Condamnation du Père Preynat : "L'opinion publique a pesé pour que le tribunal ecclésiastique décide de ce jugement"

Le père Bernard Preynat est à l'origine de l'affaire Barbarin. Il a été réduit jeudi à son état de laïc par l'Église catholique.

Le prêtre Bernard Preynat a été réduit à l\'état laïc par la justice ecclésiastique, jeudi 4 juillet 2019.
Le prêtre Bernard Preynat a été réduit à l'état laïc par la justice ecclésiastique, jeudi 4 juillet 2019. (FRANCE 3 RHÔNE-ALPES)

Le père Bernard Preynat ne sera plus prêtre. Il a été condamné jeudi 4 juillet au "renvoi de l’état clérical" par le tribunal ecclésiastique de Lyon pour des faits d’abus sexuels sur de jeunes scouts. Il s’agit de la peine la plus lourde que peut infliger l'Église. L’abbé de 74 ans devrait être jugé dans les prochains mois pour des agressions sexuelles datant d'avant 1991.

>> Récit. Comment l'affaire Preynat, un prêtre accusé de pédophilie, a conduit le cardinal Barbarin devant la justice

"Il y a un poids de l'opinion publique qui a pesé pour que le tribunal ecclésiastique décide de faire ce jugement, puisqu’il était frappé de prescription", a expliqué Christine Pedotti, directrice de la rédaction du magazine Témoignage chrétien, au micro de franceinfo jeudi 4 juillet.

"La commission indépendante sollicitée par l'Église a indiqué qu'elle réfléchissait à des indemnisations pour les victimes", une "grande nouveauté au sein de l’Église de France", a souligné l’auteure de Qu’avez-vous fait de Jésus. Les silences coupables de l’Eglise.

franceinfo : Ce type de procès et ce type de condamnation sont-ils fréquents ?

Christine Pedotti : Ça n’arrive pas très souvent, d’autant que c'est l’officialité, c'est-à-dire le tribunal qui siège à Lyon, qui a prononcé la condamnation. C'est la condamnation la plus grave qui puisse être prononcée contre un prêtre. On a des raisons de s'en réjouir, ne serait-ce que parce que c'est la bataille qu'a menée La Parole Libérée, cette association d'hommes qui avait été abusés enfant par l'abbé Preynat et qui ne comprenait pas comment un homme qui avait commis de tels crimes pouvait encore être un prêtre. Donc pour eux je crois que c'est une grande victoire et je me réjouis avec eux de ce succès.

Il n’exerçait déjà plus d'activité dans le diocèse de Lyon. Alors qu’est-ce que cette condamnation change pour lui ?

Ça change des choses importantes, parce qu’il y a une grande différence entre ne plus pouvoir exercer momentanément son ministère de prêtre et être privé de la capacité définitivement. C'est-à-dire que Bernard Preynat ne va plus être prêtre. Avec une petite nuance c'est qu'il a, comme toute justice, la possibilité de faire appel. Mais en attendant, il n'a le droit d'exercer aucun des privilèges qu'il avait en tant que prêtre. Donc il perd sa raison d'être et son boulot, ce n'est pas rien.

Qu'est-ce qui fait que le tribunal de l'Église se soit emparé du cas de l'abbé Preynat ?

C’est évidemment le travail formidable qu'a fourni l'association de La Parole Libérée, et l'énorme travail médiatique qui a été fourni par quelques journalistes qui se sont emparés de l'affaire et qui n'ont pas lâché prise. Parce que au fond, on disait que Bernard Preynat c'était il y a longtemps, qu’il était vieux et qu’il fallait le laisser en paix. Je pense que les victimes elles disaient "mais comment un homme peut encore prononcer des paroles au nom de Dieu alors qu'il a fait des choses qui étaient aussi odieuses ?" Donc il y a un poids de l'opinion publique qui a pesé pour que le tribunal ecclésiastique décide de faire ce jugement, puisqu’il était frappé de prescription selon la loi de l'Église et que la prescription a été levée pour que l'on puisse le juger.

Il y a en parallèle la question de l'indemnisation des victimes qui est aussi en discussion par la justice de l'Église. Ça en est où ?

Tout à fait. Le jugement dit que cette question-là n'est pas tranchée pour l'heure, et qu'elle le sera. Et c'est une grande nouveauté dans l'Église de France, de s'intéresser non seulement aux coupables mais de penser aussi aux victimes et de les indemniser. La commission indépendante sollicitée par l'Église, la commission de Jean-Marc Sauvé, a clairement indiqué qu'elle réfléchissait à des indemnisations pour les victimes avec un appel à témoins qui a été lancé. Il faut vraiment que tous les gens qui ont été victimes, ou qui connaissent des victimes, fassent connaître leur situation auprès de la commission Sauvé. Mais en l'occurrence le fait de dire qu'il peut y avoir une indemnisation, c'est reconnaître qu'il y a un véritable préjudice à l'égard des victimes. Et pour les victimes, c’est extrêmement important.