Lieux de contamination au Covid-19 : pourquoi les conclusions de l'étude de l'Institut Pasteur sur les bars et les restaurants sont à relativiser

L'enquête dévoilée jeudi conclut notamment à un risque accru de contamination en cas de fréquentation de ces lieux. Ils étaient pourtant en grande partie fermés pendant la réalisation de l'étude, laquelle a été menée auprès d'une population restreinte et qui ne peut être "considérée comme représentative".

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Dans un café-restaurant de Toulouse, fermé en raison de la crise sanitaire, le 23 novembre 2020. (MAXIME LEONARD / HANS LUCAS / HANS LUCA VIA AFP)

Aussitôt sortie, déjà critiquée. L'étude ComCor de l'Institut Pasteur sur les lieux de contamination au Covid-19, une première en France, a provoqué la colère des propriétaires de bars et des restaurateurs dès sa publication, jeudi 17 décembre. Plus de 25 000 personnes ont été retenues dans le cadre de cette enquête (en PDF), dont certains résultats et certaines conclusions méritent d'être relativisés ou mis en perspective. On vous explique pourquoi.

Ce que l'étude dit sur les repas, les bars et les restaurants

L'enseignement principal de cette étude, c'est que "les repas jouent un rôle central dans ces contaminations, que ce soit en milieu familial, amical, ou à moindre degré professionnel". Au sein du cercle familial, la contamination a eu lieu majoritairement lors "d’un repas sans occasion particulière (45%), suivi par un événement festif (anniversaire, pot) (11,7%), ou d’une cérémonie (mariage, enterrement, baptême) (2,6%)", peut-on lire dans le document.

La personne contaminante ne portait pas de masque dans la majorité des infections (90,4%), tout comme la personne infectée (91,8%). Et le contact a eu lieu en intérieur, avec les fenêtres fermées dans 79,8% des situations. Hors du foyer, ces conditions évoquent immanquablement celles d'un apéro entre amis, dans un bar ou dans un cadre privé, ou d'un dîner en amoureux au restaurant. L'étude relève d'ailleurs que "les réunions privées et la fréquentation des bars et des restaurants ont été responsables de la plus grande part des infections : 19% et 12%, respectivement".

Conclusion d'Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l'Institut Pasteur, directeur de ces travaux et membre du Conseil scientifique, auprès de l'AFP : "On voit dans cette étude une augmentation du risque associée à la fréquentation des bars et restaurants." De quoi donner du crédit à la décision du gouvernement de repousser de plusieurs semaines la réouverture de ces établissements, qui n'est pas envisagée avant la mi-janvier, dans le scénario le plus optimiste. 

Des résultats à ne pas surinterpréter, mais qui confirment d'autres études

Les auteurs de l'étude le reconnaissent eux-mêmes : ces résultats "ne concernent que la période du couvre-feu et celle du [second] confinement", puisque l'enquête s'est déroulée du 21 octobre au 3 novembre. "Les cas [qui ont participé à l'étude] ne représentaient que 8,2% du total des personnes contactées, et cette population ne peut donc être considérée comme représentative de la population des personnes infectées sur le territoire français", précise également le document. Sur les 370 000 e-mails envoyés par la caisse nationale d'Assurance-maladie, seules 30 330 personnes testées positives ont accepté de répondre au questionnaire en ligne. Et parmi celles-là, seuls 25 644 cas ont été étudiés, les autres (4 686 personnes) étant des soignants, traités à part.

Il est par exemple difficile de savoir "quelle est la part réelle" des bars et des restaurants "dans la transmission" du virus, concède Arnaud Fontanet, puisque l'étude a été menée pendant une période où ils étaient partiellement ou complètement fermés. Malgré les données qui ne sont pas suffisamment étendues en volume, l'Institut Pasteur explique que "ces résultats sont dans l’ensemble cohérents et conformes aux données très limitées de la littérature sur le sujet". Une étude parue le 10 novembre dans la revue Nature (article en anglais) a par exemple montré que les restaurants, les salles de sport et les bars étaient les endroits où l'on se contamine le plus aux Etats-Unis. Un constat également dressé par l'étude ComCor, qui parle de "sur-risque" d'infection pour les personnes ayant fréquenté ces trois lieux.

Enquête "sans fondement" contre "lieux vraiment à risque" 

"Comme toute étude épidémiologique, elle a des biais (…). On montre d’ailleurs que la fréquentation des bars et restaurants a été divisée par dix entre la période de couvre-feu et la période de confinement", a confirmé Arnaud Fontanet au micro de France Inter, vendredi. "Mais, malheureusement [pour les bars et les restaurants], c’est une étude qui s’ajoute à beaucoup d’autres études, c’est-à-dire que ce n’est pas la première fois que l’on se rend compte qu’ils sont des lieux de transmission du virus."

Quatre organisations professionnelles de l'hôtellerie-restauration ont vigoureusement dénoncé cette étude "supposée justifier" la fermeture de leurs établissements. Ils jugent cette enquête "sans fondement" et estiment que le gouvernement en tire une "interprétation scandaleuse". L'Umih, principale organisation patronale du secteur, le GNI (indépendants), le GNC (chaînes hôtelières) et le SNRTC (restauration commerciale) "continuent de dénoncer l'absence de preuves scientifiques justifiant la fermeture des restaurants et des bars", ont-ils indiqué dans un communiqué commun jeudi.

"Ce qui me dérange le plus, c'est que le professeur Fontanet n'hésite pas à sous-entendre qu'il y a eu des bars et des restaurants ouverts de façon clandestine pendant le confinement, a par ailleurs réagi sur franceinfo, jeudi, Roland Héguy, président de l'Umih. C'est scandaleux pour les professionnels et pour la restauration."

Arnaud Fontanet a précisé sur France Inter un aspect méthodologique de l'étude, en réponse à Roland Héguy. "On donne un questionnaire à des personnes et on dit : 'Dites-nous si vous êtes allés dans les dix jours précédents dans un bar ou un restaurant' et on compare les réponses des personnes qui sont infectées avec les personnes qui ne le sont pas". Le directeur de l'étude ComCor a ajouté que, "dans des moments où la circulation du virus est active", les bars et les restaurants sont "des lieux vraiment à risque".

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