Manifestations anti-racistes : "J'espère que le chef de l’État, demain, va entendre cette demande d'égalité", dit le président de SOS Racisme

Selon Dominique Sopo le racisme est une "gangrène" qu'il faut combattre au sein de la police. Il appelle à un changement de doctrine pour sortir d'une logique de "confrontation" avec certaines populations.

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Dominique Sopo, président de SOS Racisme. (JOEL SAGET / AFP)

"J'espère que le chef de l'Etat demain va entendre cette demande d'égalité, cette demande de justice", dit Dominique Sopo, président de SOS Racisme sur franceinfo samedi 13 juin, alors que des manifestations contre le racisme et les violences policières ont réuni plusieurs dizaines de milliers de personnes en France. Dominique Sopo souhaite qu'Emmanuel Macron aborde la question lors de son allocution solennelle prévue dimanche 14 juin et apporte "des réponses qu'on n'a pas tout à fait eues chez Christophe Castaner".

franceinfo : 15 000 manifestants se sont réunis à Paris, selon la police. Vous considérez que ce rassemblement est un succès?

Dominique Sopo : C'est un rassemblement qui montre qu'il y a plusieurs milliers de personnes qui se sont mobilisées. Je ne suis pas sûr que la question du succès se pèse au kilo de manifestants. Je sais qu'il y a plus de monde qui était sans doute attendu par les organisateurs. Mais je pense qu'il y a une demande d'égalité, de justice qui s'est réveillée à travers le monde ces dernières semaines autour du cas notamment de Georges Floyd, qui a aussi remis sur le devant de la scène des problématiques dans différents pays. Nous avons, nous mêmes (SOS Racisme), interpellé le Premier ministre sur la question du racisme dans la police, il y a plus d'un mois, suite à l'affaire du "bicot" à L'Ile-Saint-Denis. J'espère que le chef de l'Etat, demain, va entendre cette demande d'égalité, cette demande de justice. Et apporter des réponses qu'on n'a pas tout à fait eues chez Christophe Castaner et va élargir aussi le sujet à la question plus globale des discriminations raciales, qui ne sont pas vraiment traitées par l'Etat depuis de trop nombreuses années.

Pour vous, il y a un racisme systémique de la police française ?

Le racisme quand on ne le combat pas, ça devient une gangrène. Sur les dernières années, systématiquement, lorsque on a parlé de cette question du racisme dans la police, il y a eu du déni, en disant ça n'existe pas. On a laissé la situation dériver (…) Ce ne sont pas des cas isolés. 

Quand vous avez des groupes Facebook avec des milliers de personnes, des forces de l'ordre qui sont dans des échanges racistes, lorsque vous avez du contrôle au faciès aussi massif, etc. Ce ne sont pas des cas isolés.

Dominique Sopo, président de SOS Racisme

à franceinfo

Il y a des systèmes de représentation et des modes d'engagement de la force publique qui font qu'on aboutit à ces situations. Donc, c'est aussi cela qu'il faut interroger pour avoir aussi des réformes structurelles et ne pas avoir cette impression, qu'on a eue pendant la conférence de presse de Christophe Castaner, de rustine. Peut-être que toutes les mesures prises individuellement vont dans le bon sens, mais elles ne sont pas très claires, sont partielles, conditionnelles. Et sur lesquels d'ailleurs, en partie, il semble revenir sur les dernières heures face à la grogne des policiers.

Quelles réformes demandez-vous ? Parce qu'on entend aussi la colère des policiers, qui disent qu'il est de plus en plus difficile de maintenir l'ordre dans certaines cités où ils sont face à une violence également très importante.

La difficulté de l'exercice du métier ne justifie pas le racisme. Quel est le rapport entre les deux ? Il faut décorréler les deux problématiques. Évidemment que c'est dur d'être policier ! Qui nie que c'est dur d'être policier ? Qui nie que lorsque l'on est policier, on peut être blessé, on peut mourir de son métier ? Je pense que la population est au courant. Les réformes que l'on demande, c'est par exemple de changer aussi le mode d'intervention des forces de l'ordre.

Depuis Nicolas Sarkozy, on le voit bien, avec la suppression de la police de proximité, qui était l'incarnation de cette nouvelle doctrine, on est davantage sur une police de l'interpellation, plus que sur une police de la protection de la population.

Dominique Sopo, président de SOS Racisme

à franceinfo

On est sur une police de confrontation avec certains territoires, avec certaines populations. Et évidemment, cela va favoriser les problèmes auxquels on est confrontés et qui sont dénoncés de façon assez massive ces dernières semaines, y compris par des policiers eux-mêmes qui disent qu'il y a un problème au sein de leur corps et qu'eux-mêmes, parfois, sont victimes de racisme, en tant que personne maghrébine ou d'origine subsaharienne au sein de la police nationale. Je pense que dire qu'on n'est que sur des cas individuels, c'est ne pas être en situation de répondre à la hauteur de ce à quoi on est confronté.

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