"Des arriérés !" : le président de l'association Foot Ensemble dénonce le refus de l'UEFA d'illuminer le stade de Munich aux couleurs du drapeau LGBTQI+

Yoann Lemaire, fondateur et président de l’association Foot Ensemble, appelle l'équipe de France à réagir et à dire "non à l'homophobie une bonne fois pour toutes".

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Radio France
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L'ancien footballeur Yoann Lemaire, le 17 mai 2018. (KAREN KUBENA / MAXPPP)

À l'UEFA, ce sont des "arriérés", dénonce mardi 22 juin sur franceinfo Yoann Lemaire, footballeur amateur, fondateur et président de l’association Foot Ensemble après l’interdiction par l’UEFA d’illuminer le stade de Munich aux couleurs arc-en-ciel du drapeau LGBTQI+ pour le match Allemagne-Hongrie mercredi. Cette illumination a été proposée par la Ville pour protester contre une loi votée en Hongrie, qui interdit la promotion de l’homosexualité auprès des mineurs.

"Il faut que l'équipe de France fasse un geste" dans cette compétition pour dire "non à l'homophobie" (...) Ce n'est pas une histoire de politique, mais plutôt une histoire de bien vivre ensemble, d'inclusion, de diversité, de respect", poursuit celui qui a été l’un des premiers joueurs à avoir révélé son homosexualité, en 2003.

franceinfo : Que pensez-vous de cette décision de la part de l’UEFA ?

Yoann Lemaire : Cela n’étonne personne. L'UEFA n'a jamais rien fait ou pas grand-chose contre la lutte contre les discriminations et encore moins sur la lutte contre l'homophobie. Je trouve que c’est pitoyable, honteux, ridicule. Le football, une fois de plus, démontre qu'il est en retard par rapport à la société, par rapport à d'autres sports. Ce n'est pas une histoire de politique, mais plutôt une histoire de bien vivre ensemble, d'inclusion, de diversité, de respect. Les Allemands ont été courageux dans cette histoire. On voit que le capitaine de l'équipe allemande Manuel Neuer porte un brassard [arc-en-ciel.] Honnêtement, ça fait près de 20 ans qu'on essaie de militer dans la lutte contre l'homophobie dans le foot. Avec l’UEFA, il n'y a rien qui se fait. C'est catastrophique. Donc là, une fois de plus, ils ont démontré qu'ils étaient arriérés, qu'ils ont 20 ans de retard. C'est la honte. C'est lamentable. Il n'y a même pas assez de mots pour dire la déception.

L’UEFA dit : on accepte cette illumination, mais à une autre date, par exemple, le 28 juin, jour de la Gay Pride locale, ou encore entre le 3 et le 9 juillet. Est-ce acceptable ?

On verra bien s'ils le font vraiment, mais je pense qu'il y avait un signe fort symboliquement parce que les lois sont terribles. On parle quand même d'interdire de faire allusion à l’homosexualité auprès des jeunes. Là, ça aurait été quelque chose de très fort d'accepter. J'espère que ça va motiver d'autres nations. J'appelle de toutes mes forces l'équipe de France et la FFF à faire quelque chose, à porter le brassard, à en parler publiquement dans les médias. J'invite aussi de toutes nos forces Antoine Griezmann que j'ai appris à connaître dans mon documentaire où il s'est engagé contre l'homophobie, à dire quelque chose, à faire quelque chose parce que j'ai été déçu quand je l'ai vu jouer en Hongrie. Ne serait-ce que de porter un brassard ou mettre des couleurs LGBT, un simple signe.

"Ce n'est pas pour dire : 'Soyez tous homos !' mais pour dire : 'Nous sommes pour la diversité et pour lutter contre toute forme de discrimination et contre l'homophobie'."

Yoann Lemaire, fondateur de l’association Foot Ensemble

à franceinfo

L'année dernière, vous en aviez parlé avec la Fédération française de foot ?

Cela fait quatre ans que j'essaie de faire des actions avec elle. Sur le principe, ils sont d'accord avec beaucoup de choses, mais finalement, on n'a pas beaucoup avancé. J'ai un rendez-vous avec eux le 12 juillet, le lendemain de la Coupe d'Europe. C'est un peu dommage parce que j'ai espéré pendant un instant qu'ils oseraient faire des choses pendant cette compétition. Je pense qu’il faut faire passer des messages humblement, simplement de tolérance, d'ouverture d'esprit et c’est essentiel auprès des jeunes. Je peux vous garantir que les gamins, quand il voit des joueurs de foot prendre position sur ce genre de sujet, c'est démultiplier par 10, par 100. Notre petite association, ce n’est pas grand-chose à côté d’eux. Voir Mbappé, Griezmann ou l'équipe d'Allemagne faire un signe fort envers la lutte contre l'homophobie, ce serait génial auprès des jeunes.

La France dit "regretter" ce refus de l’UEFA. Faut-il aller encore plus loin ?

Il faut aller beaucoup plus loin. C’est un devoir de la France de montrer l'exemple sur la lutte contre l'homophobie. On est l'équipe championne du monde. C'est une équipe avec beaucoup de diversité, ce serait bien qu'ils disent "Non à l'homophobie" une bonne fois pour toutes. Ils ne l'ont jamais fait. Il faut que l'équipe de France fasse un geste pour montrer à l'UEFA qu'ils sont complètement arriérés.

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