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Infographies Vacances : transport, hébergement, sorties… Quelles dépenses sont les plus touchées par l'inflation ?

La flambée des prix des carburants va lourdement peser sur les frais de déplacements, premier poste de dépenses des vacanciers. 

Article rédigé par Alice Galopin
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 7 min
La plage de Val-andré dans les Côtes-d'Armor, le 20 septembre 2019. (DAMARIN VINCENT / HEMIS.FR / HEMIS.FR)

Des vacances pour déconnecter, tout en gardant un œil sur le porte-monnaie. Environ 60% des Français ont l'intention de partir en vacances cet été, selon une étude CSA pour Cofidis. Un chiffre stable par rapport à 2019, année de référence avant la crise sanitaire. Mais alors que l'inflation a dépassé en mai la barre des 5% sur un an, les vacanciers vont rester attentifs à leurs dépenses, et 64% d'entre eux comptent même restreindre leur budget. En moyenne, ils envisagent de dépenser 1 641 euros, soit 124 euros de moins qu'en 2019.

Transport, hébergement, loisirs et sorties... Franceinfo a passé au crible la hausse des prix sur les principaux biens et services liés aux vacances.

Le transport, premier poste de dépenses des vacances, est le plus touché par l'inflation

"Le premier poste de dépenses des Français en matière de vacances, c'est celui des transports", rappelle à franceinfo Sandra Hoibian, directrice générale du Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Crédoc). La spécialiste des questions liées au tourisme précise que la majorité des trajets de vacanciers se font en voiture. 

Malgré la remise de 18 centimes à la pompe mise en place par le gouvernement, l'explosion des prix des carburants va donc lourdement peser sur ces ménages. Selon les dernières données de l'Insee, en mai, le gazole avait bondi de 35,2% en un an, contre 24,2% pour l'essence. Au 8 juillet, le gazole et le sans-plomb 95 frôlaient tous deux les 2 euros le litre, selon les derniers chiffres du ministère de la Transition écologique. Des coûts qui poussent les vacanciers à opérer des arbitrages pour limiter leurs dépenses.

"On peut supposer qu'il y aura des départs plus proches de chez soi et que les Français limiteront le nombre d'endroits où ils iront en vacances, afin de réduire leurs déplacements."

Sandra Hoibian, directrice générale du Crédoc

à franceinfo

Les voyageurs qui opteront pour un autre mode de transport vont également subir les conséquences de l'inflation. Selon l'Insee, le "transport ferroviaire de passagers par train" a vu ses prix gonfler de 12,1% sur un an. Un chiffre toutefois contesté par la SNCF, qui affirme que ses tarifs ont baissé de 7% depuis juin 2021. L'entreprise ferroviaire s'appuie sur des données et une méthodologie différente de l'Insee.

Contrairement à l'institut statistique, la SNCF ne se base pas sur les prix proposés, mais sur le "panier moyen" de ses clients. Or, un passager qui réserve son trajet à l'avance paiera effectivement moins cher, ce qui ne signifie pas pour autant que le prix des billets de train en général est en baisse. Enfin, si la SNCF dément toute augmentation de ses tarifs cette année, elle reconnaît cependant qu'une hausse de la grille tarifaire en 2023 est sur la table.

Dans l'aérien, le prix des vols a décollé de 19,3% en un an, avec une hausse plus marquée pour les vols internationaux (+22,2%) que les vols intérieurs (+11,9%), selon l'Insee. En cause, la hausse des prix de l'énergie qui n'épargne pas le kérosène, carburant des avions. Or, ce "poste pèse un quart" des dépenses des compagnies aériennes, rappelait en avril sur franceinfo Marc Rochet, directeur général d'Air Caraïbes. "On est donc obligé de répercuter une partie de cette hausse" sur les prix des billets, concédait-il. Après deux années de pandémie et de restrictions sanitaires, la forte demande pousse aussi les prix à la hausse

Dans l'hébergement, une hausse plus marquée pour les hôtels et les séjours tout compris

Du côté des services d'hébergement, les vacanciers devront également faire face à la hausse des tarifs dans l'hôtellerie, qui ont pris plus de 17% par rapport à mai 2021, selon l'Insee. "En mai 2021, on sortait d'une crise où il n'y avait pas de clients, nos prix étaient au ras des pâquerettes", nuance toutefois Laurent Duc, président de la branche hôtellerie de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih). La hausse est en effet moins marquée en comparant avec mai 2019 +13,2%. 

Ces hausses s'expliquent en partie par l'accroissement des charges des hôteliers, eux aussi affectés la flambée des prix de l'énergie. En parallèle, des accords de branche ont instauré depuis avril une augmentation moyenne de 16,33% de la grille des salaires dans l'hôtellerie-restauration. Dans ce contexte, et après deux années difficiles liées à la crise sanitaire, le PDG d'Accor, Sébastien Bazin a récemment appelé les hôteliers de son groupe à "franchement monter leurs prix". 

