"Je veux contribuer à évaluer l'ampleur du phénomène" : une victime de pédophilie dans l'Église va témoigner pour la Commission Sauvé

"Il est de ma responsabilité aujourd'hui de témoigner et d'apporter ma pierre à l'édifice", estime Yolande Fayet de la Tour, abusée à l'âge de 6 ans.

Un prêtre célébrant une cérémonie (illustration).
Un prêtre célébrant une cérémonie (illustration). (AURÉLIE LAGAIN / RADIO FRANCE)

La commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église, la Commission Sauvé, lance lundi 3 juin un appel à témoignages qui va durer un an. En partenariat avec la fédération France Victimes, elle appelle à sortir du silence toutes les personnes qui auraient été abusées par des prêtres ou des religieux depuis 1950 pour "reconnaître et faire mémoire de la souffrance des victimes", selon le vice-président honoraire du Conseil d’État et président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE), Jean-Marc Sauvé.

Yolande du Fayet de la Tour a décidé d'apporter son témoignage à cette commission. Abusée à l’âge de 6 ans, elle n'en a parlé pour la première fois que 40 ans après les faits. Aujourd'hui, elle veut témoigner pour comprendre et constater l'ampleur du phénomène.

Permettre de mieux déceler les prédateurs

"Je vais le faire moins dans l'idée d'être reconnue comme victime - parce que je n'en ai pas besoin, parce que je sais ce qu'il s'est passé pour moi et ma famille l'a entendue, en tout cas pour une part - mais plutôt dans l'idée de contribuer au recensement et à l'évaluation de l'ampleur du phénomène.

Je me dis qu'il est de ma responsabilité aujourd'hui de témoigner et d'apporter ma pierre à l'édifice.Yolande du Fayet de la Tourà franceinfo

Celle qui est aujourd’hui psychothérapeute à Boulogne-Billancourt (Hauts-de Seine) pense également que cela permettra de mieux déceler les prédateurs. "Prévenir la pédophilie aujourd'hui, en 2019, c'est aussi savoir comment ils s'y prennent. À ce titre, le témoignage des victimes est extrêmement important. On connaît les ficelles de prédateurs, qu'ils soient dans l'Église ou ailleurs. On a des idées. Mais, dans l'Église, il y a peut-être des spécificités à regarder. Comment un adulte peut-il se laisser manipuler par un discours théologique qui vient appuyer le forfait du prédateur ? Donc les témoignages des victimes auprès de cette commission Sauvé vont probablement apporter des éclairages intéressants."

Yolande espère également que d’autres tabous seront mis en lumière. "J'imagine que les personnes plus âgées, qui ont vécu avant-guerre, qui ont été dans des internats de filles et de religieuses seraient peut-être susceptibles de donner des témoignages un peu différents que ceux qu'on a l'habitude de présenter qui est d'un homme sur un petit garçon. Il ne faut pas oublier qu'il y a aussi de prédation de femmes sur d'autres femmes et de femmes sur des petites filles."

Et pour la quinquagénaire, l'afflux de témoignages dépendra aussi de la manière dont les témoignages seront recueillis et la confidentialité préservée.