PMA : "Les demandes de sperme pourraient augmenter", doubler voire tripler "si la loi de bioéthique est votée"

Si la loi de bioéthique est votée, les demandes de sperme pourraient doubler, voire tripler d'après la présidente de la fédération des centres d'études et de conservation des oeufs et du sperme.

La PMA pour toutes, la mesure phare du projet de loi de bioéthique a été présenté mercredi 24 juillet au Conseil des ministres.
La PMA pour toutes, la mesure phare du projet de loi de bioéthique a été présenté mercredi 24 juillet au Conseil des ministres. (FRANÇOIS DESTOC / MAXPPP)

C'était une promesse de campagne d'Emmanuel Macron : ouvrir la PMA, la procréation médicalement assistée, aux couples de femmes et aux femmes seules. C'est la mesure phare du projet de loi de bioéthique, qui a été présenté mercredi 24 juillet en Conseil des ministres. Si la loi est votée, les demandes de sperme pourraient être "deux à trois fois" supérieures auprès des CECOS (les Centres d'Etudes et de Conservation des Oeufs et du Sperme), comme l'affirme sur franceinfo Nathalie Rives, présidente de la Fédération des CECOS.

franceinfo : L'ouverture de la PMA à toutes les femmes, seules ou en couple, cela veut dire que vous serez davantage sollicités ?

Nathalie Rives : Nous serons davantage sollicités. Notre activité risque d'être augmentée, en terme de demandes, entre deux et trois fois, en tenant compte des données que l'on a déjà de certains pays qui ont mis en oeuvre cette prise en charge. Cela nous inquiète s'il n'y a pas d'accompagnement à la mise en place de cette prise en charge, surtout en terme de recrutement des donneurs et de gestion des demandes.

La PMA ne sera pas automatique : chaque femme qui se présentera pour obtenir un don devra passer une série d'examens ?

La PMA ne sera pas automatique pour toutes les femmes puisqu'elle ne l'est déjà pas pour les couples infertiles. Nous respectons des critères médicaux de prise en charge, c'est-à-dire que s'il y a des contre-indications médicales à mener une grossesse, le don pourra être refusé. Si les conditions de réflexion autour de la demande du don ne sont pas abouties, on pourra retarder cette demande. Et puis, il faudra s'adapter aux nouvelles demandes pour les couples de femmes mais aussi pour les femmes seules. Certaines études au niveau européen mettent en évidence qu'il y a un taux de refus qui apparaît plus important pour les femmes seules parce qu'il y a un accompagnement nécessaire, et parfois des demandes qui ne sont pas motivées en terme de projet parental.

Est-ce que vous avez les moyens d'assurer toutes ces demandes ?

L'injection du don dans les CECOS en France est actuellement en tension. Cependant, il faut reconnaître que nous répondons dans des délais satisfaisants pour les demandes de dons de spermatozoïdes. Mais nous avons clairement indiqué, dans toutes nos auditions, que la réflexion éthique et le choix politique devront être accompagnés d'une mise en oeuvre pratique, de moyens, de personnel et de matériel pour faire que le don de sperme pour les couples infertiles, les couples de femmes, et les femmes seules, s'effectue dans les mêmes conditions sans retarder les prises en charge. Du jour au lendemain, il est difficile, pour une structure qui est déjà en tension, d'augmenter de trois fois son activité à effectif constant. Au niveau national, il y a envion 300 personnes qui sont impliquées dans le don : personnels médicaux ou non-médicaux, secrétaires, techniciens, sage-femmes, infimières, cliniciens. C'est déjà pas mal, mais c'est peu par rapport aux demandes qui vont arriver.