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Sécurité, revenus, concurrence déloyale… Pourquoi des agriculteurs manifestent-ils autour de Paris ?

La FNSEA et les Jeunes agriculteurs espèrent mobiliser un millier de tracteurs aux portes de la capitale, pour en bloquer les accès.

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France Télévisions
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Des agriculteurs venus de la région Occitanie bloquent la rocade de Toulouse, le 8 octobre 2019. (FREDERIC SCHEIBER / HANS LUCAS / AFP)

"Il est temps que l’argent revienne aux agriculteurs", clame le secrétaire général de la FNSEA, Jérôme Despey, dans une courte vidéo postée sur Youtube. Il y apparaît confiant, à quelques jours d'une nouvelle manifestation des agriculteurs, mercredi 27 novembre. Ce jour-là, les principaux syndicats comptent mobiliser "plus de 1000 tracteurs", avec pour objectif de bloquer les accès à Paris. Ils souhaitent ainsi exprimer à nouveau le "ras-le-bol" d'une profession touchée par une forte instabilité économique et la remise en question de ses pratiques.

Pour leur "sécurité"

En octobre, par deux fois, les agriculteurs sont descendus dans la rue dénoncer notamment "l'agribashing", dont ils s'estiment victimes. Le secrétaire général de la FNSEA, viticulteur dans l'Hérault, reconnaît toutefois des "avancées". Parmi celles-ci, il cite "les premières condamnations d'associations antispécistes" et la mise en place d'une "cellule pour identifier et poursuivre les auteurs d'intrusions sur les exploitations agricoles ou d'agressions". Cette cellule nommée "Déméter", du nom de la déesse des moissons, a pour mission de recenser et traiter toutes les violences subies par la communauté agricole.

"On en a besoin pour notre sécurité", explique Baptiste Gatouillat, vice-président des Jeunes Agriculteurs (JA) à franceinfo. "Les signaux d'une prise de conscience du malaise agricole se sont multipliés ces dernières semaines", reconnaissent les deux syndicats, pas satisfaits pour autant. "S'il y a un frémissement, ces avancées ne trouvent pas de matérialisation concrète dans les exploitations", assurent-ils. Les deux organisations attendent désormais la signature d'une convention avec la gendarmerie.

Pour une "concurrence loyale" 

Les accords de libre-échange entre l'Union Européenne et le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) et avec le Canada (Ceta) sont défavorables à l'agriculture française, estiment les porte-paroles syndicalistes. "Au lieu de nous soutenir, l'Etat met en place des distorsions, qui engendrent toujours plus de charges et qui plombent notre compétitivité, nos revenus et nos filières", critique Jérôme Despey.

Pour Baptiste Gatouillat, ces traités internationaux "font entrer dans le jeu des acteurs qui ont des cahiers des charges et des réglementations phytosanitaires beaucoup moins contraignantes que nous". Ils estiment que la réglementation française les "pénalise" à l'export, tandis que la France importe "des produits de moindre qualité à un coût inférieur", qui "viennent nous concurrencer".

On demande une concurrence loyale. Nous voulons nous battre avec les mêmes standards pour tout le monde.

Baptiste Gatouillat, vice-président des Jeunes agriculteurs

à franceinfo

Pour un "revenu décent"

Les agriculteurs qui manifestent ont aussi dans le viseur la loi EgalimIssue des états généraux de l'alimentation, la loi mise en place en début d'année était censée rééquilibrer les relations commerciales entre paysans, industriels et distributeurs et faire cesser la guerre des prix des acteurs de la grande distribution. Les agriculteurs assurent ne pas en voir les retombées. Les syndicats demandent au ministère de l'Agriculture "plus de contrôles" et d'entrer "dans les négociations pour faire respecter les contrats, car aujourd'hui la valeur ajoutée n'est pas partagée".

Dans la continuité des deux actions syndicales des 8 et 22 octobre, la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs (JA) se mobiliseront "pour demander aux distributeurs et industriels de permettre le retour à un revenu décent pour les agriculteurs"Le vice-président des JA admet que la filière laitière a trouvé des bénéfices, mais "c'est loin d'être le cas sur la farine", assure-t-il. "Les demandes faites aux distributeurs de baisser leur marge de 10% se sont transformées en augmentation de 5 à 10% pour eux."

De l'aveu même du ministre de l'Agriculture Didier Guillaume, alors que débutent les négociations annuelles entre distributeurs et producteurs qui fixent pour un an les prix alimentaires, "le compte n'y est pas" quant à la rémunération des agriculteurs.

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