Projet de loi de bioéthique à l'Assemblée : "Le débat a lieu de manière extrêmement mature depuis des mois et des mois", estime le gynécologue Israël Nisand

Le président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français pense que les Français sont prêts à accepter la PMA pour toutes les femmes. "Il y a une majorité de gens qui estiment qu'il faut qu'on aille vers une normalisation de la position des homosexuels."

Israël Nisand, gynécologue obstétricien, professeur des universités à la Faculté de médecine de Strasbourg et président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF).
Israël Nisand, gynécologue obstétricien, professeur des universités à la Faculté de médecine de Strasbourg et président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF). (© JB LE QUERE / MAXPPP / MAXPPP)

Le projet de loi de bioéthique, qui prévoit notamment l'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, fait son retour lundi 27 juillet devant l'Assemblée nationale. Pour Israël Nisand, gynécologue obstétricien, professeur des universités à la Faculté de médecine de Strasbourg et président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) "le débat a lieu dans notre pays de manière extrêmement mature depuis des mois et des mois".

Sur l'ouverture de la PMA aux femmes seules ou aux femmes homosexuelles, "la société a évolué", estime Israël Nisand, sur franceinfo dimanche soir. "La stigmatisation que porte encore l'homosexualité n'est plus acceptée.", affirme-t-il encore.

franceinfo : Ce débat qui reprend au cœur de l'été, c'est une bonne nouvelle pour vous ? Ou est-ce que les Français ont un peu la tête ailleurs ?

Israël Nisand : Le débat a lieu dans notre pays de manière extrêmement mature depuis des mois et des mois. Je vous rappelle les États généraux de la santé. Je vous rappelle la prise en considération de manière très détaillée par les parlementaires, mais aussi par tout le pays, de toutes ces questions. Et donc le débat arrive à sa fin. On est en deuxième lecture à l'Assemblée nationale et je trouve qu'il a eu lieu véritablement comme les débats sur les valeurs dans notre pays qui sont toujours très documentés.

Au Sénat, il y a eu quelques modifications qui n'étaient pas toutes valables et j'attends quand même que l'Assemblée nationale reprécise un certain nombre de points qui étaient restés dans le doute.Israël Nisandà franceinfo

Un des points les plus saillants de ce texte, c'est l'ouverture de la procréation médicalement assistée aux femmes seules ou aux femmes homosexuelles. Est-ce qu'il y a une grosse attente en la matière ?

Oui, il y a une grosse attente parce que précisément, sur cette question de l'homosexualité, notre société a vraiment évolué. Là où il y avait des doutes et des méfiances de la part de la population française à l'égard de l'homosexualité, ces doutes ont disparu. La loi sur le mariage pour tous a fait beaucoup. Et aujourd'hui, la stigmatisation que porte encore l'homosexualité n'est plus acceptée. Il y a une majorité de gens qui estiment qu'il faut qu'on aille vers une normalisation de la position des homosexuels.

Est-ce que l'on pourra refuser longtemps le droit à deux hommes d'avoir un enfant via la gestation pour autrui (GPA) ?

Ce n'est pas à l'ordre du jour parce que précisément, sur cette question, la société française n'est pas prête. Et je pense qu'aujourd'hui, comme d'habitude, le droit vient suivre et avaliser les postures sociétales et les valeurs de notre pays. Aujourd'hui, les problèmes de marchandisation qu'implique la GPA pour des couples homosexuels posent question. Je ferais une différence entre les couples homosexuels et les couples hétérosexuels où la femme, soit n'a pas d'utérus, soit l'a perdu dans un accident obstétrical ou dans un cancer. Dans ces situations qui sont très différentes, je pense que la GPA a du sens. Et d'ailleurs, deux tiers des Français sont favorables à la GPA quand il y a une véritable indication médicale.

Je pense qu'un jour la GPA pour deux hommes aura lieu, comme ça a lieu dans beaucoup de pays occidentaux. Mais pour l'instant ce n'est pas mur.Israël Nisand, gynécologueà franceinfo

Sur ce sujet, il y a une rupture anthropologique dans la société ?

Le mot rupture anthropologique... J'ai compris le grimoire derrière lequel se cachent les gens qui ont des objectifs dogmatiques. Ils n'osent pas nous dire, la religion n'est pas d'accord, alors ils nous disent, l'anthropologie n'est pas d'accord. Je ne sais pas ce que veut dire rupture anthropologique. Ce que je sais, c'est que le désir d'enfant est quelque chose de terrible et qu'il nous faut reconnaître que le désir d'enfant peut être une douleur terrible pour certains couples.

Pour moi, alors qu'il y a des moyens désormais, grâce à la technique, de parvenir à satisfaire ce désir, je ne vois pas au nom de quoi, au nom de quelle valeur nous dirions à des couples, non, ce ne sera pas pour toi.Israël Nisandà franceinfo

Les Français ne seraient pas dérangés par le fait qu'on mette en œuvre les moyens techniques pour que des couples puissent avoir des enfants là où il n'était pas possible sans ces technologies.

La Technique, la technologie doit commander la société ?

Non, ce n'est justement pas ce qui se passe dans notre pays. Dans notre pays, la loi bioéthique commande ce qui se passe. En d'autres termes, la technique propose et le peuple dispose. Et donc, ce n'est pas la technique qui emporte les choses.