Abus sexuels dans l'Eglise catholique : la Commission Sauvé lance un grand appel à témoins

Décidée en novembre par la Conférence des évêques (CEF), elle aura la lourde tâche de faire la lumière sur les abus sexuels commis par des clercs ou des religieux sur des mineurs et des personnes vulnérables depuis les années 1950.

Les membres de la commission \"Sauvé\" avec de gauche à droite, le psychanaliste Jean-Pierre Winter, le juge Antoine Garapon, le président de la commission Jean-Marc Sauvé et la secrétaire générale Sylvette Toche, le 8 février 2018.
Les membres de la commission "Sauvé" avec de gauche à droite, le psychanaliste Jean-Pierre Winter, le juge Antoine Garapon, le président de la commission Jean-Marc Sauvé et la secrétaire générale Sylvette Toche, le 8 février 2018. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

Une année entière pour recueillir les témoignages. La Commission Sauvé, chargée d'enquêter sur les abus sexuels dans l'Eglise catholique, lance à partir du lundi 3 juin, un grand appel à témoins, première étape de ses travaux. Confronté à plusieurs scandales, l'épiscopat français avait décidé à l'automne 2018 de la création de cette commission indépendante, la Ciase. Elle avait été décidée en novembre par la Conférence des évêques (CEF).

Cette commission aura la lourde tâche de faire la lumière sur les abus sexuels commis par des clercs ou des religieux sur des mineurs et des personnes vulnérables depuis les années 1950. "Pour la première fois, en France, une institution indépendante va lancer, pendant un an, un appel à témoignages sur les abus sexuels", explique Jean-Marc Sauvé, son président. Cet ancien vice-président du Conseil d'Etat a promis que la commission constituée de 22 membres (juristes, médecins, historiens, sociologues, théologiens...) rendrait ses conclusions "fin 2020".

Pour recueillir la parole des victimes ou témoins: un numéro de téléphone (01 80 52 33 55) a été mis en place, avec des écoutants spécialement formés, en partenariat avec la fédération France Victimes. Couplé à une adresse e-mail (victimes@ciase.fr) et une boîte postale, ce dispositif permettra de "recueillir de premières informations" : "faits", "dates", "traces" etc.

Enquêtes dans les archives des diocèses

Deuxième étape: il sera proposé aux témoins de répondre à un questionnaire anonyme (40 à 50 questions), par la suite "traité par un institut de sondage et analysé par des chercheurs", ajoute le président de cette commission. Le questionnaire a été élaboré en concertation avec des victimes et leurs associations.

Enfin, dernier volet, la commission, avec l'appui de chercheurs en sciences sociales, va mener "des entretiens semi-directifs" (auditions approfondies) auprès de victimes volontaires.

L'objectif ? "Analyser plus finement les relations entre la personne abusée et l'auteur, les réticences à parler, la libération de la parole, les réactions des familles et personnes informées, celles de l'Eglise catholique, le traitement fait par l'institution ecclésiale, les raisons du recours au droit ou l'absence de recours au droit de la part de la victime", explique Jean-Marc Sauvé. Avec ce dispositif, il s'attend à "des milliers d'appels", car l'Australie qui a mis sur pied le même dispositif sur trois ans a reçu quelque 40 000 réponses, sur une population de 25 millions d'habitants.

Autre initiative lancée ce lundi : un recensement des archives des diocèses et des congrégations religieuses. Ils vont avoir six mois pour renseigner un questionnaire : nombre de dossiers pour abus sexuels que leur diocèse ou congrégation a eu à connaître depuis 1950, type d'auteur, nombre de victimes, suites données... Un travail complété par une analyse plus "fine" des archives dans des diocèses eux-mêmes, éventuellement complétée par une démarche auprès du Vatican. La Ciase entend aussi explorer des archives de la justice (traitements des plaintes) et des archives de presse.