Mort d'Adama Traoré : l'avocat de sa famille estime que l'Inspection de la gendarmerie nationale doit être dessaisie de l'enquête

Yassine Bouzrou met en cause l'impartialité du directeur de la gendarmerie nationale pour avoir apporté son soutien aux gendarmes qui ont interpellé Adama Traoré. Christian Rodriguez exercerait "une pression sur les inspecteurs de l'IGGN".

Yassine Bouzrou, l\'avocat de la famille d\'Adama Traoré.
Yassine Bouzrou, l'avocat de la famille d'Adama Traoré. (JOEL SAGET / AFP)

Dans une lettre adressée à des juges d'instruction du tribunal judiciaire de Paris, Yassine Bouzrou, l'avocat de la famille d'Adama Traoré, demande que l'Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) soit dessaisie de l'enquête sur la mort du jeune homme noir lors d'une interpellation en juillet 2016. Il estime que l'IGGN n'est pas indépendante car le directeur de la gendarmerie nationale, Christian Rodriguez, a apporté son soutien aux gendarmes qui ont interpellé Adama Traoré.

Soutien et confiance aux gendarmes

L'avocat dénonce le contenu d'une lettre de Christian Rodriguez, diffusée à tous les gendarmes français le 3 juin, au lendemain d'une grande manifestation organisée par le comité "La Vérité pour Adama" et alors qu'une contre-expertise demandée par sa famille et publiée mardi 2 juin affirme que le plaquage ventral est responsable de son décès, contrairement à ce qu'indiquent les expertises demandées par les gendarmes.

Selon Yassine Bouzrou, dans cette lettre, le patron de la gendarmerie nationale "a affirmé 'tout son soutien et toute sa confiance' aux gendarmes mis en cause dans le décès de Monsieur Adama Traoré". Christian Rodriguez écrit : "J’ai adressé et je souhaite renouveler ici tout mon soutien et toute ma confiance à nos camarades impliqués, ainsi qu’à leurs familles, qui traversent une période particulièrement difficile au plan humain". Puis : "Le respect de leur présomption d’innocence est un principe indépassable, déclare-t-il. Je rappelle également que l’intervention de nos camarades s’est faite dans un cadre légitime et sous la direction des magistrats".

Une pression sur les magistrats

Aux yeux de l'avocat, "en exprimant sa position sur l'information judiciaire en cours et sur le défaut de responsabilité des gendarmes, Christian Rodriguez exerce une pression sur les enquêteurs de l'Inspection générale de la gendarmerie nationale" qui est sous sa haute autorité. Dans ces conditions, il est "impossible" à l'IGGN "de conduire cette procédure avec l'indépendance indispensable à la réalisation d'une enquête effective".

Maître Bouzrou estime que "toutes les investigations utiles à la manifestation de la vérité n'ont pas été diligentées par les enquêteurs de l'IGGN, lesquels n'ont même pas auditionné les témoins importants des faits. (…) Les enquêteurs semblent ne disposer d'aucune latitude et devoir enquêter dans le sens de la position du directeur général de la gendarmerie nationale qui exonère" les gendarmes impliqués dans l'interpellation d'Adam Traoré.

Yassine Bouzrou  accuse aussi Christian Rodriguez  de mentir lorsqu'il dit que l'interpellation d'Adama Traoré s'est faite "sous la direction des magistrats" et d'exercer une "pression" sur les magistrats qui "n'ont pourtant aucun rôle dans les faits ayant conduit à la mort d'Adam Traoré".