Sept choses à savoir sur Jean-Baptiste Djebbari, le visage du gouvernement face à la grève dans les transports

Fraîchement engagé en politique, le secrétaire d'Etat aux Transports a été placé en première ligne par l'exécutif pour répondre au mouvement social à la RATP et à la SNCF.

Le secrétaire d\'Etat aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, visite une station du métro parisien, le 5 décembre 2019.
Le secrétaire d'Etat aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, visite une station du métro parisien, le 5 décembre 2019. (GILLES ROLLE / REA)

La grève dans les transports contre la réforme des retraites le place en première ligne. A seulement 37 ans, Jean-Baptiste Djebbari est devenu le visage du gouvernement dans le face-à-face tendu qui oppose les syndicats à l'exécutif.

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Inconnu du grand public il y a encore quelques semaines, le secrétaire d'Etat aux Transports, entré au gouvernement début septembre, court désormais les plateaux télé. Et Jean-Baptiste Djebbari, qui a pris goût à la politique, ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. 

Il est issu d'une famille modeste de gauche

Son look de premier de la classe renseigne peu sur ses origines. Jean-Baptiste Djebbari, né d'un père vendeur à la Fnac et d'une mère au foyer, a grandi à Melun (Seine-et-Marne). Sa famille est clairement orientée à gauche : l'une de ses grands-mères fut d'ailleurs secrétaire nationale du PS dans les années 1960. Jean-Baptiste Djebbari tient son nom d'un arrière-grand-père berbère immigré en France. Mais, souligne Le Monde, il ne lui reste aucun lien avec l'Algérie.

Il a été pilote de ligne

Jean-Baptiste Djebbari est un élève brillant. Après les classes prépa (maths sup, maths spé), il intègre l'Ecole nationale d'aviation civile (Enac), à Toulouse, dont il sort major de promotion. Embauché comme contrôleur aérien à la Direction générale de l'aviation civile (DGAC), il continue à se former, en parallèle, pour accéder à son rêve : devenir pilote d'avion. Licence en poche, il est embauché par une compagnie de vols d'affaires américaine, NetJets. Après un retour à la DGAC, il devient directeur des opérations aériennes au sein de la compagnie luxembourgeoise Jetfly. Dans le même temps, Jean-Baptiste Djebbari intervient comme expert judiciaire aéronautique auprès de la cour d'appel de Paris.

Il s'est engagé en politique avec Macron

Avant d'être élu député lors de la grande vague macroniste de 2017, Jean-Baptiste Djebbari n'avait jamais milité dans le moindre parti. Sa rencontre avec Emmanuel Macron remonte au quinquennat de François Hollande. A l'époque, Jean-Baptiste Djebbari envisageait de créer une compagnie aérienne régionale et tentait de trouver des soutiens politiques. Dans Le Journal du dimanche, l'ancien patron du groupe PS à l'Assemblée, Bruno Le Roux, également passionné d'aviation, affirme avoir facilité sa rencontre avec Emmanuel Macron, alors ministre de l'Economie.

Quelques mois plus tard, il obtient l'investiture LREM dans la 2e circonscription de la Haute-Vienne pour les législatives, qu'il remporte avec plus de 54% des voix face à un candidat communiste. Sur les bancs de l'Assemblée, Jean-Baptiste Djebbari se rapproche d'un petit groupe influent, surnommé la "bande de Poitiers", qui compte de jeunes macronistes influents et ambitieux comme Sacha Houlié, Pierre Person, Guillaume Chiche ou Aurélien Taché, qui ont fait leur classe chez les Jeunes Socialistes dans le Limousin.

Il a suivi le projet de réforme ferroviaire

Jean-Baptiste Djebbari a une première fois pris la lumière au printemps 2018. Le jeune député est alors bombardé rapporteur du projet de loi sur la réforme ferroviaire, ce texte explosif qui a provoqué une grève historique de dix semaines à la SNCF. Le syndicaliste de SUD-Rail Bruno Poncet, cité par Le Figaro, lui reconnaît à cette occasion "moins de langue de bois que les autres".

Il écoutait, ce qui ne l'empêchait pas d'aller au bout de sa feuille de route.Bruno Poncetdans "Le Figaro"

Perçu comme rigide face aux syndicats, le député novice bluffe cependant ses interlocuteurs par sa compétence sur les questions dont il a la charge.

Il joue au rugby avec d'autres élus

A l'Assemblée nationale, Jean-Baptiste Djebbari occupe le poste stratégique de "whip" (chef de la majorité) au sein de la commission du développement durable. Plus original, il est aussi un membre éminent du XV parlementaire, ce groupe de députés qui s'adonnent aux joies du ballon ovale. En septembre, il aurait même dû en être le capitaine lors de la Coupe du monde parlementaire qui s'est tenue en septembre au Japon.

Nommé au gouvernement quelques jours avant la compétition, le demi d'ouverture n'a pas eu le temps de transformer l'essai, au grand dam de ses coéquipiers. Parmi eux, des élus de tous bords, comme l'insoumis Alexis Corbière ou le frontiste Louis Aliot. "Emmanuel Macron nous a fait un sale coup", a même plaisanté le député RN auprès du Figaro Magazine.

Il a rencontré Nicolas Sarkozy

Au gouvernement, Jean-Baptiste Djebbari a trouvé un conseil de choix en la personne de Gérald Darmanin, qui a le même âge que lui mais une carrière politique bien plus fournie. En octobre 2018, le ministre des Comptes publics lui arrange même une rencontre avec Nicolas Sarkozy. "C'est un personnage extraordinaire, comme il n'en existe plus beaucoup en politique. A un moment, assis devant lui, je me suis penché pour remettre mes chaussettes, j'ai eu l'impression qu'il me reniflait, au sens politique du terme", raconte Djebbari au Parisien. Depuis, certains voient du Sarkozy dans le style Djebbari. "C'est un talent qu'il n'a pas", tacle Gérald Darmanin, même si le secrétaire d'Etat, comme l'ancien président, n'hésite pas à aller au contact sur le terrain, en témoigne cet échange tendu avec un gréviste, le 9 décembre à la gare du Nord.

Il pourrait être candidat aux municipales

C'est encore Gérald Darmanin qui lui a soufflé l'idée, selon Le Parisien : "Pour durer, un politique doit être élu localement." La décision n'est pas encore prise, mais Jean-Baptiste Djebbari pourrait porter les couleurs de la majorité aux municipales à Limoges (Haute-Vienne) en mars. Il s'y intéresse en tout cas de près. Selon Pierre Person, "monsieur élections" de LREM, également cité par Le Parisien, "il pourrait être l'un des seuls ministres en capacité de ravir une ville".

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