#Anti2010 : trois questions sur ce mouvement à l'origine de harcèlement visant des collégiens nés en 2010

Depuis leur rentrée au collège, des élèves nés en 2010 sont la cible de moqueries et d'insultes sur les réseaux sociaux. De quoi pousser le ministre de l'Education nationale à réagir et forcer TikTok à prendre des mesures.

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France Télévisions
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Des élèves d'un collège de l'est de la France, le 2 septembre 2021, jour de la rentrée. (Photo d'illustration) (MAXPPP)

C'est un phénomène qui inquiéte. Plusieurs associations ainsi que des parents d'élèves ont fait part de leurs craintes face au hashtag #anti2010, qui vise sur les réseaux sociaux les collégiens en classe de sixième. Depuis la rentrée de septembre, cette campagne de moquerie, d'humiliation, voire de menaces, prend de l'ampleur. 

Bien que le nombre de victimes potentielles de faits de harcèlement liés à ce hashtag ne soit pas connu, l'association des parents d'élèves FCPE a alerté le ministre de l'Education nationale, mercredi 15 septembre. Ce dernier a, dès le lendemain, appelé à la bienveillance des élèves plus âgés et lancé un contre-hashtag en réponse, #BienvenueAux2010. Franceinfo fait le point sur ce phénomène qui a forcé TikTok à réagir.

1A quoi correspond le hashtag #anti2010 ?

Derrière ce #anti2010, se cache une campagne de dénigrement qui a pris de l'importance sur TikTokréseau social très prisé chez les jeunes. Des vidéos marquées des mots dièse #anti2010, #anti2010nul, #anti2010cancers ou encore #brigadeanti2010 se sont multipliées avec des commentaires très acerbes. On peut ainsi voir des appels à "afficher" les tenues vestimentaires "les plus moches".

La plupart de ces courtes vidéos raillent les 2010. D'autres appellent les élèves de 5e, 4e et 3e à "afficher les tenues des 2010 les plus moches" ou encore à "énerver tous les sixièmes". Certaines sont plus menaçantes et, sur fond d'images guerrières, lancent un appel à rejoindre la lutte contre les 2010. L'ensemble de ces vidéos taguées "anti 2010" ont cumulé plus de 44 millions de vues sur TikTok. 

Toutefois, cette campagne d'insultes ne semble pas récente puisqu'elle était marginale depuis novembre 2020, assure la Fédération des parents d'élèves FCPE dans son communiqué de mercredi. Mais elle semble avoir pris une autre ampleur depuis la rentrée de septembre. 

2Pourquoi les jeunes nés en 2010 sont-ils visés ?

S'il est difficile d'établir clairement la genèse de ce hashtag, deux références culturelles de la génération 2010 semblent cristalliser l'essentiel des railleries et intimidations en ligne. Associée au jouet en caoutchouc Pop Itqui a déferlé dans les cours d'école en juin, cette génération est moquée pour ses prétendues fautes de goût. Et la chanson d'une jeune youtubeuse, Pink Lily, aurait, sans le vouloir, amplifié le phénomène, explique Le Parisien.

Avec sa voix autotunée, la jeune fille, née en 2010, chante l'éloge du Pop It et de sa génération dans Pop It Mania "On est les queens de 2010" ou encore "nés en 2010 et déjà sur les tendances". Or si la chanson affiche plus de 6 millions de vues sur YouTube, elle collectionne nettement plus les pouces en bas avec 396 000 "je n'aime pas" que les pouces en l'air, avec seulement 76 000 mentions "j'aime".

L'acrimonie envers les "2010" semble aussi être liée à Fortnite, l'un des jeux vidéo les plus populaires au monde avec plus de 350 millions de comptes enregistrés en 2020. Cette génération étant accusée par les "anciens" joueurs de transgresser les règles de ce jeu, officiellement interdit aux moins de 12 ans, et de l'avoir rendu ringard.

Une attitude qui aurait déchaîné l'ire de joueurs plus âgés, selon Yasmine Buono, fondatrice de Net Respect qui intervient sur la question des usages d'internet auprès des enfants et adolescents. "Dans le monde des joueurs, il faut savoir que ce sont les plus grands qui régulent les parties, a-t-elle expliqué sur France Inter vendrediEt il y a des gamers qui décident de donner des leçons. C'est comme ça qu'on a créé une réputation sur cette année de naissance 2010 comparée à un cancer." "Il suffit qu'un joueur, un peu influent, ait eu des soucis avec un jeune né en 2010 et le phénomène a pris une grande ampleur," ajoute-t-elle au Parisien.

