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Sexisme et hommes politiques : "On ne va pas donner des noms en vrac"

Lénaïg Bredoux, de Mediapart, fait partie des 40 femmes journalistes qui ont signé la tribune publiée dans "Libération" pour dénoncer le sexisme en politique. Elle évoque, pour francetv info, les suites à donner à cette démarche.

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Propos recueillis par Etienne Combier - franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Des journalistes dans la salle des Quatre colonnes, à l'Assemblée nationale, en décembre 2005.  (BERTRAND GUAY / AFP)

Tout est parti d'une tribune qui mêle sexisme, femmes journalistes et hommes politiques. Le 5 mai, elles sont 40 à signer un texte dans Libération pour dénoncer des comportements et des paroles déplacées d'hommes politiques à leur égard. Les signataires ont voulu marquer la prédominance de comportements paternalistes chez les hommes politiques, pourtant théoriquement tenus à une certaine exemplarité. Mais si les réactions ont été nombreuses, quelles suites donner à ce mouvement ? Francetv info a interrogé Lénaïg Bredoux, de Mediapart. 

Francetv info : Comment a été accueilli le texte ? 

Lénaïg Bredoux : Nous nous attendions à beaucoup de critiques négatives avant d'écrire ce texte : "Vous n'êtes pas drôles, vous êtes réacs, vous surestimez le phénomène", etc. Mais nous avons été agréablement surprises par les réactions de soutien, très nombreuses, notamment de la part de femmes politiques. Dans un sens, c'est plutôt logique, et cela montre bien que cette réalité, nous ne sommes pas les seules à la connaître. Pourtant, personne ne le dit jamais. Personne n'interroge les hommes politiques sur leur rapport aux femmes. J'espère que cette tribune a contribué à une prise de conscience et à une libération de la parole. 

Que répondez-vous à certains de vos détracteurs, comme le député UMP Jacques Myard, pour qui les paroles que vous rapportez sont "de l'humour" ?

J'appelle Jacques Myard à faire preuve de décence et à garder ses leçons d'humour pour lui. Faire des blagues graveleuses, ce n'est pas la même chose quand on est avec ses amis ou quand on est dans un rapport de travail. Lorsqu'on travaille, n'importe quelle blague graveleuse est déplacée et n'est pas drôle. Ces personnes qui prônent l'humour ne voient pas elles-mêmes cette différence. Dans le cadre d'un rapport de travail, une blague de ce genre est hors sujet. 

Allez-vous donner les noms des politiques qui ont tenu des propos sexistes ?

Ce débat est une vraie question, mais on ne va pas donner une dizaine de noms en vrac alors que le phénomène est beaucoup plus structurel. Bruno Le Roux [président du groupe socialiste à l'Assemblée] a réagi à notre tribune en demandant à ce que ces noms soient donnés. Mais je suis convaincue qu'il a assisté à une dizaine de scènes douteuses sans jamais rien dire. C'est une question de responsabilité collective. Donner des noms pourrait être une prochaine étape, mais il faut surtout réfléchir à un ensemble de techniques, comme le fait de ne plus donner la parole à des personnes qui ont dérapé.

En Allemagne, une journaliste, Laura Himmelreich, a également dénoncé factuellement un homme politique qui a regardé avec insistance ses seins avant de l'embrasser sur la main et de lui tenir des propos déplacés. L'affaire a fait grand bruit outre-Rhin, nous pourrions nous en inspirer.

Pensez-vous que cette tribune puisse avoir un impact sur le long terme ? 

Il y aura un impact durable si on continue à évoquer ces comportements. Ce n'est pas la première fois qu'une étape est franchie, cela se fait petit à petit pour obtenir une prise de conscience sur les comportements inacceptables des politiques. Nous devons dénoncer des faits, pas faire de simples accusations. Quoiqu'il en soit, nous devons garder le caractère collectif de cette démarche. Le sexisme et le harcèlement ne sont pas des questions individuelles. Ces phénomènes touchent l'ensemble de la société. Nous devons dénoncer un mode de fonctionnement général, un effet de masse qui met la femme dans une position d'infériorité. La politique peut servir d'amplificateur, mais c'est un phénomène bien plus large.  

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