Cooperl et Bigard : qui sont les deux mastodontes de l'industrie porcine ?

Les deux principaux acteurs de la filière continuent de protester contre la hausse du prix du porc, qu'ils jugent trop élevé.

Des agriculteurs du Lot-et-Garonne lâchent trois cochons dans un supermarché d\'Agen pour protester contre les prix d\'achats de la grande distribution, le 22 juillet 2015.
Des agriculteurs du Lot-et-Garonne lâchent trois cochons dans un supermarché d'Agen pour protester contre les prix d'achats de la grande distribution, le 22 juillet 2015. (DDM JEAN MICHEL MAZET / MAXPPP)

La crise du porc se poursuit. Pour la seconde fois en moins d'une semaine, les deux principaux acteurs de la filière, la Cooperl et Bigard-Socopa, ont décidé de ne pas participer à la séance de cotation du Marché du porc breton (MPB), jeudi 13 août à Plérin (Côtes-d'Armor), qui sert de référence nationale pour fixer les prix du porc. Les deux groupes industriels continuent de protester contre la hausse du prix du kilo de porc à 1,40 euro, un tarif fixé en juillet lors des négociations entre les éleveurs et le gouvernement, et qu'ils jugent trop élevé.

A eux seuls, les deux acteurs représentent pas moins de 30% des achats du marché du porc en France. Et si leur absence au marché de Plérin n'empêche pas les éleveurs de vendre directement les animaux aux abattoirs, la négociation, faute de prix de référence, peut en revanche se révéler bien plus difficile. Alors quel est le véritable poids de ces deux leaders de la filière porcine ?

Ils abattent près d'un porc français sur deux

La Cooperl est le numéro un du marché du porc français, tandis que le groupe Bigard est premier sur celui de la viande dans son ensemble. Principale différence entre les deux concurrents : la Cooperl, une coopérative qui réunit 25 000 éleveurs, n'abat et ne transforme que des porcs, tandis que Bigard, industriel privé, abat aussi des bovins. Sa filière porcine s'appelle Bigard-Socopa. Les deux entreprises sont installées en Bretagne, elles n'abattent et ne découpent que des porcs français.

Chaque année, les deux entreprises abattent à elles seules près de la moitié des porcs français : "La Cooperl détient 22% des parts de marché, Bigard en détient 21%", détaille Paul Rouche, président du Syndicat des entreprises françaises de viande (Sniv-SNCP), interrogé par francetv info. Sur les 23 millions de porcs abattus chaque année en France, 10 millions le sont dans ces deux grandes entreprises. Le reste du marché est principalement détenu par les abattoirs Bernard, Kerméné (groupe Leclerc) et Josselin (anciennement GAD, groupe Intermarché).

Ils sont très présents dans les rayons des supermarchés

Au rayon boucherie-charcuterie de votre supermarché, les produits sont vendus sous plusieurs marques : celle du magasin, celle d'un distributeur (comme Fleury-Michon, Herta, Madrange...), ou directement celle d'un abatteur (Bigard, Cooperl, Brocéliande...). En dehors des produits directement vendus par ces abatteurs, "il est très difficile de déterminer la traçabilité exacte du porc à sa sortie de l'abattoir", observe Franck Bellaca, chargé de mission au Sniv-SNCP, interrogé par francetv info. En fait, la chance de consommer du porc venant de Bigard ou de la Cooperl "est très importante", mais diffère en fonction du type de marque.

Selon ce syndicat, les marques distributeurs importent environ 30% de la viande porcine qu'elles commercialisent en rayon. "Certaines pièces vont être 100% françaises, quand d'autres, comme le jambon blanc, sont souvent fabriqués avec du porc d'Espagne", explique Franck Bellaca. La chance de consommer de la viande passée par la Cooperl ou Bigard est donc moins importante.

En revanche, les marques des grandes surfaces utilisent presque uniquement du porc français. "Pour ces marques, il y a donc près de 50% de chances que la viande provient de la Cooperl ou de Bigard, poursuit le spécialiste. L'idéal pour le savoir est de regarder le label sanitaire estampillé sur le produit. C'est le seul indice qui permet de dire par quel établissement le porc est passé, mais il s'adresse uniquement aux connaisseurs..." 

Ils emploient près de 19 000 salariés

Les industriels porcins que sont Bigard et la Cooperl sont donc très présents dans les rayons, mais ils sont aussi de gros employeurs dans la filière. En 2013, le groupe Bigard représentait 14 000 emplois, quand la Cooperl en représentait 4 800. Les salariés sont répartis dans les métiers de la vente, de l'abattage et également de la transformation pour la Cooperl.

Installé à Cholet (Maine-et-Loire), Bigard est implanté dans 59 sites en France, répartis dans les principales régions porcines de France (Bretagne, Haute et Basse-Normandie, Pays de la Loire). De son côté, la Cooperl possède une usine principale à Lamballe (Côtes-d'Armor), et 14 sites industriels dans l'ouest de la France.

Et les deux industriels se portent plutôt bien : le chiffre d'affaires du groupe Bigard en 2013 était de 4,4 milliards d'euros, tandis que celui de la Cooperl était de 2,1 milliards d'euros. Des chiffres à relativiser : en 2014, la consommation moyenne de porc en France s'est élevée à 32,5 kilos par habitant, un chiffre en baisse depuis dix ans.