"Il y a beaucoup plus de coups à prendre à dénoncer qu'à ne rien dire" : un policier dénonce l'omerta autour du racisme au sein de sa profession

Franck, gardien de la paix parisien, n'a jamais été victime de racisme mais il dit être témoin au quotidien de propos "carrément choquants". À tel point qu'il comprend le rejet que sa profession inspire chez une partie des Français.

Article rédigé par
Margaux Stive - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Photo d'illustration d'un policer avec son gilet par-balles et son logo "Police". (VINCENT VOEGTLIN / MAXPPP)

Christophe Castaner veut "une tolérance zéro" contre le racisme chez les forces de l’ordre. Le ministre de l’Intérieur s’est exprimé pour la première fois lundi 8 juin, dans l' après-midi, en réaction aux manifestations contre les violences policières en France mais aussi aux vifs débats suscités par la mort de Georges Floyd aux États-Unis. Ce racisme et cette violence sont dénoncés au sein même des forces de l’ordre par des fonctionnaires qui sont de plus en plus nombreux à témoigner.

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C’est le cas de Franck*. Il travaille depuis quinze ans comme policier à Paris. Lui est blanc, il n'a jamais été la cible de remarques racistes mais il en a été souvent le témoin. "Ce racisme il existe, au quotidien, il est présent. C'est surtout des remarques, des propos à minima déplacés pour ne pas dire carrément choquants comme le bicot, le négro, le bougnoule, raconte-t-il. Malheureusement parfois ça se traduit par une agressivité envers certaines personnes. Il y a vraiment une différence de comportement hostile en fonction de la personne qui est en face des policiers."

Dénoncer c'est trahir

Le problème, dit ce gardien de la paix parisien, c’est surtout le déni, l’omerta qui existe dans la police. Lui a voulu dénoncer plusieurs fois le comportement de ses collègues mais le prix à payer est parfois trop lourd à assumer. "Il y a beaucoup plus de coups à prendre à dénoncer qu'à ne rien dire. Je pense que beaucoup de policiers sont dans ce cas là. C'est quand même assez difficile et invivable au quotidien de continuer à travailler avec les collègues qu'on dénonce, ça peut être très très mal vu en interne. On peut être considéré comme un traître, comme une balance en fait parce que les policiers sont très corporatistes", explique-t-il.

Cette espèce de cohésion un peu malsaine conduit parfois à ce que toutes les personnes qui sont déviantes du groupe et qui ne vont pas dans le sens de l'avis général soient mises à l'écart.

Franck, policier

Le problème perdure et la colère monte, à tel point que Franck a pu se reconnaître dans certains slogans de la manifestation de lundi dernier contre les violences policières. "Je peux comprendre que malheureusement par raccourcis, on en arrive à détester toute la police, à dire que toute la police est raciste", confie Franck. 

Pour la manifestation, par exemple, j'aurais très bien pu me retrouver dans certaines revendications.

Franck, polciier

"J'estime que lutter contre les violences policières, lutter contre le racisme c'est aussi être en capacité de pouvoir aider à ce que l'on trouve des solutions.Tant qu'on ne veut pas le voir et qu'on dit 'le racisme n'existe pas dans la police, les violences policières n'existent pas', on ne pourra pas évaluer le problème pour le traiter." Franck a songé plusieurs fois à quitter la police mais il faut tenir le coup, montrer, dit-il, qu’il y a une autre façon d’exercer ce métier.

*Le prénom a été modifié.

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