3Quelles sont les réactions ?

Cette campagne de dénigrement est un phénomène "à prendre très au sérieux", estime Justine Atlan, la directrice générale de l'association E-enfance et du 30 18, le numéro national de lutte contre les violences numériques. Bien qu'il ne faille pas "dramatiser" la situation car "cela concerne toute une tranche d'âge, ce qui permet à tous ces 6e d'être solidaires et de ne pas se sentir visés à titre personnel", Justine Atlan a rappelé sur franceinfo vendredi qu'internet n'était pas "une zone de non-droit". Elle salue également la réactivité des instances face à ce phénomène.

Car cette campagne de dénigrement peut virer au cyber-harcèlement, voire avoir des conséquences jusque dans la cour de récréation, même s'il est difficle aujourd'hui d'en connaître l'ampleur. Julie, 11 ans, témoigne dans La Voix du Nord : "Les plus grands n'arrêtent pas de nous dire, que nous, les 2010, on va se faire frapper et insulter en rentrant au collège lundi à cause de vidéos qu'ont faites d'autres personnes nées en 2010 sur TikTok". Ni le syndicat enseignant Unsa, ni le SNPDEN (Syndicat national des personnels de direction de l'éducation nationale), contactés par Le Parisien, n'ont à ce jour eu de remontées particulières sur le sujet.

Face à ce phénomène, la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE) a demandé au gouvernement "d'agir en urgence" dans son communiqué du 15 septembre. Elle y rappelle que "le harcèlement ne doit en aucune manière être banalisé ou pris à la légère. Et dans le monde numérique non régulé des réseaux sociaux, il prend bonne place aux côtés du complotisme, des manipulations et des 'fake news'." L'association exhorte également le gouvernement à la mise en place "d'une véritable politique de protection de l'enfance sur les réseaux sociaux".

Dans la foulée, le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a appelé jeudi à la bienveillance des élèves plus âgés vis-à-vis de leurs camarades nés en 2010 dans une vidéo taguée #BienvenueAux2010 et publiée sur ses comptes Twitter, Facebook, Instagram et Snapchat. Il y rappelle que "le harcèlement n'a pas sa place à l'école".   

En parallèle, le cabinet du ministre de l'Education nationale a confirmé au Parisien qu'"un message ministériel d'alerte a été envoyé aux principaux de collèges et aux référents harcèlement, rappelant les consignes à suivre". Certains établissements, en Ile-de-France, ont déjà envoyé un e-mail aux parents d'élèves pour les alerter sur cette campagne de dénigrement. La direction les invite à en discuter avec leur enfant et rappelle que tout élève qui sera identifié comme harceleur sera passible de sanctions disciplinaires.

Le ministère a également saisi le GIP ACYMA (Groupement d'intérêt public action contre la cybermalveillance), pour signalement du hashtag #anti2010 à l'ensemble des plateformes de réseaux sociaux. 

Une mobilisation qui a porté ses fruits puisque le hashtag #anti2010 a été banni de TikTok, vendredi, a constaté franceinfo. Plus aucune recherche, de hashtag, message ou utilisateur faisant apparaître cette unique mention n'est possible sur ce réseau social prisé des adolescents. "Cette phrase peut être associée à un comportement ou du contenu qui enfreint nos consignes", écrit TikTok lorsque l'utilisateur tape "Anti2010" dans la barre de recherche. Des comptes y faisant référence réussissent toutefois à contourner cette nouvelle règle en ajoutant un ou plusieurs mots. Ils sont toujours actifs, a constaté franceinfo.


*Il existe plusieurs services d'écoute, accessibles gratuitement : le 30 20 (du lundi au vendredi, sauf jours fériés, de 9h à 20h et le samedi de 9h à 18h), mis à la disposition des élèves, des familles et des professionnels pour signaler les situations de harcèlement entre élèves ; le numéro vert "Net écoute" 30 18 (du lundi au samedi de 9h à 20h) ou la ligne https://www.netecoute.fr/ pour les jeunes victimes de violences numériques.
D'autres informations sont également disponibles sur le site du ministère de l'Education nationale.

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