"C'est moralement épuisant" : la recherche d'un logement étudiant est "de pire en pire" face à un marché de l'immobilier figé

Cette année, la recherche de logements est particulièrement compliquée pour les étudiants dans les grandes villes, en raison du manque de petites surfaces et des taux d'intérêt toujours très haut.
Article rédigé par France Info, Noémie Bonnin
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Pour Heidi Laurent, chaque nouvelle annonce est prise d'assaut sur le site de son agence immobilière. (NOEMIE BONNIN / RADIO FRANCE)

En plein été, certains ont déjà la tête à la rentrée, parfois avec angoisse. Quand il s'agit de trouver un logement étudiant, les jeunes et leurs familles doivent composer avec une offre généralement faible et des prix souvent élevés. En 2022, selon l’Union nationale des étudiants de France (Unef), les étudiants ont déboursé en moyenne 563 euros pour leur logement. Les loyers restent les plus chers à Paris et dans plusieurs villes d’Île-de-France (Nanterre, St Denis, Créteil par exemple), avant Nice et Lyon, qui fait partie des villes les plus en tension pour trouver un logement étudiant, avec quatre demandes pour un logement selon la plateforme LocService.

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"On a une demande considérable avec des gens désespérés", confirme Heidi Laurent, gérante d'une agence Century 21 dans le centre de Lyon. Dans son agence, une dizaine de studios, seulement, se sont libérés ce printemps, soit moitié moins que les autres années. Et chaque nouvelle annonce est prise d'assaut. Juste après avoir publié sur son site une offre de studio de 18m² pour 500 euros, l'agente reçoit des coups de fil en continu : "Et là, ça peut s’enchaîner non-stop jusqu'à ce que l'on enlève l'annonce au bout d'une ou deux heures", poursuit Heidi Laurent pour qui "c'est de pire en pire" par rapport aux années précédentes.

"Je vais avoir 100 à 150 demandes assez rapidement sur le logement, et je suis même incapable de répondre à tout le monde."

Heidi Laurent, Century 21

à franceinfo

Cette ruée sur les annonces s'explique d'abord par le manque de petites surfaces accessibles, mais aussi par les taux d’intérêt très hauts, qui découragent l'accès à la propriété des ménages locataires. Ceux-ci ne libèrent pas leur logement, le marché immobilier se retrouve donc figé.

Payer plus cher ou viser moins bien ?

Pour les familles, c’est un travail laborieux. "C'est compliqué, très compliqué", témoignent des parents venus de Haute-Loire jusqu'à l'agence lyonnaise pour trouver un logement à leur fils. "On a vu pas mal de choses, mais il n'y a rien de concret. Ça fait deux semaines qu'on cherche, on a revu à la hausse malheureusement...".

C’est l’une des conséquences de ce marché bouché : les jeunes se retrouvent obligés de prendre des logements plus chers, quitte à contracter un prêt étudiant. C’est le cas de Lyna, 19 ans, étudiante, boursière, qui s’est retrouvée l’an dernier dans un logement hors de ses moyens. Cette année, ses demandes de chambre universitaire au Crous n'ont rien donné et les locations à prix abordable qu’elle voit passer sont parfois en mauvais état : "C'est par exemple des appartements sans cuisine, ou alors des appartements sous les toits remplis de moisissures. C'est moralement épuisant. Je passe mon été complet à chercher des appartements, à prendre des refus tout le temps, c'est très décourageant".

En France, seulement 6% des étudiants ont accès à des résidences subventionnées du Crous, un niveau jugé bien trop faible par les syndicats étudiants, qui rappellent la promesse d’Emmanuel Macron en 2017, de construire 60 000 logements en 5 ans. Seule la moitié est arrivée à terme.

La recherche d'un logement étudiant "de pire en pire" face à un marché de l'immobilier figé : le reportage de Noémie Bonnin

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