"On est exsangue dans l'hôtellerie, mais on ne peut pas augmenter nos prix autant qu'on le souhaiterait, parce qu'on est en concurrence avec Airbnb, avec les locations de meublés touristiques, les résidences de tourisme..."

Laurent Duc, président de la branche hôtellerie de l'Umih

à franceinfo

Les séjours en hôtel sont toutefois faiblement plébiscités par les vacanciers. En 2019, seules 8% des nuitées touristiques étaient passées en hôtel, selon l'Insee"Les hauts revenus sont ceux qui sont les plus susceptibles de réserver dans un hôtel ou de prendre un forfait touristique", commente Sandra Hoibian. En mai, le prix des forfaits touristiques, c'est-à-dire les séjours tout compris (voyage, hébergement, nourriture...) comme les croisières et les voyages organisés, a grimpé de plus de 23% sur un an.

La plupart des Français qui réservent un hébergement de vacances se tournent vers les locations de maisons ou d'appartements, les gîtes, les chambres d'hôtes ou encore les campings. D'après les données de l'Insee, ces solutions de logement représentaient les deux tiers des nuitées touristiques en hébergement marchand en 2019.

Le prix des locations vacances a grimpé de 7,2% sur l'année, selon une étude de la plateforme de locations PAP Vacances (lien PDF), réalisée à partir des prix pratiqués sur son site. Avec une augmentation plus marquée pour les maisons (7,3%) que les appartements (+5,2%). Les tarifs des campings, des gîtes ruraux, et des villages et clubs de vacances sont eux restés stables sur les douze derniers mois (-1% en mai par rapport à mai 2021, d'après l'Insee). Les prix du camping n'ont "pas vraiment" augmenté, appuie auprès de franceinfo Nicolas Dayot. Le président de la Fédération nationale de l'hôtellerie en plein air s'attend à l'une des meilleures saisons estivales de l'"histoire du camping"

"Par rapport au mois de juin 2021, nous sommes à 21% de réservations en plus en 2022. Nous devrions nous acheminer vers un été record."

Nicolas Dayot, président de la Fédération nationale de l'hôtellerie en plein air

sur franceinfo

Face à la hausse des prix, de nombreux Français ont effectivement choisi des solutions moins onéreuses, comme le camping"Il est aussi probable qu'une partie rogne sur la durée du voyage", complète Sandra Hoibian. Enfin, le séjour chez de la famille ou des amis reste l'option privilégiée par les vacanciers. En 2019, l'hébergement non-marchand, chez des proches ou en résidence secondaire, représentait déjà près de 60% des nuitées touristiques. "Ce n'est pas un phénomène nouveau, mais il a été renforcé durant la crise sanitaire", commente Sandra Hoibian.

Les prix des loisirs et sorties restent globalement stables

Enfin, l'inflation est moins marquée pour les sorties et les loisirs. Le prix des musées et jardins zoologiques a pris 1,8% entre mai 2021 et mai 2022, et est resté plutôt stable (-0,8%) pour les cinémas, théâtres et concerts. L'augmentation est en revanche un peu plus importante dans les restaurants et cafés : +4,3% sur la période. 

Comme l'hôtellerie, la restauration est également concernée par la récente augmentation de la grille salariale. En parallèle, "les coûts des marchandises explosent", ajoute Hubert Jan, le président de la branche restauration de l'Umih. Les prix de la viande, des céréales ou encore des légumes ont bondi ces derniers mois, sous l'effet de la guerre en Ukraine. Une situation qui contraint certains restaurateurs à revoir les tarifs de leurs menus à la hausse.

"L'augmentation des prix est la seule façon d'éponger ces hausses de coûts. Les restaurateurs doivent être en capacité d'expliquer aux clients pourquoi la carte augmente."

Hubert Jan, président de la branche restauration de l'Umih

à franceinfo

Pour préserver leur porte-monnaie, les vacanciers pourraient quant à eux limiter les sorties au restaurant et les activités de loisirs payantes. Ainsi, ceux qui envisagent de réduire leur budget vacances sont 56% à vouloir réduire leurs frais de restauration et d'alimentation, et 42% leurs dépenses liées aux activités de loisirs, d'après l'enquête CSA. "Les vacanciers vont bien sûr essayer de trouver des moyens de passer du bon temps sans trop dépenser", analyse Sandra Hoibian. "Mais il est plus probable qu'ils rognent d'abord sur la durée du voyage ou sur l'éloignement pour garder une forme de lâcher-prise et ne pas être dans la frustration pendant les vacances", nuance la spécialiste du tourisme.

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