moi, à me crier littéralement dessus sans que je puisse en placer une, en fait. J’ai reçu deux crachats.

Céline Durchon

à franceinfo

La journaliste, encerclée et insultée pendant près de dix minutes, refuse de partir sans avoir réalisé son reportage. "J’avais les larmes qui montaient. Jamais je n’avais ressenti ça avant, une telle humiliation, une telle haine", confie-t-elle. Quand l'organisateur de la page Facebook ayant lancé la mobilisation vient prendre sa défense, Céline Durchon tente de renouer le dialogue avec les manifestants. Elle leur explique ses conditions de travail, en tant que journaliste pigiste, et la précarité qu'elle connaît aussi. "Certains comprenaient. Il y avait deux-trois personnes qui me défendaient un peu sur la fin, en disant : 'Laissez-la, elle fait son travail'", raconte la reporter. "Et d’autres, c'était virulent jusqu'au bout : 'Non, on ne veut pas de vous ici, cassez-vous, cassez-vous'", se remémore-t-elle. 

"Trop, c'est trop"

Marquée par l'événement, Céline Durchon décide, avec plusieurs confrères également attaqués, de lancer le groupe Facebook "Paye-toi un journaliste". L'objectif : recueillir les témoignages de reporters insultés, voire agressés physiquement sur le terrain, afin de tirer la sonnette d'alarme.

"Malheureusement, ça arrive, tous les jours. Je suis loin d'être un cas isolé", insiste la journaliste. "Je décide d'en parler parce qu’il y a un moment, stop, il faut que ça cesse", poursuit-elle. "Trop c'est trop en fait."

Des \"gilets jaunes\" manifestent contre l\'augmentation des taxes sur les carburants, le 17 novembre 2018, à Bordeaux (Gironde). 
Des "gilets jaunes" manifestent contre l'augmentation des taxes sur les carburants, le 17 novembre 2018, à Bordeaux (Gironde).  (NICOLAS TUCAT / AFP)