Ce que l'on sait de l'épidémie de grippe aviaire "hors de contrôle" en France

Environ 400 000 canards ont déjà été abattus dans le sud-ouest de la France.

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Des canetons dans un élevage des Landes, le 10 septembre 2020. (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

Une autre pandémie fait des ravages cet hiver en France : la grippe aviaire. "Une situation incroyablement difficile", a reconnu le ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie, vendredi 8 janvier.

Il doit se rendre ce même jour dans les Landes, où plus d'une centaine de foyers d'infection ont été recensés et des centaines de milliers de canards déjà abattus. Franceinfo fait le point sur la situation.

Une centaine de foyers d'infection en France

L'épidémie de grippe aviaire se propage vite dans l'Hexagone. Quelque 124 foyers d'infection ont été recensés, vendredi 8 janvier, dont 119 dans les Landes. Le nombre de foyers a ainsi plus que doublé par rapport à la semaine dernière.

Outre les 119 foyers identifiés dans les Landes, d'autres, à ce stade plus isolés, ont été recensés dans les départements voisins des Hautes-Pyrénées (deux), des Pyrénées-Atlantiques (deux) et du Gers (un).

Un virus extrêmement contagieux

La souche H5N8 de la grippe aviaire, qui sévit en France et ailleurs en Europe, a été repérée pour la première fois dans un élevage français début décembre. "Ce virus est manifestement très hautement pathogène, a reconnu le ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie. Il se transmet extrêmement facilement aujourd'hui."

"C'est une course contre la montre."

Julien Denormandie, ministre de l'Agriculture

à France Bleu Gascogne

"On a un virus qui est plus fort que nous. Il y a toujours de nouveaux foyers qui apparaissent", s'est inquiété la directrice de l'interprofession du foie gras (Cifog), Marie-Pierre Pé, qui dresse un "constat d'impuissance" devant l"inflation galopante" des foyers. "On veut comprendre pourquoi ça va aussi vite, pourquoi on a une non-maîtrise", s'interroge un autre éleveur.

Mais au fait, d'où vient ce virus ? "Il ne s'est pas créé dans les Landes, il vient des oiseaux migrateurs, a expliqué le ministre de l'Agriculture. On ne peut pas arrêter la migration des oiseaux. La seule solution efficace, c'est de revoir les protocoles de biosécurité." 

En pleine période de pandémie de coronavirus, Julien Denormandie a aussi tenu à rappeler que ce virus de grippe aviaire n'était "absolument pas transmissible à l'homme".

Des centaines de milliers d'oiseaux abattus

Face à cette situation très préoccupante, une décision radicale a été prise : l'abattage préventif de tous les animaux des foyers concernés, ainsi qu'à leurs  alentours. Ainsi, près de 400 000 canards ont déjà été tués en France, en quelques semaines seulement. Mais le gouvernement veut aller encore plus vite.

Les abattages pratiqués aujourd'hui dans un rayon de 3 km autour des foyers le seront désormais sur 5 km. Ils concerneront, dans le premier kilomètre, tous les oiseaux d'élevage et de basse-cour, et dans les quatre suivants l'ensemble des palmipèdes et autres volailles non enfermées. La zone de surveillance de 10 km autour des foyers pourra être étendue jusqu'à 20 km, avec interdiction des sorties et entrées de volailles.

"L'objectif, c'est de faire un dépeuplement massif pour contenir l'épidémie."

Julien Denormandie, ministre de l'Agriculture

à France Bleu Gascogne

Une solution réclamée par de nombreux éleveurs. "Nous demandons un vide sanitaire [une période sans animaux dans les élevages], on voit que la situation est hors de contrôle, qu'on ne maîtrise plus le virus. Il n'y a pas d'autre solution", a affirmé à l'AFP Hervé Dupouy, éleveur à Castelnau-Tursan et président de la section palmipèdes FNSEA des Landes. A l'inverse, deux syndicats agricoles, la Confédération paysanne et le Modef, s'opposent aux abattages d'animaux sains.

Un nouveau plan va être mis en place pour accélérer ces abattages. "Nous avons décidé de réquisitionner des abattoirs pour aller plus vite", a annoncé le ministre de l'Agriculture. Des "centaines de milliers" de canards vont encore être abattus, mais le ministre a reconnu "ne pas pouvoir dire" combien il restera de canards, sur les quelque 5 millions actuellement en cours d'élevage dans le département des Landes.

Pas de vaccin homologué

Une autre solution est réclamée par certains professionnels du secteur pour faire face à la grippe aviaire : la vaccination des animaux. Problème,  l'heure où je vous parle, il n'y a pas de vaccin homologué", a indiqué le ministre de l'Agriculture.

Et même en cas d'homologation de vaccin, cette solution pourrait être contre-productive, selon le gouvernement. "Ces filières sont des filières qui exportent beaucoup et, aujourd'hui, il s'avère qu'un certain nombre de pays à l'export refusent d'acheter des volailles qui ont été vaccinées, a souligné Julien Denormandie. Pourquoi ? Parce qu'ils craignent que cette volaille soit une porteuse saine du virus et que cette même volaille puisse contaminer les volailles localement."

Des aides financières pour les éleveurs

L'épidémie de grippe aviaire et l'abattage préventif des canards sont un séisme pour la filière. "C'est un drame pour les éleveurs", a reconnu le ministre de l'Agriculture. Pour y faire face, Julien Denormandie a assuré que "dès la semaine prochaine, les premiers acomptes vont être versés". Ces aides seront des indemnisations "portant sur la valeur marchande des canards, pas des indemnisations hors sol avec des coefficients. C'est très important."

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