Vidéo En Inde, la drag queen Nicky Doll part à la rencontre de la communauté transgenre, contrainte à la mendicité et à la prostitution

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Durée de la vidéo : 4 min
Nicky Doll à la rencontre des transgenres indiennes -
Nicky Doll à la rencontre des transgenres indiennes Nicky Doll à la rencontre des transgenres indiennes - (FRANCE TELEVISIONS)
Article rédigé par Isabelle Malin
France Télévisions
Une série documentaire diffusée sur France 5 nous emmène dans un voyage inédit avec pour guide Nicky Doll. La célèbre drag queen française a décidé d'interroger la question du genre dans différents pays du monde. Première escale en Inde.

"Aller à la rencontre d'autres cultures dans le monde des drag queens et des transgenres. Comprendre ce qu'un homme habillé en femme représente dans d'autres pays. Apprendre des autres et transmettre un message de tolérance." C'est ainsi que Karl Sanchez, plus connu sous son nom de scène Nicky Doll, résume son désir de faire découvrir l'univers des personnes queers, dans une série documentaire, Les Voyages de Nicky, dont le premier volet, en Inde, est diffusé mardi 29 août à 21 heures sur France 5.

L'Inde est un pays où les représentations transgenres sont légion. Les personnes trans, toutes castes confondues, sont estimées à plusieurs millions dans le sous-continent indien, selon différentes ONG indiennes, dont "The Humsafar Trust". Appelée Hijras dans une grande partie de l'Inde, cette communauté, qui existe depuis l'Antiquité, a longtemps été considérée comme sacrée. Mais son statut a changé au XIXe siècle, lors de la colonisation britannique : les Hijras sont criminalisés et obligés de vivre en marge de la société indienne, ce qui est encore le cas aujourd'hui. 

Doubles discriminations pour les transgenres "intouchables"

Dans son documentaire, Nicky Doll se rend au Tamil Nadu, Etat du sud de l'Inde où les Hijras prennent le nom de Thirunangais. Rejetées par leurs propres familles, souvent battues et violées, elles survivent grâce à la mendicité, à la prostitution et aux liens de solidarité qui unissent leur communauté, ce qui est rarement suffisant. Afin de les protéger, Grace Banu, première personne trans à avoir été admise dans une école d'ingénieurs, a créé un village. "Plus de 83 personnes transgenres y vivent", confie dans le documentaire cette militante issue de la caste la plus basse de la société indienne : les "Intouchables"

Même si le système des castes n'a plus d'existence légale, les Indiens subissent encore les effets de cette répartition injuste des privilèges. La stigmatisation des "Intouchables" frappe les individus de leur naissance à leur mort. Un sort que subissent plus particulièrement les Thirunangais.  

"Ici, c'est très difficile de trouver une maison à louer, surtout quand on est trans. Alors, j'ai expliqué le problème à l'administrateur du district (...) J'ai dit : 'On veut des terres'. On a trouvé un demi-hectare et chaque parcelle appartient à une personne trans."

Grace Banu

Dans le documentaire "Les Voyages de Nicky"

Une première victoire pour Grace Banu, dont l'ambition principale est centrée sur le droit à l'éducation des personnes trans, qui en sont souvent privées, comme ce fut le cas pour elle. "Je ne pouvais pas entrer dans la classe, livre l'ingénieure dans le film. C'est arrivé soudainement, quand j'ai dévoilé mon identité. Tous les privilèges m'ont été retirés. A ce moment, j'ai compris pourquoi les gens de notre communauté n'avaient d'autre choix que la mendicité et le travail du sexe. Et surtout, qu'il fallait changer la situation." 

Sur le plan du droit, la Cour suprême indienne reconnaît depuis avril 2014 l'existence d'un "troisième sexe" ou troisième genre, ni masculin ni féminin. Une décision qui a été suivie en 2018 par la dépénalisation de l'homosexualité. Des avancées notables, mais qui n'empêchent pas les Hijras d'être toujours considérées comme des parias.

Le documentaire Les Voyages de Nicky, réalisé par Maxime Donzel, est diffusé le mardi 29 août à 21 heures sur France 5 et sur france.tv.

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