Colère des agriculteurs : de Gabriel Attal à Jordan Bardella, la classe politique se presse sur le terrain

En France, mais aussi en Allemagne ou aux Pays-Bas, les manifestations des agriculteurs se multiplient ces derniers jours. Le sujet, hautement inflammable alors que la campagne pour les européennes démarre, fait l'objet de toutes les attentions politiques.
Article rédigé par franceinfo
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Le Premier ministre, Gabriel Attal, échange avec un maraîcher, lors d'une réunion publique à Saint-Laurent-d'Agny (Rhône), le 20 janvier 2024. (JEFF PACHOUD / AFP)

Eviter à tout prix une nouvelle crise façon "gilets jaunes". Le Premier ministre, Gabriel Attal, et le ministre de l'Agriculture, Marc Fesneau, sont allés, samedi 20 janvier, à la rencontre de la France rurale pour tenter de désamorcer la colère des agriculteurs, tout comme le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, en visite chez des viticulteurs.

Marc Fesneau, reconduit récemment dans ses fonctions, s'est rendu en début d'après-midi chez un éleveur laitier du Cher, avant une "réunion de travail avec les organisations professionnelles agricoles" pour "écouter, rappeler les actions menées sur des points de préoccupation et présenter concrètement les prochains chantiers", selon son cabinet.

"Plus de contrôles" sur les négociations commerciales

De son côté, le Premier ministre, Gabriel Attal, s'est rendu dans le Rhône pour prendre le pouls de la France rurale. Lors d'une réunion publique devant 150 élus et habitants, il a annoncé qu'il s'entretiendrait lundi soir avec les responsables des syndicats FNSEA et Jeunes Agriculteurs. En réponse à un maraîcher, le Premier ministre a rendu hommage à l'agriculture française, "l'une des plus qualitatives au monde".

"On entend des choses inacceptables : non, les agriculteurs ne sont pas des bandits (…), des pollueurs, non, les agriculteurs ne torturent pas les animaux."

Gabriel Attal

en réponse à un maraîcher dans le Rhône

Gabriel Attal a redit vouloir "garantir aux agriculteurs de pouvoir vivre de leur travail dignement", citant les lois Egalim 1, 2 et 3, votées depuis l'arrivée à l'Elysée d'Emmanuel Macron et censées éviter que les agriculteurs ne vendent à perte. Il a promis "plus de contrôles" pour s'assurer que les négociations commerciales annuelles entre les enseignes de supermarchés et leurs fournisseurs de l'agro-industrie ne se fassent pas au détriment des prix payés aux agriculteurs.

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"Les agriculteurs doivent pouvoir vivre de leur travail", déclare Gabriel Attal . (FRANCEINFO)

Une promesse partagée un peu plus tôt par le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, en déplacement à Flavigny (Marne) auprès de la filière viticole. "Dès la semaine prochaine, la direction générale de la consommation et de la répression des fraudes multipliera les contrôles sur les négociations commerciales en cours", a-t-il lancé.

Dans le Rhône, Gabriel Attal a aussi promis une simplification administrative, proposant aux agriculteurs de faire remonter des exemples de "paperasserie" inutile. Enfin, il a aussi dit vouloir "faciliter la transmission" des exploitations agricoles. Un projet de loi en ce sens doit d'ailleurs être présenté en Conseil des ministres mercredi 24 janvier. Il prévoit notamment de créer un guichet unique pour accueillir les candidats à l'installation, mais la profession imaginait un texte plus ambitieux.

"Patriotisme économique" et sortie du libre-échange

Ces sorties ministérielles parallèles n'ont rien d'un hasard. L'exécutif s'inquiète de voir les manifestations de colère des agriculteurs prendre de l'ampleur, un mois avant l'ouverture du Salon de l'agriculture, et à six mois des élections européennes, où le Rassemblement national est donné favori. Résultat : les préfets ont reçu pour instruction, à la demande de l'Elysée, "d'aller dès ce week-end à la rencontre des agriculteurs" et de leurs syndicats, "au plus près du terrain".

Hausse des charges, retards de paiement des subventions agricoles, sentiment d'être écrasés par des normes nationales ou européennes, au nom de la transition écologique : les motifs de colère sont nombreux et les actions de protestation se multiplient ces derniers jours, en France ou chez ses voisins européens, notamment en Allemagne.

Une colère qui n'a pas non plus échappé au Rassemblement national, dont le président, Jordan Bardella, également tête de liste aux élections européennes, a passé la journée sur les terres viticoles du Médoc, en Gironde. "L'Europe de Macron veut la mort de notre agriculture" en ne "cessant de la mettre en concurrence avec des produits agricoles venus du bout du monde qui ne respectent aucune des normes (...) imposées aux agriculteurs français", a-t-il lancé, réfutant l'idée d'un "duel à distance" avec le Premier ministre en vue des européennes.

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Jordan Bardella rencontre des viticulteurs du Médoc, le 24 janvier 2024 . (FRANCE TELEVISIONS)

Le patron du RN a proposé d'exclure "l'agriculture des accords de libre-échange" et d'exiger des "clauses miroirs" dans les accords conclus avec des producteurs étrangers afin de les soumettre aux mêmes normes sanitaires et environnementales que les producteurs français. Il a aussi prôné le "patriotisme économique" en instaurant la "priorité des agriculteurs français dans l'accès aux marchés publics". Enfin, comme Gabriel Attal, il s'est insurgé contre "l'inflation normative" subie par les agriculteurs.

La patronne des députés RN, Marine Le Pen, s'est également fendue d'un tweet de soutien aux agriculteurs, samedi, dénonçant "la moulinette de l'UE qui les submerge de normes, négocie dans leur dos des traités de libre-échange mortifères".

Le RN "cherche à souffler sur les braises de la colère et le désespoir des agriculteurs, mais ce n'est que de l'opportunisme électoral pour les élections européennes", a estimé Marc Fesneau, fustigeant des élus RN qui "ne travaillent pas au Parlement européen et ne défendent donc pas les agriculteurs au quotidien". L'absentéisme de Jordan Bardella en commission au Parlement européen a été récemment épinglé dans un numéro de "Complément d'enquête", sur France 2.

"Je suis dans une commission dans laquelle on examine le sort des ours bruns en Roumanie. (...) Je préfère être sur le terrain et être en session plénière, c'est ça ma conception de la politique, a répondu Jordan Bardella au ministre de l'Agriculture. Si les Français estimaient que ça n'était pas notre rôle, on ne serait probablement pas donnés en tête de ces élections européennes." S'il ne s'agit pas d'un duel, le ton est bien donné : la bataille ne fait que commencer.

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