Reportage "On peut dormir en paix" : à Mayotte, le soulagement des habitants du bidonville de Majicavo en sursis

Initialement prévue mardi à l'aube, l'évacuation de Talus 2, où vivent plus de 100 familles, a été suspendue. Les habitants ne cachent pas leur soulagement, ravis de ce répit juridique.
Article rédigé par Sandrine Etoa-Andegue
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Les habitants de Talus 2 à Mayotte ont réemménagé le 24 avril 2023 après la décision du tribunal de Mamoutzou de suspendre l'arrêté de démantèlement du bidonville. (SANDRINE ETOA ANDEGUE / RADIO FRANCE)

Dans le dédale de chemins de terre de Talus 2, ce bidonville de Mayotte qui devait être rasé, il flotte comme un air de fête, ce mardi 25 avril. Le tribunal de Mamoutzou a en effet suspendu l'opération de démantèlement qui devait aller de pair avec l'expulsion d'un grand nombre de Comoriens en situation irrégulière.

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Cette maman que nous croisons dit respirer, enfin : "Elle a dit qu'elle était allée au tribunal, qu'elle a vu l'avocate qui a dit qu'ils avaient gagné et que c'est pour ça qu'elle est trop heureuse", traduit une jeune fille. Même joie chez Fatima, à quelques mètres de sa case en tôle bleue et grise. Ce week-end, elle n'avait pas le cœur à rire avec l'évacuation et la destruction imminente. Mais à présent, "c'est un soulagement. On est très contents, très fiers. Là, tout le monde est tranquille. On peut dormir en paix, manger en paix. On va même fêter l'Aïd", glisse-t-elle, après un week-end de stress.

"C'est bon !", soupire également la grand-mère de Fatima, le pouce en l'air. Dimanche, elle disait qu'elle n'arrivait pas à manger, que sa tension était tombée. Lundi soir, les habitants qui déménageaient encore lit, frigo, canapé, télévision avant que la décision ne tombe, font l'inverse aujourd'hui. Ils se réinstallent dans leur maison et on entend le bruit des balayettes d'une case à l'autre. "Avec ma mère, on va laver dans le salon. Après, on va prendre nos affaires pour rentrer à la maison", explique Razeina. Les habitants se réjouissent, mais ils savent que c'est en sursis : la préfecture a fait appel.

Des habitants malgré tout à bout

Pourtant, la tension reste forte à Majicavo où plusieurs tirs de grenades se font entendre. Les gendarmes mobiles nous montrent les cailloux qu'ils ont reçus. Cet habitant, qui habite à 500 mètres du bidonville et préfère rester anonyme, dit avoir vu des individus lancer des parpaings sur les véhicules des gendarmes. "J'ai été réveillé par les tirs de LBD, raconte-t-il. Après, j'ai entendu crier de droite à gauche".

Les dégâts sont visibles partout. "C'est catastrophique, je n'ai pas de mots. Ça exaspère les gens, assure-t-il. C'est trop, c'est le ras-le-bol. Il y a de la casse partout, il faut nettoyer ! Tout le monde est en colère. On ne comprend pas. Que l'État fasse son job ! On en a vraiment besoin. Les gens sont à bout à la fin. Ils vont finir par faire justice eux-mêmes. Il y a des gens qui parlent du risque de guerre civile, parce qu'ils n'en peuvent plus", dénonce-t-il, précisant qu'il ne "souhaite pas" en arriver là. Pour lui, la décision du tribunal est tout sauf une bonne nouvelle, même si le préfet de Mayotte l'a redit, l'État ne reculera pas. L'opération continue.

Le reportage à Mayotte de Sandrine Etoa-Andegue

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